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LE TOPO

Daniel Buren en 3 minutes

En bref

Acteur majeur de l’art conceptuel et minimal depuis les années 1960, Daniel Buren (né en 1938) est aujourd’hui l’une des stars de la scène internationale. Radicale mais joyeuse et vivante, son œuvre cultive une tension entre objectivité et subjectivité, entre support et matière, entre espace et volume. La rayure est le motif visuel emblématique dans l’œuvre de Buren, qui s’exprime par la conception d’installations monumentales, éphémères ou pérennes, dans un cadre le plus souvent urbain. Les œuvres de Daniel Buren créent des interactions poétiques et dynamiques entre l’art, le contexte et le spectateur.

Portrait de Daniel Buren, à EMMA Espoo Museum Of Modern Art, Finlande
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Portrait de Daniel Buren, à EMMA Espoo Museum Of Modern Art, Finlande, 2022

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© Ari Karttunen / Courtesy Mennour, Paris

Il a dit

« Mon travail s’adresse à tout le monde et pas à une classe précise pour laquelle il serait fait, fut-elle ouvrière. Mon travail a pour ambition de créer un public, et non de s’adresser à un public déjà existant ».

Sa vie

Une formation de peintre décorateur

Né à Boulogne-Billancourt, passionné de cinéma, le jeune Daniel Buren entre à l’âge de vingt ans à l’École des métiers d’art. Il se forme à la peinture et à la décoration, puis effectue un passage rapide à l’École nationale supérieure des beaux-arts. Son esprit d’indépendance est trop aiguisé et, rapidement, Buren s’émancipe de l’enseignement officiel.

Les années 1960 et « le degré zéro de la peinture »

Buren est un artiste conceptuel et minimaliste. Dès le début des années 1960, il recherche « le degré zéro de la peinture » (par la répétition, la radicalité, l’objectivité) et cultive une économie extrême de moyens. En 1965, il met au point sa signature visuelle : la rayure, constituée de bandes verticales en alternance blanche et de couleur de 8,7 cm de large. L’artiste les répète à l’infini sur des supports de son choix, qui sont variés (toiles, draps de lit, toile de jute, affiches, éléments d’architecture….).

BMTP et Supports/Surfaces

Brièvement, de 1966 à 1967, Buren fait partie du groupe BMPT, formé avec Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni. Buren partage aussi les préoccupations communes aux artistes du mouvement Supports/Surfaces (comptant Pierre Buraglio et Vincent Bioulès) sans pour autant y appartenir.

Un « outil visuel » pour révéler l’espace

Le but de Buren n’est naturellement pas de peindre des bandes : elles sont un outil qui, placé dans un certain contexte spatial, en révèle la singularité, le métamorphose. Ce dispositif, cet « outil visuel », dévoile « les caractéristiques du lieu qu’il investit. Elles permettent de regarder d’un œil neuf l’architecture, l’environnement ». Buren est un théoricien, et un pédagogue. Ses installations sont toujours accompagnées d’un support explicatif. Par ailleurs, il assure le propre commissariat de ses expositions, demeurant le maître du contenu de ses manifestations.

Exclu du Guggenheim de New York

Sa grande implication est peut-être liée à l’exclusion vécue en 1971, dans le cadre d’une exposition collective au musée Guggenheim de New York. Présentant une toile monumentale couverte de ses fameuses rayures, intitulée Peinture-Sculpture, l’artiste vit sa toile décrochée de l’exposition en raison de l’indignation de la critique.

Un art in situ

Le travail de Buren est pensé pour un site spécifique, in situ. En 1975, il conçoit ses premières Cabanes éclatées, des structures architecturales réalisées à l’aide de divers matériaux, de forme cubique et jouant sur le vide, les formes et les couleurs projetées. L’artiste s’imprègne toujours des lieux afin de proposer une installation révélatrice. Elle associe peinture, architecture et volumes. Ses interventions ne sont pas discrètes mais poétiques et décoratives. Elles dialoguent en objectivité avec l’espace, l’architecture, en combinant lignes et couleurs.

Des installations pour l’espace public

La notion d’interaction est au cœur de l’œuvre de Buren. Depuis les années 1980, il conçoit des installations pérennes pour l’espace public. L’art est, selon lui, une source d’émancipation. Il doit conduire tous les publics à s’intéresser à la ville, la culture, dans la lignée de l’influence des muralistes mexicains des années 1930 (à l’exemple de Diego Rivera), l’une des seules sources d’inspiration revendiquées par Buren.

