Gustave Klimt, Le Baiser, débuté en 1908 et achevé en 1909
Huile et feuille d'or sur toile • 180 cm × 180 cm • Österreichische Galerie Belvedere , Vienne • © Wikimedia Commons
Gustave Klimt, Le Baiser (détail), débuté en 1908 et achevé en 1909
Une œuvre autobiographique ?
Créatrice de mode visionnaire, à la tête de sa propre maison de couture, Emilie Flöge fait une entrée remarquée dans la peinture de Gustav Klimt à partir de 1891. À cette époque, l’artiste est pleinement engagé dans la Sécession viennoise, qui prône une abolition de la hiérarchie des arts et plaide en faveur d’un renouveau des arts décoratifs. La muse du peintre était-elle aussi son amante ? Ambiguë, la nature de leur relation n’a jamais été révélée publiquement. Quoi qu’il en soit, Klimt a réalisé plusieurs portraits de la jeune femme, de douze ans sa cadette. Certains critiques de l’époque ont naturellement cru reconnaître, dans les traits de l’amante du Baiser, ceux d’Emilie Flöge…
Huile et feuille d'or sur toile • 180 cm × 180 cm • Österreichische Galerie Belvedere , Vienne • © Wikimedia Commons
Gustave Klimt, Le Baiser (détail), débuté en 1908 et achevé en 1909
Une icône Jugendstil
Klimt rêve d’un art total qui unirait peinture, architecture mais aussi musique (à l’instar de sa prodigieuse Frise Beethoven, 1902–1903), et s’impose dès lors comme une figure de proue de la Sécession viennoise, un mouvement d’avant-garde qu’il vient de quitter au moment où il peint le Baiser. L’empreinte du Jugendstil – l’Art nouveau viennois – y reste néanmoins proéminente, comme en témoignent les motifs géométriques de la tunique de l’homme, qui se fondent parfaitement avec ceux, plus organiques, de la robe de son amante (ceux-ci rappellent les motifs des verres de Murano). On reconnaît ici l’influence d’Emilie Flöge, dont les créations – des robes amples aux imprimés Jugendstil – étaient aussi très prisées par Klimt !
Huile et feuille d'or sur toile • 180 cm × 180 cm • Österreichische Galerie Belvedere , Vienne • © Wikimedia Commons
Gustave Klimt, Le Baiser (détail), débuté en 1908 et achevé en 1909
Une féérie d’or
Isolé du monde qui l’entoure, le couple est comme enchâssé dans un fond d’or, parsemé de petits points semblables à une constellation d’étoiles. Fils d’orfèvre, Klimt est très tôt influencé par l’art byzantin, en particulier ses mosaïques et ses icônes. Tel un alchimiste de la peinture, il intègre l’or à bon nombre de ses créations et consacre à cette éblouissante couleur un cycle complet, appelé le « Cycle d’or », dont le Baiser est, en quelque sorte, l’apothéose. Le fameux Portrait d’Adèle Bloch Bauer (1907) ou les frises réalisées pour le palais Stoclet à Bruxelles figurent aussi parmi les réalisations emblématiques de cette « période dorée ».
Huile et feuille d'or sur toile • 180 cm × 180 cm • Österreichische Galerie Belvedere , Vienne • © Wikimedia Commons
Gustave Klimt, Le Baiser (détail), débuté en 1908 et achevé en 1909
Vertiges de l’amour
Abandonnée dans les bras de son amant, l’amoureuse est agenouillée sur un parterre de fleurs dont la forme rappelle celle des motifs millefiori de sa robe. Fidèle à son ambition de voir naître un art total, Klimt fait ici fusionner, en un baiser, les motifs décoratifs du Jugendstil avec ceux de la nature. Mais cet idéal est instable : le couple se trouve en réalité au bord de ce qui semble être une falaise, à laquelle s’agrippent fermement les pieds de la jeune femme pour ne pas vaciller. Le Baiser est certes une incarnation de l’amour absolu, mais aussi de son infinie fragilité…
Huile et feuille d'or sur toile • 180 cm × 180 cm • Österreichische Galerie Belvedere , Vienne • © Wikimedia Commons
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Un Baiser pour l’éternité
À Vienne, le Baiser peint par Gustav Klimt entre 1908 et 1909 est au Belvédère ce que la Joconde de Léonard de Vinci est au Louvre : une icône. Véritable hymne à l’amour, il représente l’étreinte fusionnelle d’un couple amoureux, sertie d’une profusion d’or. Vêtu d’une tunique aux motifs géométriques, l’homme embrasse tendrement sa compagne sur la joue. La jeune femme est quant à elle agenouillée face à lui (détail étonnant : elle fait pourtant presque sa taille !), et s’abandonne à lui dans un élan de sereine extase. Rien ne semble troubler leur parfaite harmonie.