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Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel, 1938
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel (détail), 1938
Un couple mythique
Marc Chagall rencontre Bella Rosenfeld en 1909 alors qu’il étudie la peinture dans l’atelier de Léon Bakst à Saint-Pétersbourg. Les amoureux se marient en 1915 à Vitebsk, aujourd’hui situé en Biélorussie. Dès lors, l’amour qu’il porte à Bella ne cessera de lui inspirer de grandioses compositions où le couple apparaît flottant dans les airs tels des anges, s’échangeant baisers et tendresses. Disparue prématurément en 1944, alors qu’ils avaient trouvé refuge aux États-Unis, Bella hantera l’esprit et les toiles de l’artiste par-delà la mort…
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel (détail), 1938
Cocorico !
Comme surgi d’un rêve, un grand coq immaculé domine la diagonale de la composition. Marc et Bella, en tenues de mariés, chevauchent le gallinacé qui évoque la cérémonie des Kapparot, traditionnellement célébrée à l’approche de Yom Kippour. C’est aussi le symbole de la France, avec laquelle l’artiste entretient des liens forts depuis le début des années 1910.
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel (détail), 1938
Félicité parisienne
Tout semble sourire au couple. Dans un doux ciel bleu gris, caractéristique de la capitale, brille un grand soleil orange qui irradie de sa lumière incandescente un ange, et bien sûr la tour Eiffel. Le regard tourné vers cette vision de félicité, un être hybride, au croisement d’un homme, d’un violon et d’une chèvre, entonne un air que l’on imagine joyeux. Paris apparaît alors comme un Éden, une terre promise pour ce couple juif qui s’est installé en France dans les années 1920 pour fuir les pogroms en Russie.
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel (détail), 1938
Souvenir amoureux
La peinture de Marc Chagall se conjugue ici au passé, au présent et au futur. Cette grande composition peut en effet se lire de gauche à droite, comme un récit autobiographique. À l’extrémité gauche de la toile, dans ce qui ressemble à un gros nuage, le peintre figure son mariage avec Bella, à Vitebsk, en 1915. Tous deux se tiennent sous une houppa, qui dans la tradition juive symbolise le foyer que le couple doit construire et partager.
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel (détail), 1938
Une œuvre prémonitoire ?
L’avenir des deux tourtereaux est incertain… L’horizon est bouché par un arbre immense au feuillage sombre et dense. Celui-ci prend racine à l’entrée d’un village, qui n’est autre que Vitebsk, d’où est originaire le couple. Les maisons nous apparaissent à travers un brouillard sombre… À moins que ce ne soit un panache de fumée ? Au-dessus des toits plane une menace : celle de la guerre, symbolisée par un ange tenant un chandelier renversé, prêt à incendier le village. Chagall, considéré comme un « artiste dégénéré » par les nazis, fait ici part de ses inquiétudes face à l’imminence de la guerre et de ses drames…
Huile sur toile de lin • 150 x 136,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Philippe Migeat
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Un moment de bonheur ?
C’est une vision de bonheur que rien ou presque ne saurait troubler. Emportés dans les airs par un majestueux coq blanc, de jeunes mariés s’apprêtent à couler des jours heureux à Paris et à savourer leur nouvelle vie… L’ensemble ressemble à un rêve aux couleurs chatoyantes, peuplé de créatures chimériques comme tout droit sorties d’un cadavre exquis surréaliste : le couple, l’ange, la chèvre, le violoniste, etc. sont autant de symboles récurrents dans l’œuvre de Marc Chagall, qui livre ici une toile autobiographique témoignant de ses inquiétudes face à un avenir incertain…