La polémique du Palais-Royal

En 1986, Daniel Buren est appelé à réaliser son œuvre la plus célèbre, bien qu’elle ait suscité d’intenses polémiques : Les Deux Plateaux, une installation pérenne située au Palais-Royal. La même année, il reçoit un Lion d’or à la Biennale de Venise. La relation avec l’architecture est au cœur de son travail de maturité, qui gagne en taille et en visibilité. Il varie aussi ses moyens d’action sur l’environnement, utilisant des filtres, plaques de verre, plexiglas coloré qui jouent sur la transparence et l’opacité. Cette polémique est désormais lointaine, Daniel Buren étant désormais reconnu comme un acteur majeur de l’art contemporain.

« Monumenta » au Grand Palais et l’adoubement à l’Élysée

En 2012, il se voit confier une grande installation dans le cadre de « Monumenta » au Grand Palais à Paris : Excentrique(s), soit une installation composée de 377 disques translucides suspendus au-dessus du sol sous lesquels les visiteurs peuvent se déplacer et faire l’expérience de la diffusion des couleurs. En 2021, le plasticien est intervenu dans le jardin d’hiver de l’Élysée, créant une œuvre « résolument patriotique », selon les mots d’Emmanuel Macron, teintant les verrières aux couleurs du drapeau français.

Ses œuvres clés

Daniel Buren, Photo-souvenir « Ponctuations, statue / sculpture », à Villeurbanne
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Daniel Buren, Photo-souvenir « Ponctuations, statue / sculpture », à Villeurbanne, 1980

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© DB – Adagp, Paris 2023

Ponctuations statue/sculpture, 1980, Lyon

À la fin de l’année 1980, Buren présente ses interventions sur des socles de statue, monuments et sculptures publics de la ville de Lyon et Villeurbanne. En collant des bandes (blanches et rouges) sur ces œuvres qui ponctuent l’espace urbain, de manière limitée dans le temps, il invite à les redécouvrir, à repenser leur place dans la ville mais aussi à réfléchir à la définition même de l’art, plus mouvante et polymorphe qu’il n’y paraît.

Daniel Buren, Photo-souvenir « Les Deux Plateaux », au Palais-Royal à Paris
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Daniel Buren, Photo-souvenir « Les Deux Plateaux », au Palais-Royal à Paris, 1986

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© DB – Adagp, Paris 2023 / Courtesy Mennour, Paris

Les Deux Plateaux, 1986, Paris, Palais-Royal

Installation emblématique de Daniel Buren au centre de Paris, Les Deux Plateaux (plus familièrement connue sous le titre des « Colonnes ») résulte d’une commande passée à l’artiste par Jack Lang, ministre de la Culture, qui souhaitait redonner une visibilité à cet espace alors utilisé comme parking. Buren définit un maillage de l’espace, en positionnant au sol 260 colonnes de marbre, rayées en blanc et noir, de hauteurs différentes. L’artiste remet en valeur l’architecture du lieu en modifiant les points de vue et crée un espace ludique et poétique que les spectateurs peuvent s’approprier.

Daniel Buren, Photo-souvenir  « L’Observatoire de la Lumière », Fondation Louis Vuitton, 16 ème, Paris
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Daniel Buren, Photo-souvenir « L’Observatoire de la Lumière », Fondation Louis Vuitton, 16 ème, Paris, 2016

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in situ • © Philippe Guignard / Air Images / Fondation Louis Vuitton / © DB – Adagp, Paris 2023 / Courtesy Mennour, Paris

L’Observatoire de la lumière, 2016, Paris, Fondation Louis Vuitton

Dans la lignée de son travail d’interaction avec l’architecture, Buren est invité en 2016 à investir la surface des verrières du monument de Frank Gehry. Les douze voiles sont recouvertes de filtres transparents de différentes couleurs, qui révèlent un nouveau point de vue sur cette architecture contemporaine. Créant des jeux de lumière, tout en transparence, cette intervention éphémère est à la fois monumentale et enchanteresse.

Par • le 9 octobre 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Daniel Buren

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