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Née en 1988 à Nuremberg (Allemagne).
D’ores et déjà largement adoubée par la critique après ses expositions personnelles à Bonn, Munich ou Zurich, la jeune Allemande passée par les écoles d’art de Nuremberg et de Francfort, installée à Amsterdam, cultive une forme d’engagement féministe à travers des œuvres qui ne font pas dans la dentelle. Ses cuirs (de cheval), badigeonnés de peinture rougeâtre ou bleuâtre, pendent au mur avec la mollesse charnue de la Raie de Chardin, tandis qu’ici et là des espèces d’arches plâtreuses marquent le seuil d’un temple voué à l’on se sait quel saint. Animal, fibreux, nerveux, sanguin, physique enfin, cet art se hérisse contre la domination masculine et retourne le virilisme, ses symboles et son énergie contre lui-même. Dans ses vidéos, Raphaela Vogel n’hésite jamais à se mettre en scène, adoptant l’air crâne de celles qui savent rectifier le sens de l’histoire et des rapports entre les sexes.
Raphaela Vogel, Das Herz fliegt in die Hose, 2018
© Raphaela Vogel, courtesy galerie Gregor Staiger, Zurich
Née en 1985 en Suisse.
Elle habille les espaces d’exposition de motifs abstraits qui partent en loques sous le feu incendiaire des couleurs qu’elle y injecte. Et le spectateur ne peut manquer d’être rattrapé par des retours de flamme. Maya Rochat communique à ses œuvres gravées (sur tout type de papier et de tissu) une énergie contagieuse qui est aussi celle d’une génération biberonnée aux images numériques, éclairées d’un halo acide et fluorescent, comme le light show des dancefloors techno trash. Ce sont bel et bien des créations abstraites et totales que déploie la plasticienne suisse selon une tradition qui va des constructivistes russes à Katharina Grosse. Mais Maya Rochat pousse l’ivresse et l’extase un peu plus loin en éclaboussant cette veine de motifs plus décousus.
Maya Rochat, Dojo Despacio, 2018
© Maurine Tric, courtesy Lily Robert, Paris
Né en 1994 à Londres (Royaume-Uni).
À 25 ans, en peinture, vous êtes d’ordinaire un adolescent. À cet âge, Oli Epp, lui, est déjà suffisamment mûr pour multiplier les lignes de son CV, les followers de son compte Instagram et les tableaux sur les cimaises de ses nombreuses galeries. En France, on a vu à la galerie Semiose ses toiles aussi lisses que l’écran d’un smartphone mettre en scène des personnages aux silhouettes molles et languides, touillant leur café d’un geste nonchalant tout en tapotant distraitement sur le clavier d’un ordinateur. Ces scènes de genre contemporaines, portrait d’une jeunesse happée par les mondes virtuels au point d’en oublier comment se tenir sur la toile, sont drôles et attendrissantes. Un peu agaçantes aussi. Comme le sont les ados…
Oli Epp, Catfish, 2018
© Renaud Monfourny. Courtesy Semiose galerie, Paris
Née en 1985 à Tallinn (Estonie).
Elle représentera l’Estonie à la prochaine biennale de Venise où elle révélera ses sculptures à mi-chemin entre le monstrueux et le comique, c’est-à-dire pile dans les ornières du grotesque. Toute la panoplie des poupées est passée en revue par Kris Lemsalu, des poupées gonflables et sexuées aux innocentes marionnettes de théâtre pour enfants. Puis rhabillées au moyen de mille et un matériaux (silicone, céramique, fourrure synthétique, porcelaine) et objets (baskets, masques de fête foraine, portières de voiture…) pour en faire des espèces de divinités baroques, puissantes et vulnérables à la fois, prêtes à s’écrouler ou à s’envoler vers des sphères plus confortables. Cette œuvre tient à la fois du rêve d’enfant et du cauchemar de la surconsommation qui transforme les vies d’adultes en cabas trop garni de tout et de rien.
Kris Lemsalu, Wisdom and Eggs, 2011
© Rebecca Fanuele. © Katharina Reckendorfer
Né en 1987 à Évora (Portugal).
Il est encore fort peu connu, mais ses peintures murales qui recouvraient la galerie lisboète Madragoa de calamars violets ou bien la galerie marseillaise Bastide Projects de requins au ventre carré sur un fond bleu pervenche auraient tapé dans l’œil de tous ceux pour qui la peinture est encore une promesse d’aventures. Formé aux Beaux-Arts de Lisbonne puis au Goldsmiths College de Londres, Luís Lazáro Matos a cette capacité de déployer en peinture et dans l’espace des histoires captivantes. Il plonge dans les heurs et malheurs de l’excentrique Louis II de Bavière aussi bien que dans le triste sort des dinosaures, en rendant la chose actuelle et réjouissante. Comme sur les murs ou la toile, il peint et expose des vêtements ornés de motifs décoratifs et présentés sur cintres. Une peinture décompressée.
Luís Lazáro Matos, White Shark Cafe, 2018
© Edith Karlson. Courtesy Bastide Projects, Marseille / galeria Madragoa, Lisbonne
Née en 1985 à Cherbourg (France).
