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Fondée en 2014, ARTAGON est une association dont le but est de faire connaître la future génération d’artistes en gestation dans les écoles d’art. Le fonctionnement est simple. Tous les ans, un jury réparti sur plusieurs délégations repère 45 artistes internationaux et les rassemble autour d’une exposition collective. De retour pour sa troisième édition, l’événement a vu grand. Son terrain de jeu ? Une usine désaffectée de 1 500 m2, rue Larrey, dans le Ve arrondissement de Paris. Un espace monumental qui a représenté « un véritable challenge au niveau du commissariat », selon Keimis Henni, co-fondateur de l’événement. Mais les plasticiens ont relevé le défi avec brio. Sous les plafonds à perte de vue, d’électrisantes créations nous laissent entrevoir le visage de l’art (et de la vie) à l’ère actuelle. Repérage des dernières tendances.
Le monde d’aujourd’hui va très vite. Marc Voillet l’a bien compris. Et il s’accroche. « Je cherche à rendre une sensation aux images, qui sont devenues dépersonnalisées et anesthésiées » explique-t-il. Pour ce faire, il capture des photographies de ses proches et les reproduit ensuite en peinture. Le résultat est souvent inquiétant, voire grotesque. Pas moyen de balayer ses tableaux du regard sans être profondément troublé. L’objectif est atteint : la photographie, froide et mécanique, est devenue lourde et accablante. Giorgia Lo Faso (Academia Albertina di Belle Arti di Torino), elle, souhaite plutôt retenir les conversations instantanées de leur envolée. Dans une tentative d’immortaliser la trace des échanges humains devenus de plus en plus volatiles, la plasticienne turinoise imprime des conversations WhatsApp en papier grand format. Si la tentative semble au premier abord poétique, elle s’avère très vite décevante, les dimensions monumentales révélant impitoyablement la frivolité des propos tenus…
Marc Voillet, Seins et Autoportrait, 2016
Peinture à l’huile • 70 × 50 cm et 55 × 45 cm • © Marc Voillet & ARTAGON / Photo Marie Genin
À peine entrés, une voix racoleuse nous souhaite la bienvenue. Impossible de ne pas lever la tête : des haut-parleurs perchés sur un mur profèrent des propos obscènes sans nous lâcher du regard. Ces incorrigibles dragueurs épargnent toutefois certains visiteurs : leur mécanisme, contrôlé par le système de suivi d’une caméra, est configuré pour ne s’intéresser qu’à certaines personnes possédant des caractéristiques communes. Leur discours, aussi grossier que puéril, fait rire plus qu’il ne séduit. Cynique à l’égard de l’intelligence artificielle, le jeune artiste berlinois Niklas Binzberger (Universität der Künste de Berlin) nous en présente ici le revers grotesque, peut-être l’avenir d’une génération Tinder, dont le rapport à la sensualité serait devenu machinal. À ce constat se greffe celui, plus poétique, de Yanmeng Zhang, élève à la HEAD (Haute école d’art et de design) de Genève. Sur un écran noir, deux têtes en 3D flottent l’une vers l’autre jusqu’à… se croiser. Une rencontre amoureuse glaciale et éthérée en format écran de veille. Le bilan de l’amour à l’ère du numérique semble aigre-doux…
Yanmeng Zhang, The Encounter, 2017
Vidéo en boucle • © Yanmeng Zhang, HEAD Genève & ARTAGON
Quarante-cinq étudiants internationaux se réunissent au nom de l’art. Et pourtant, de l’autre côté de l’océan, certains appellent à construire des murs… Une problématique à laquelle le duo Wittmer & Koenig (ZHdK ou Haute école d’art de Zurich) accorde une incarnation réelle en limitant l’accès à une partie de l’espace d’exposition grâce à d’énormes barres métalliques. Pour s’y rendre, il faut obligatoirement parcourir le lieu de manière contre-intuitive. « C’est une sculpture performative qui fait directement allusion aux trajets des migrants », explique Keimis Henni. La notion de frontière prendrait-elle un autre sens dès lors qu’on se l’approprie physiquement ? Sans même le savoir, Constanza Huerta de Soto (Universidad Complutense de Madrid) répond par l’affirmative. Fascinée par le caractère arbitraire du sentiment nationaliste, l’artiste madrilène appelle à le déconstruire par la parole. Sur un pupitre, elle place des feuilles avec des mots qui doivent être lus dans le micro placé juste en face. Cet exercice de répétition invite à remettre en question les idées reçues qui s’infiltrent inconsciemment dans notre psyché.
Constanza Huerta de Soto, Undermining, 2017
Installation : microphone, enceintes et boucles sonores • dimensions variables • © Constanza Huerta de Soto & ARTAGON / Photo Marie Genin
Et comme dans toute génération d’artistes, il y a toujours ceux qui préfèrent s’évader du monde plutôt que s’y confronter. C’est le cas de Juliette Dominati (École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy), qui construit des environnements à partir d’objets quelconques (mobilier, cartes postales, morceaux de tissu), qu’elle revêt de peinture couleur pastel. Ce geste simple leur confère une douceur apaisante. On se sent tout de suite suspendu hors du temps. « J’aime que les gens rentrent dans une pièce et ressentent quelque chose », explique-t-elle. Un havre de paix revigorant où l’on peut se recueillir à la fin de la visite, avant de revenir au tumulte de la ville.
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Vue de l’exposition ARTAGON.III