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Michael Wol-gemut, Wilhelm Pleydenwurff, Planche tirée de: Schatzbehalter der wahren Reichtümer des Heils, 1491
© Klassik Stiftung Weimar / Herzogin Anna Amalia Bibliothek
Sandra Rendgen, Julius Wiedemann, History of Information Graphics, 2019
24,6 × 37,2 cm • ©taschen
Rendre visible l’information, la coder et la diffuser. Voilà l’ambition de l’infographie, une discipline à la richesse visuelle méconnue, portée par un idéal, et non des moindres : la parfaite compréhension du monde par tous… y compris dans les galaxies lointaines, comme en témoignent les plaques gravées de symboles représentant l’humanité et la Terre, fixées en 1972 et 1973 sur les sondes spatiales Pioneer 10 et 11 dans l’espoir d’être découvertes par des extraterrestres.
L’infographie, en tant que processus complexe, convoque à la fois des phénomènes réels et des concepts abstraits qu’il faut, pour les rendre intelligibles, soigneusement sélectionner et surtout ordonner. Pierres gravées, parchemins manuscrits, livres imprimés, écrans en tous genres… Depuis l’Antiquité, les représentations de l’information se sont ainsi développées sur une multitude de formats et selon une grande variété de techniques (entre 203 et 211 après J.-C., le plan antique de Rome, Forma Urbis Romae, fut gravé sur quelque 150 plaques de marbre !).
Anonyme, Page d’un manuscrit codex sur parchemin, 1175
Coll. The Walters Art Museum, Baltimore
Au Moyen Âge, la production, la diffusion et la conservation du savoir est surtout l’affaire des religieux. Théologie, astronomie, généalogie… Grâce aux copistes, les données sont reproduites, sauvegardées (et parfois réinterprétées) sur des manuscrits richement illustrés. Enluminures et dessins colorés viennent en renfort du texte comme un moyen supplémentaire d’expliciter un propos, comme l’illustre cette planche extraite d’un manuel scientifique destiné aux moines et copié vers 1175, qui témoigne de la vision géocentrique de l’univers, alors dominante : le cercle supérieur représente en effet les orbites décrits par les planètes autour de la Terre, ainsi que les constellations du zodiaque.
Albrecht Dürer, Étude anatomique tirée du « Traité des proportions du corps humain », 1528
© akg-images / WHA / World History Archive
L’invention de l’imprimerie au XVe siècle marque un premier tournant dans l’histoire de la diffusion des informations. Dès lors, livres illustrés et ouvrages de vulgarisation se font les vecteurs du savoir dans tout l’Occident. Dans un siècle marqué par les grandes découvertes, la cartographie devient un moyen de visualiser les nouveaux territoires conquis par les puissances coloniales, mais aussi les nouvelles connaissances scientifiques. À la Renaissance, l’homme cartographie aussi son propre corps. Les artistes s’intéressent en effet, comme les scientifiques, aux mystères de l’anatomie, à l’image d’Albrecht Dürer qui rédige en 1528 son Traité des proportions du corps humain, précieux recueil de quatre livres dans lesquels il tente, par de multiples schémas et calculs mathématiques, de définir la beauté.
Au XIXe siècle, si grâce à la géographie scientifique les représentations du monde se précisent, les sciences sociales quant à elles cherchent à cartographier la société dans son ensemble : c’est l’essor de la statistique, qui devient alors une discipline scientifique à part entière permettant d’organiser et de lire des données chiffrées. La révolution industrielle, qui bouleverse profondément l’Occident sur les plans politiques, sociaux et économique, facilite elle aussi la diffusion des informations, et les techniques de reproduction des images – à l’instar de la lithographie – se perfectionnent. Dans la presse, les graphiques imprimés font leur apparition, avant de carrément l’inonder au XXe siècle.
Francesco Franchi, Infographic as impossibility in its purest form, 2012
© Francesco Franchi, 2012
Démocratisation des savoirs, développement des médias de masse, boom d’Internet, instantanéité de l’information… Le XXe siècle sonne l’avènement de la vulgarisation de l’information et du traitement des données. À l’ère du big data, l’infographie n’est plus seulement une affaire de scientifiques. Graphistes, concepteurs-rédacteurs, développeurs… l’image d’Épinal de l’érudit solitaire s’est effacée au profit du collectif et de la machine. De nouvelles formes de représentation « navigables » – c’est-à-dire optimisées pour les outils numériques – apparaissent, tandis que la production d’infographies se trouve elle-même bouleversée par l’automatisation de la collecte des données. Reste cet idéal, inchangé depuis la nuit des temps : interpréter, comprendre le monde et ses mystères. Soit, comme le souligne avec humour et cynisme le directeur artistique italien Francesco Franchi avec son affiche Infographic as impossibility in its purest form, une « impossibilité par excellence ».
History of Information Graphics
Par Sandra Rendgen et Julius Wiedemann
Quand les artistes dessinaient les cartes
Du 25 septembre 2019 au 6 janvier 2020
À la croisée de l’art et de la cartographie, les « vues figurées » apparaissent à la toute fin du Moyen Âge. Réalisées par des artistes, parmi lesquels Léonard de Vinci, Bernard Palissy et Jean Cousin, à la demande de commanditaires prestigieux (rois, seigneurs, clergé...), elles représentaient des territoires souvent restreints et permettaient de délimiter une frontière, de trancher un procès ou encore de relater un événement important. À l’ère du GPS, les Archives nationales rendent hommage à ces cartes méconnues jusqu’au 6 janvier 2020.
Archives nationales • 11 Rue des Quatre-Fils • 75003 Paris
www.archives-nationales.culture.gouv.fr
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