Diplômée des Beaux-Arts de Lyon en 2013, Gaëlle Choisne a séjourné dans le saint des saints des résidences d’artistes : la Rijksakademie, à Amsterdam. Un parcours déjà idéal, surtout si l’on ajoute qu’elle est représentée par la galerie parisienne Untilthen. Pour y montrer quoi ? Des images de chantier, pétries dans le béton, ou des plaques de plâtre badigeonnées de couleurs atmosphériques et se tenant dans l’entrebâillement d’une porte. Ou bien encore un coquetier en céramique portant fièrement un œuf noir et difforme. C’est un art de la reprise en main des images numériques sans texture et sans poids. Et de la remise en chantier de la représentation du monde qui, sans cela, sans ce grain, sans ce caillou, pourrait bien se réduire à vue d’œil comme cette Peau de chagrin.
Gaëlle Choisne, Peau de chagrin, 2016
© Gaëlle Choisne / Courtesy galerie Untilthen, Paris
Né en 1985 à Kvidinge (Suède).
Les films et les vidéos de John Skoog ont déjà raflé pas mal de récompenses dans des festivals suédois, allemands ou suisses. Sa galerie, Pilar Corrias (celle également de Philippe Parreno), est londonienne. Il vit à Copenhague. Ces quelques lignes extraites de son CV suffiront sans doute à situer le jeune homme, européen par tous les bouts qu’on veuille le prendre. Ses films, Federsee notamment, montrent des personnages à peine humains, des créatures costumées comme d’antiques guerriers, mi-effrayants mi-loufoques, s’aventurant dans des terres froides et désertiques, tels les derniers survivants d’un monde qui aurait subi un cataclysme… Porté par une fascination pour le folklore et par la volonté de mettre en scène les menaces écologiques tout comme les théories survivalistes, John Skoog colle à l’actualité terrifiante de la planète, en puisant son énergie dans la profondeur des mythes.
John Skoog, Federsee, 2013
© John Skoog
Né en 1988 en Grèce.
Issu de la Design Academy Eindhoven, aux Pays-Bas, le Grec Kostas Lambridis est plutôt catalogué et repéré dans le champ du design. Lequel se mêle de plus en plus à l’art contemporain (ou l’inverse). Quoi qu’il en soit, son Elemental Cabinet prend une stature sculpturale et baroque. Reposant sur des pieds de piano repeints et déformés, il est constitué d’un amoncellement de tiroirs et de coffres coiffé d’une horloge un rien pompière. Kostas Lambridis creuse une veine baroque (celle d’Alessandro Mendini, mort en février dernier) en y ajoutant une monumentalité qui fait dériver ses meubles vers une dimension orgiaque et monstrueuse. Ses meubles ventripotents et babéliens prennent sans doute la forme et les dimensions de notre désir insatiable de tout posséder, de tout stocker jusqu’à plus soif, plus place.
Kostas Lambridis, Elemental Cabinet, 2017
© Yen-An Chen
Née en 1991 à Damas (Syrie).
Diplômée des Beaux-Arts de Paris, installée dans la capitale depuis six ans, la jeune Syrienne n’a pas froid aux yeux si l’on en juge d’après le format imposant de ses toiles, mais plus encore d’après cette touche à la fois onctueuse et fougueuse sous laquelle prennent forme ses paysages chaotiques. Qui ose encore aventurer ses pinceaux sur ce terrain accidenté où la fantaisie le dispute à l’inquiétude ? La palette vive, pleine d’indigo, d’orangé et de jaune, paraît primesautière, comme une ode à la beauté des éléments. Mais les tremblements du pinceau et le capharnaüm des motifs à peine identifiables et pullulants (frêles embarcations ? colonnes antiques ?) donnent l’impression d’un monde en ruines. Et que chaque tableau a été renversé. Une manière de reverser la peinture dans le chaudron de l’histoire contemporaine.
Miryam Haddad, La Chute, 2018
© Courtesy de l’artiste et Art : Concept, Paris / Photo Fabrice Gousset
Née en 1990 à Uherské Hradiště (République tchèque).
On est tombé sous le charme de ses peintures au grain épais et un peu vieux jeu, qui se rapprochent de leur modèle en se concentrant sur un détail : une main ridée, une natte strictement nouée, les plis d’une robe bouffante… Encadrés d’une matière grisâtre, ces tableaux sont soigneusement mis en scène dans une espèce de patio ou de chambre, qui abrite la garde-robe du modèle sous un rideau de tulle. L’artiste tchèque Klára Hosnedlová, installée à Prague, cultive dans sa peinture et vaporise dans l’air un parfum qui fleure la mélancolie fin-de-siècle de l’aristocratie déclinante et les désirs inassouvis.
Klára Hosnedlová, Sans titre, 2018
© Klára Hosnedlová. Courtesy Hunt Kastner / © Photo Vojtech Veskrna
Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses
Du 4 avril 2019 au 16 juin 2019
Fondation Cartier pour l'art contemporain • 2 Place du Palais Royal • 75001 Paris
www.fondationcartier.com
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