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Essai historique, fiction danoise, biographie visuelle : il y en a pour tous les goûts dans cette sélection de lectures arty à dévorer sans modération !
L’œuvre gracieuse et obscène d’Elsa Sahal, la visite nocturne de Christine Angot à la Bourse de Commerce, l’épopée fascinante des artistes sous le régime nazi retranscrit par Uwe Wittstock, le Copenhague de la fin du XIXe siècle vu par Ulf Peter Hallberg… L’arrivée des beaux jours tombe à pic : assis dans l’herbe ou à la terrasse d’un café, vous risquez d’adorer chacun de ces quatre ouvrages.
Elsa Sahal, Les vases sont debout, les potiches ont attrapé des jambes
© éd. JBE Books
« La terre est un matériau versatile. Elle peut être brutale (gadoue, lave) et elle peut aussi poursuivre une sophistication extrême », écrit Elsa Sahal. L’artiste en a fait la matière de ses aspirations, donnant naissance à des céramiques frondeuses sans tabou qui, en défiant la sculpture classique, font exploser la notion de beau universel et les représentations codifiées du corps féminin pour leur préférer l’étrange, le monstrueux, l’anormal, l’inadapté. Grande vulve fontaine érigée sur une colonne totem de seins protecteurs, pole danseuses effrontément obscènes, série des Nichonesques affirmant leur sororité sensuelle et défiant le male gaze, fentes pleines de promesses, formes organiques suspendues dans les airs évoquant le cou blanc délicat d’un cygne pour raconter Léda qui se caresse… Semblables aux Guérillères de la philosophe et militante féministe Monique Wittig, les créatures d’Elsa Sahal imposent leur grâce outrancière dans cet ouvrage retraçant vingt ans d’une création débridée aussi politique que poétique. D.B.
Elsa Sahal, Les Poitrines mamelées, 2023
© Photo Grégory Copitet
Les vases sont debout, les potiches ont attrapé des jambes
Par Elsa Sahal, avec un essai d’Alexandra Midal
Uwe Wittstock, Marseille 1940 Quand la littérature s’évade
© éd. Grasset
Après le succès de son ouvrage Février 33 dans lequel il revenait sur l’accession d’Hitler au pouvoir, le journaliste allemand Uwe Wittstock poursuit son exploration de la période en racontant l’exil de milliers d’écrivains et intellectuels juifs ou opposants au régime nazi et le sauvetage de centaines d’entre eux par le journaliste américain Varian Fry. L’histoire est connue, livres et série se sont emparés ces dernières années du destin de ce « juste parmi les nations ». Mais au-delà du personnage, c’est le parcours de tous ces déplacés que raconte l’auteur, entre espoir et désillusion, privations et résistances, horreur et petits bonheurs. On suit ainsi Franz Werfel, Hannah Arendt, Anna Seghers, Walter Benjamin, Heinrich Mann et bien d’autres. Un essai haletant, illustré et très documenté – l’auteur s’appuie sur des archives, lettres, journaux intimes, entretiens et autobiographies – qui restitue avec force autant l’ambiance de la cité phocéenne que l’urgence de la situation. S.deB.
Christine Angot, La Nuit sur commande
© éd. Stock
Nouvelle invitée de la série à succès des éditions Stock « Ma nuit au musée », livres écrits depuis la solitude nocturne d’une institution choisie par l’auteur, Christine Angot s’est prêtée à l’exercice d’une drôle de manière, sans jouer vraiment le jeu, fidèle à son style nerveux, impudique, d’une sincérité tellement déconcertante qu’elle laisse parfois un goût âpre à l’âme. Angot a vécu la commande comme une contrainte, mettant un point d’honneur à conserver « la liberté d’écrire les choses telles qu’elles sont ». Le milieu de l’art, qu’elle a fréquenté un temps, en prend pour son grade : la plasticienne Sophie Calle pour qui elle a joué « la meilleure amie du moment », les querelles de chapelle, la surpuissance de la Bourse de Commerce qu’elle a choisie pour cette expérience, propriété du milliardaire collectionneur François Pinault. Et puis il y a, au-dessus de tout, la relation lumineuse avec sa fille Léonore, devenue sculptrice, sans qui elle n’aurait pas réussi à passer le cap de cette nuit qui la terrorisait. D.B.
Ulf Peter Hallberg, Le Messager du Nord
© éd. Gallimard
Où se croisaient en 1888 le peintre Vilhelm Hammershøi, l’autrice Victoria Benedictsson, l’écrivain Georg Brandes et l’artiste et auteur August Strindberg ? À Copenhague ! La capitale danoise et ses lieux fréquentés par la bonne société servent de décor au roman d’Ulf Peter Hallberg. Il y décrit un monde bruissant autour de Strindberg, grand dramaturge suédois et misogyne notoire, qui s’est installé au Danemark en 1887. Ce microcosme prend vie, avec toutes ses petites histoires, sensible aux changements politiques et sociétaux de cette fin de siècle. S’y télescopent personnages réels et de fiction, dans une histoire écrite par touches, comme se compose une toile impressionniste. P.M.
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