Alexandre Gabriel Decamps, Le Singe peintre, 1833
Huile sur toile • 32 x 40 cm • Coll. du musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
Notre histoire commence par une farce. Un joli canular tel que les artistes de la butte Montmartre aimaient en inventer au début des années 1900. Ce 18 mars 1910, en particulier, le Salon des indépendants ouvre ses portes à Paris. Parmi les œuvres exposées, un tableau plutôt singulier interpelle.
C’est une sorte de pochade dont la moitié est recouverte de tons vifs, jaune, orange, rouge, et l’autre d’une étendue bleue évoquant la mer. Son titre : Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique. Signé de Boronali, peintre italien semble-t-il.
Aliboron l’âne, dit Joachim-Raphaël Boronali, Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique, 1910
Huile sur toile • 54 × 81 cm • Coll. Espace culturel Paul-Bédu, Milly-la-Forêt • © Wikimedia Commons
En réalité, c’est une supercherie ! Boronali n’est autre que l’anagramme d’Aliboron, l’âne chouchou de la butte. Selon le souhait de l’écrivain et journaliste Roland Dorgelès (1885–1973), instigateur de cette mystification, la bête s’est contentée de battre de la queue où était accroché un pinceau enduit de couleurs. Une façon pour Dorgelès et ses amis de se moquer du goût naissant pour l’art abstrait.
Au-delà de la blague, les animaux sont capables de peindre. Et dans certains cas, assez exceptionnels, ils font même preuve de créativité ! Exemple avec Nénette, une femelle orang-outan de la ménagerie du jardin des Plantes. Donnez-lui du papier et de la peinture non toxique et le primate passera une trentaine de minutes à peindre avec ses doigts des objets. Nénette peut même se lancer dans des pliages !
Nénette, un orang-outan de Bornéo à la Ménagerie du Jardin des plantes à Paris
D’autres espèces agissent aussi tels des plasticiens contemporains. Les ornithologues connaissent bien les ptilonorhynchidae, autrement appelés oiseaux jardiniers d’après leur talent à aménager une installation colorée durant la saison des amours. Le mâle passera ainsi plusieurs mois à construire un décor en collectionnant les tiges et feuillages les plus beaux, avant d’ouvrir son « exposition » aux femelles. Chaque oiseau a son style et ses couleurs favorites. Le résultat est beau comme un jardin zen et rappelle les installations éphémères de Nils-Udo.
Un nid de ptilonorhynchidae dans le parc national de Kakadu, Australie
© Alamy / Hemis / Photo Prisma de Dukas Presseagentur
Autre exemple avec les trichoptères, insectes dont les larves se développent dans une sorte de cocon confectionné avec des éléments glanés dans l’environnement – le plus souvent du sable, des cailloux, de petits végétaux…
Dans les années 2000, l’artiste Hubert Duprat s’est fait connaître en mettant à la disposition de ces insectes des matières précieuses comme de l’or, des perles, des pierres colorées… Permettant ensuite à la larve de fabriquer un chef-d’œuvre en guise de fourreau. Étonnant !
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