Louis Léopold Boilly, Le public regardant le « Couronnement » de David au Louvre à l’occasion du Salon, 1810
Huile sur toile • 61,6 x 82,6 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York • © Wikimedia Commons
L’histoire du « salon » est intimement liée à la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Cette dernière a été fondée en 1648, par le cardinal Mazarin. Pour être « reçu à l’Académie », selon le terme consacré, les artistes devaient soumettre une œuvre appelée « morceau de réception », respectant certains critères notamment de « genre » pictural. Cette œuvre reçue entrait ensuite dans la collection de l’Académie.
À partir de 1663 (et à peu près tous les deux ans jusqu’en 1669), cette institution très hiérarchisée qui dispensait un enseignement aux artistes, présentait à un public trié sur le volet une exposition au Palais-Royal. L’Académie crée aussi à cette période son fameux prix de Rome qui permet aux lauréats d’aller aiguiser leur œil et parfaire leur technique à Rome.
Robert Nanteuil d’après Pierre Mignard, Le cardinal Jules Mazarin assis dans la galerie de son palais, 1659
Gravure • 47,5 × 67,1 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York • © Wikimedia Commons
En 1699, le public s’élargit car les œuvres sont, dès lors, accrochées au sein de la Grande Galerie du Louvre. « L’exposition » de l’Académie, telle qu’on la nomme, est en passe de devenir un événement…
Il faut toutefois attendre 1725 pour que le rendez-vous devienne incontournable. L’exposition des œuvres des académiciens se tient désormais au Salon carré du Louvre, l’entrée est gratuite et seul le livret est vendu. C’est là qu’on commence alors à parler de « Salon officiel » !
Pietro Antonio Martini, Exposition au Salon du Louvre en 1787, 1787
Gravure • 35,6 x 50,2 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York • © Wikimedia Commons
Tout le monde se presse d’aller au Louvre. D’abord annuel, le Salon devient bisannuel en 1747. Le succès est là ! La participation des artistes augmente au fil des années, mais le salon n’autorise guère l’accès aux femmes et aux étrangers. L’événement fait couler beaucoup d’encre et donne naissance à la critique d’art emmené par le philosophe Denis Diderot qui commente tout ce qu’il voit. Aux risques et périls des artistes qui peuvent vite déchanter face à la critique !
Après la Révolution française, qui met fin à l’Académie royale (elle deviendra bien plus tard l’Académie des beaux-arts), le Salon s’ouvre à tous les artistes vivants. Mais tous les carcans ne sautent pas pour autant : ainsi les thèmes très classiques, centrés sur l’histoire et la mythologie grecque et romaine, continuent de prévaloir. La remise des médailles est présidée par un personnage officiel.
François Joseph Heim, Charles X distribuant des récompenses aux artistes exposants du salon de 1824 au Louvre le 15 janvier 1825, entre 1820 et 1830
Huile sur toile • 173 × 256 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Wikimedia Commons
Le système met les artistes à rude épreuve. Après décision du jury, les toiles acceptées sont accrochées de manière très dense, et celles refusées sont marquées au dos d’un « R ».
Au XIXe siècle, la création de galeries et de salons indépendants va permettre à ces « refusés » de tout de même se faire connaître. Sous la Troisième République, qui ne proclame aucun art « officiel », l’ancien Salon de l’Académie est remplacé selon un décret officiel de 1880 par Jules Ferry par le Salon des artistes français. Après cela, de nombreux autres salons verront le jour comme celui des « indépendants » ou celui « d’Automne », faisant éclore de nombreux talents.
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