Le tissu en propylène est déroulé sur les murs de l’Arc de Triomphe, 12 septembre 2021
Photo Benjamin Loyseau / © 2021 Christo et Jeanne-Claude Foundation / © Adagp, Paris
Certains blâmaient « l’inutilité » de cette installation monumentale : elle entame désormais une seconde vie. Les 25 000 m² de tissu argenté en polypropylène utilisés pour empaqueter l’Arc de Triomphe à Paris selon les plans des artistes Christo et Jeanne-Claude, ainsi que les 3 000 mètres de corde rouge (également en polypropylène) ayant aidé à les maintenir autour du monument, seront recyclés.
Ils serviront à confectionner des ombrières, tentes et barnums destinés à protéger les visiteurs du soleil et de la chaleur lors des Jeux olympiques de Paris en 2024 – éléments dont la phase de design et de production vient d’être lancée. Le bois et l’acier qui constituaient la structure invisible de l’œuvre ont, quant à eux, déjà été réutilisés par Les Charpentiers de Paris, ArcelorMittal et Derichebourg Environnement.
L’annonce intervient deux ans après le dévoilement à Paris, le 18 septembre 2021, de l’installation éphémère L’Arc de Triomphe, Wrapped, qui a été vue durant seize jours par six millions de passants. Ce projet de récupération, élaboré en collaboration avec l’organisation environnementale Parley for the Oceans, met en avant le « surcyclage » : une façon de revaloriser un matériau sans avoir à le transformer, et donc sans générer de pollution – ce qui aurait été le cas si ce tissu d’origine pétrochimique avait été recyclé en granulés de plastique.
« Ceci est un bel exemple de l’adaptation de l’art aux défis climatiques », s’est félicitée la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur le réseau social X (ex-Twitter). « Christo et Jeanne-Claude ont toujours mis un point d’honneur à recycler, réutiliser tous les matériaux qui composaient leurs projets », ajoute Vladimir Yavachev, qui a dirigé la réalisation de l’œuvre après la mort de Christo survenue en 2020.
Les rouleaux de tissu en propylène au dessus de l’Arc de Triomphe, prêts à être déroulés, 11 septembre 2021
Photo Lubri / © 2021 Christo et Jeanne-Claude Foundation / © Adagp, Paris
Mais cette initiative répond aussi aux polémiques qui ont entouré l’installation. En rappelant le lourd impact écologique de la production de tissus, l’architecte Carlo Ratti avait ainsi exprimé ses inquiétudes dans une tribune publiée par le journal Le Monde : « Sur le plan environnemental, peut-on se permettre de gaspiller 25 000 m² de tissu pour l’emballage d’un monument ? ». Dès l’installation de l’œuvre, le hashtag « Upwrapping », lancé par un collectif de marques françaises, avait envahi Twitter pour lancer un appel au recyclage de l’étoffe argentée.
Cependant, le recyclage lui-même fait débat. « Le maître emballeur Christo n’est rien d’autre qu’un symptôme de ce monde du jetable où, du moment qu’on recycle, tout va bien », assénait le critique d’art Christophe Catsaros dans un billet de blog en juin 2020. Autrement dit, la possibilité de recycler devient souvent une excuse pour continuer de produire à tout va et dans des matières peu responsables – une manière de « blanchir » des actions polluantes, appelée « greenwashing ». L’œuvre de Christo n’a décidément pas fini de déchirer l’opinion !
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