Claire Tabouret lors de la conférence de presse pour avoir remporté avec l’Atelier Simon-Marq la sélection pour les nouveaux vitraux dans six chapelles du bas-côté sud de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à Paris, 18 décembre 2024
© Stéphane de Sakutin / AFP
Alors que la cathédrale Notre-Dame, restaurée suite à l’incendie de 2019, vient de dévoiler en grande pompe sa splendeur retrouvée, le projet controversé de vitraux contemporains suit son cours. Ce mercredi 18 décembre, le président de la République, Emmanuel Macron, et l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, ont annoncé avoir choisi l’artiste Claire Tabouret pour créer les fameux vitraux destinés à remplacer six grandes baies anciennes d’Eugène Viollet-le-Duc (1814–1879) situées dans six chapelles des bas-côtés sud de la nef.
Née dans le Vaucluse en 1981, la peintre française a été sélectionnée parmi huit finalistes, dont Yan Pei-Ming, Jean-Michel Alberola et Daniel Buren. Au total, 110 artistes (Hervé Di Rosa, Laure Prouvost…) avaient postulé suite à l’appel à candidatures lancé en avril 2024.
« Il fallait de l’audace pour oser apporter ce mouvement [contemporain] essentiel à notre pays, à notre religion, à notre culture. »
Claire Tabouret
Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2006, puis repérée par le collectionneur François Pinault en 2013, Claire Tabouret s’est imposée ces dix dernières années comme une star de la peinture contemporaine figurative. Connue pour ses jeunes personnages graves et mélancoliques, brossés dans des couleurs acidulées, l’artiste, présente dans de grands musées – dont le Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et la Pinault Collection à Venise et Paris – peint sur toile tout en explorant des médiums très variés comme la céramique, la tapisserie, le bronze, et même la peinture sur fourrure synthétique. Installée à Los Angeles depuis 2015, elle avait récemment annoncé son retour à Paris.
« Il fallait de l’audace pour oser apporter ce mouvement [contemporain] essentiel à notre pays, à notre religion, à notre culture », a déclaré l’artiste lors de la présentation du projet à la presse, tenue dans un préfabriqué du chantier de Notre-Dame. L’artiste a souhaité que ses œuvres, pensées « en hommage à Viollet-le-Duc », « puissent être comprises par tous », et soient « au service de l’unité ». Ses croquis à l’aquarelle dévoilent des couleurs tendres et joyeuses (turquoise, jaune, rouge…), ainsi que des personnages sur fond de motifs entrelacés se référant aux vitraux d’origine.
Croquis réalisés par Claire Tabouret avec l’Atelier Simon-Marq pour les nouveaux vitraux dans six chapelles du bas-côté sud de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 2024
© Stéphane de Sakutin / Afp
D’une « très grande qualité artistique », son projet est « à la hauteur de ce que réclame la cathédrale », a ajouté l’Élysée, qui salue « son adéquation avec le vitrail représentant l’arbre de Jessé (1864), présent dans l’une des chapelles du même bas-côté de la nef », ainsi que son « respect du programme figuratif choisi par le diocèse de Paris relatif à la Pentecôte ».
Claire Tabouret travaillera avec les plus anciens ateliers de vitraux encore en activité à Reims : ceux du maître verrier Simon-Marq, fondés en 1640. Le coût de création de ces six œuvres translucides de 7 mètres de haut, qui devraient être inaugurées en décembre 2026, sera de 4 millions d’euros (hors coût de dépose des vitraux existants) financés par le ministère de la Culture, a précisé Philippe Jost, directeur de l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de Notre-Dame.
Mais ce projet fait l’objet d’une ardente polémique depuis l’annonce de son lancement, le 8 décembre 2023 par Emmanuel Macron. En effet, les vitraux que ce dernier a décidé de remplacer étaient sortis indemnes des flammes et sont classés monument historique. Ornés de fins motifs géométriques et d’entrelacs colorés, ils ont été conçus au XIXe siècle par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, grand restaurateur de la cathédrale et auteur de sa fameuse flèche, reconstruite à l’identique après sa destruction dans l’incendie. En les retirant, le président de la République s’oppose donc au code du patrimoine et à la charte de Venise, comme le rappelait la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture, qui s’est prononcée à l’unanimité contre le projet en juillet 2024.
Sélection d’études de Claire Tabouret pour les vitraux de Notre-Dame de Paris, 2024
Courtesy Claire Tabouret et Perrotin
« La réouverture de la cathédrale a montré à chacun que ces vitraux de Viollet-le-Duc étaient beaux, en plus d’être protégés monument historique. Buren ou Tabouret, le scandale ne change pas. C’est le remplacement des vitraux classés, épargnés par l’incendie et restaurés avec l’argent des donateurs que nous combattons », s’insurge le journaliste et défenseur du patrimoine Didier Rykner dans La Tribune de l’Art. Dénonçant une coûteuse opération de « vandalisme », le journaliste, qui a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux, rappelle qu’« aucune autorisation formelle de travaux » n’a été donnée pour ces vitraux contemporains, et que la réalisation du musée de Notre-Dame, où seraient censées être exposées les baies anciennes, reste elle aussi incertaine. Lancée sur Change.org, sa pétition a recueilli à ce jour près de 245 000 signatures.
Cathédrale Notre-Dame de Paris
6 Parvis Notre Dame - Place Jean-Paul II • 75004 Paris
www.notredamedeparis.fr
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