La façade de Notre-Dame de Paris, 24 juin 2025
© Mark Hertzberg / ZUMA / SIPA
C’est une nouvelle étape dans la genèse des futurs vitraux contemporains de la cathédrale Notre-Dame de Paris, fraîchement restaurée suite à l’incendie de 2019. Choisie en décembre 2024 pour les réaliser, l’artiste Claire Tabouret (née en 1981) a en effet annoncé, dans un entretien publié ce lundi 30 juin dans le quotidien La Croix, que les maquettes « grandeur nature » de ces œuvres monumentales en verre coloré seront exposées au Grand Palais de décembre 2025 à mars 2026.
Sélectionnée parmi huit finalistes, dont Daniel Buren et Yan Pei-Ming, cette star française de la peinture contemporaine figurative avait déjà dévoilé l’hiver dernier des croquis à l’aquarelle aux couleurs tendres et joyeuses, illustrant le thème imposé de la Pentecôte avec des personnages sur fond de motifs entrelacés rendant hommage à ceux des vitraux d’origine d’Eugène Viollet-le-Duc (1814–1879).
Sélection d’études de Claire Tabouret pour les vitraux de Notre-Dame de Paris, 2024
Courtesy Claire Tabouret et Perrotin
Ce sont à présent des maquettes à taille réelle, plus proches du résultat final – des œuvres de 7 mètres de haut et d’une surface totale de 120 m² – qui seront présentées au public. La peintre a choisi de les inclure dans son exposition personnelle déjà prévue depuis plus d’un an au Grand Palais, afin de « permettre au public d’en débattre, de s’approprier cette création et lui donner envie – j’espère – de la découvrir en vitrail » a-t-elle précisé. Les créations finales en verre seront ensuite réalisées d’après ses dessins par les plus anciens ateliers de vitraux encore en activité à Reims : ceux du maître verrier Simon-Marq, fondés en 1640.
Si Claire Tabouret emploie le mot « débattre », c’est parce que ces œuvres voulues par Emmanuel Macron font toujours polémique, non pas en raison de leur style, mais du contexte de leur installation. Les vitraux en question – dont la pose est prévue pour décembre 2026, et coûtera plus de 4 millions d’euros – doivent en effet remplacer, dans les six chapelles des bas-côtés sud de la nef, six baies anciennes d’Eugène Viollet-le-Duc (grand restaurateur de la cathédrale et auteur de sa fameuse flèche) pourtant sorties indemnes des flammes et classées monument historique. En retirant ces œuvres intactes du XIXe siècle, le président de la République s’oppose au code du patrimoine, à la charte de Venise et à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), qui s’est prononcée à l’unanimité contre le projet en juillet 2024.
Claire Tabouret lors de la conférence de presse pour avoir remporté avec l’Atelier Simon-Marq la sélection pour les nouveaux vitraux dans six chapelles du bas-côté sud de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à Paris, 18 décembre 2024
© Stéphane de Sakutin / AFP
Le 13 juin dernier, ce scandale avait été relancé suite à une dépêche AFP, reprise par de nombreux médias, annonçant que la CNPA avait finalement donné son feu vert au projet, et que cette bénédiction avait été confirmée par le ministère de la Culture. Ce que ce dernier avait ensuite démenti – car la Commission n’avait, en effet, rien adoubé : elle avait simplement fait connaître ses recommandations quant à la conservation et l’exposition des vitraux anciens après leur dépose.
« Il y a beaucoup de malentendus concernant Notre-Dame. La cathédrale a déjà largement évolué au fil des siècles. C’est important, je crois, de continuer à y témoigner aujourd’hui de la vitalité d’une Église qui avance » défend de son côté Claire Tabouret. Afin que ses œuvres se fondent harmonieusement dans le monument, l’artiste dit s’être « obligée à freiner sa palette parfois fluorescente », pour adopter « une balance des couleurs » qui ne perturbe pas l’équilibre lumineux de l’édifice. Et affirme avoir surtout œuvré à faire passer un message d’espoir et d’harmonie, salutaire dans « un monde chaotique et divisé ».
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