Vincent Van Gogh, Les Vieux souliers, 1886
Huile sur toile • 37,5 x 45 cm • Coll. Musée Vincent Van Gogh, Amsterdam • © Fine Art Images / Bridgeman Images
Torturé, avec ses idées noires, solitaire… L’image de l’artiste galérien, condamné à survivre péniblement et à souffrir est omniprésente dans la culture populaire. Qui de mieux, pour le confirmer, que Van Gogh ? Il n’a vendu qu’une seule œuvre de son vivant – La Vigne rouge, partie à 400 francs belge soit quelque 800 euros actuels. De maladie en suicide, il semble qu’on pourrait continuer longtemps la liste des destins dramatiques dans l’art… Mais en regardant de plus près, n’est-ce pas un peu exagéré ?
Cette image de l’artiste dans la misère nous vient du XIXe siècle. Avec l’émergence d’une classe bourgeoise et l’industrialisation de l’Europe, la condition de l’artiste change radicalement. C’est l’époque où de nombreux Rastignac sans le sou, à l’instar du héros balzacien, « montent à la capitale » dans l’espoir de percer comme artiste, et de se faire un nom notamment au Salon. Hélas, vous l’aurez compris, il n’y aura pas de place pour tout le monde…
Conséquence de ce fait social : les romantiques et les préraphaélites vivent de bohème et leur peinture va mettre en scène cette trajectoire faite d’expédients. Sur les toiles, souvent repeintes et réutilisées, on voit l’artiste, génial, poète sur les bords, dans la torpeur de son atelier, un matelas parfois jeté au sol.
Carl Spitzweg, Le pauvre poète, Huile sur toile
Huile sur toile • 36,2 × 44,6 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich • © Wikimedia Commons
Certains iront même jusqu’au suicide ! Ce qui est malheureusement très fréquent au XIXe siècle, à l’instar Léopold Robert en mars 1835, Antoine-Jean Gros la même année, Vincent van Gogh en 1890… C’est notamment pour lutter contre cette paupérisation du monde artistique que des sociétés d’artistes vont naître à cette période, telle la Société des Artistes français en 1881 ou la Société nationale des beaux-arts en 1890. Ces entités entendaient donner plus de visibilité aux œuvres, protéger les artistes et faciliter leurs rémunérations.
Pas de quoi se faire une place au soleil ! D’après les dernières estimations de l’Insee, ceux qui exercent un métier artistique sont presque deux fois plus nombreux qu’au début des années 1990. Et les disparités entre les peintres professionnels sont très grandes puisque les données indiquent une rémunération qui va du simple à plus du double : ainsi la rétribution mensuelle brute moyenne (souvent pas du salaire mais des droits d’auteurs) d’un peintre varie de 1 400 euros à 4 110 euros. Nombreux sont aussi les professionnels à exercer une autre activité, comme enseignant, graphiste, illustrateur, pour boucler leurs fins de mois. Ils sont donc sûrement nombreux à envier les 1 % des artistes-auteurs qui perçoivent plus de 200 000 euros par an.
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