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Une œuvre en détails

“Le Rêve”, ultime chef-d’œuvre du Douanier Rousseau

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Publié le , mis à jour le
S’il n’a jamais voyagé plus loin que le Jardin des Plantes, c’est du terreau fertile de son imagination que Rousseau a fait naître les plus prodigieuses des jungles. Majestueuses et éclatantes, mais aussi sauvages et terrifiantes, elles sont comme les territoires secrets de notre inconscient que l’artiste explore pour en dévoiler tous les fantasmes.
Henri Rousseau, Le Rêve
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Henri Rousseau, Le Rêve, 1910

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« Le rêve est un rébus »

« Je crois que cette année personne n’osera rire », écrit Apollinaire alors qu’il découvre, médusé, au Salon des indépendants de 1910, cette immense toile envahie de jungle fantastique et de bêtes sauvages. Aucun des tableaux exotiques de Rousseau n’avait jusqu’ici atteint une telle beauté onirique. Si le contraste offert par l’insolite rencontre entre un animal féroce et une beauté sensuelle a souvent été exploité en peinture, l’atmosphère mystérieuse imposée par le flamboyant décor et le joueur de flûte transcende ici l’anecdote. L’artiste admit que la scène s’était imposée à lui par la simple puissance du rêve. Et comme dans un rêve, son tableau ressemble à un collage de motifs disparates, parfois empruntés à des œuvres antérieures, convoquant ainsi la théorie que Freud formulait quelques années plus tôt : « Le rêve est un rébus. »

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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L’obsédante Yadwigha

Est-ce une Ève ? une Vénus ? ou même une Olympia inspirée de celle de Manet, exposée au Louvre depuis 1907 ? Sûrement un peu de tout cela. Mais Yadwigha est surtout le nom d’une jeune Polonaise dont Rousseau s’était épris longtemps auparavant et qui apparaissait déjà, rêvant de pays tropicaux, en 1899 dans sa pièce de théâtre La Vengeance d’une orpheline russe. Le tableau ne matérialise donc pas seulement le songe de la belle, mais il est aussi celui du peintre dans lequel son amour perdu trône, telle une déesse des jungles…

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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Un divan incongru

Le divan rouge de style Louis-Philippe, issu du mobilier de l’artiste, apporte dans ce décor sauvage une note triviale qui ne manqua pas de choquer la critique. Rousseau expliqua simplement à André Salmon : « Tu ne dois pas t’étonner de trouver un canapé dans une forêt vierge. Ce n’est pas rien que pour la richesse du rouge. Tu comprends, le canapé est dans une chambre, bien entendu ; le reste, c’est le rêve de Yadwigha. » Ainsi le rêve fait-il irruption dans l’atelier entier de Rousseau et submerge le réel.

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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Un concert mystique

Yadwigha désigne un homme à la peau noire, vêtu d’un pagne multicolore, soufflant dans une flûte semblable à celle utilisée par les charmeurs de serpents. Cette image renvoie de fait à La Charmeuse de serpents (1907). Mais ici la jeune femme se trouve elle-même charmée, comme attirée depuis le monde réel par la mélopée suave jouée par cet Orphée indigène, qui la conduit dans son fabuleux monde tropical. Rousseau, lui-même violoniste aguerri et auteur de valses, s’identifie-t-il à cet ensorceleur, ce dompteur de femmes et de bêtes.

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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Au clair de lune

Niché dans un coin du tableau, l’astre est récurrent dans les paysages de Rousseau, comme dans La Bohémienne endormie ou Un soir de carnaval. Sa lumière douce et diffuse ainsi que l’heure nocturne qu’elle indique achèvent d’installer l’atmosphère mystique recherchée. Le peintre, qui croyait aux fantômes et était sensible aux choses magiques, avait peut-être également en tête les nombreuses superstitions qui entourent la pleine lune.

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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La faune sauvage envoûtée

Tous se sont figés : les singes se sont suspendus, les oiseaux se sont posés, le serpent est dressé dans les airs, l’éléphant tapi dans l’ombre et surtout les deux lions se sont figés aux pieds du musicien, comme apprivoisés. L’un d’eux nous fixe de son regard halluciné pour mieux nous inviter à plonger dans cet instant de grâce et de stupéfaction, où toutes les créatures sauvages semblent avoir été envoûtées. Rousseau était préoccupé par l’idée d’harmonie entre l’homme et la nature et les moyens d’y parvenir, qu’il s’agisse du progrès ou de forces occultes…

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

Henri Rousseau, Le Rêve (détail)
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Henri Rousseau, Le Rêve (détail), 1910

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Une jungle fantastique

Oranges, fleurs de lotus géantes, nénuphars, régimes de bananes, fougères, sansevierias… cette végétation invraisemblable est, en comparaison des jungles précédentes du Douanier, particulièrement somptueuse et colorée. Cette diversité et cette profusion évoquent le collage ou les tapisseries médiévales dites « aux mille fleurs » qu’il a pu admirer au musée de Cluny. Cet aspect décoratif est renforcé par la frise du premier plan, qui se distingue nettement tout le long du bord inférieur et qui ouvre la scène comme au théâtre.

huile sur toile • 298,5 x 204,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images

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Du Douanier Rousseau à Séraphine, les grands maîtres naïfs

Du 11 septembre 2019 au 23 février 2020

www.museemaillol.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Douanier Rousseau

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