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Une œuvre en détail

Le “Repas de Paysans” de Louis Le Nain

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Publié le , mis à jour le
Les frères Le Nain, peintres du XVIIe siècle originaires de Laon, sont une fratrie bien mystérieuse. Beaux Arts passe à la loupe le chef-d’œuvre de l’un d’entre eux, Louis, mettant en scène une humble famille de paysan à l’heure du repas. Un portrait digne et saisissant.  
Louis Le Nain, Repas de Paysans
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Louis Le Nain, Repas de Paysans, 1642

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Entré au Louvre dès 1869, ce tableau, signé et daté de 1642 (à gauche, sur la planche posée sur le tonneau), a connu un prestige constant et représente la quintessence des peintures paysannes des frères Le Nain. La scène prend place dans un intérieur, celui de la pièce chaude de la maison, avec son sol en terre battue, celle où se trouve la cheminée, celle où l’on cuisine, où l’on mange, où l’on se réunit, mais aussi où l’on dort (on aperçoit, en l’arrière-plan à droite, les colonnes d’un lit). Y prennent place plusieurs groupes de personnages, articulés autour d’une figure principale, l’homme au verre de vin, placé devant une nappe blanche aux plissés animés, qui constitue le centre de la composition. L’observer en détail revient à y découvrir une somme de détails concrets et virtuoses, céramiques, étoffes, animaux… Et à se plonger dans cette troublante intimité de la fin du règne de Louis XIII, à se confronter à ces expressions intériorisées d’une grande dignité.

Huile sur toile • 97 × 122 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau

Repas de paysans
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Repas de paysans

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Une habile ligne de rouge

Alors que la palette chromatique est réduite à un sobre camaïeu de gris et de bruns, Louis Le Nain appose sur une ligne transversale une série d’aplats d’un rouge rubis éclatant : là, le vin du verre, là, le rouge de l’étoffe d’un vêtement ou d’un bonnet. Ce dispositif permet de renforcer la profondeur du tableau alors que les personnages sont figurés en frise. L’œuvre est un modèle du genre en termes de rigueur de construction et d’économie de moyens.

Repas de paysans </em>[détail]<em>
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Repas de paysans [détail]

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Un troublant verre de vin

Il est mieux vêtu que les autres, avec son col blanc bien noué et sa coiffure à la mode du temps, il fronce légèrement les sourcils, donnant à son regard un air pénétrant, et tient ostensiblement son verre de cristal blanc, d’un luxe décalé. De quoi susciter une foule d’interprétations, souvent religieuses – une référence à l’Eucharistie ? – mais jamais totalement confirmées, le verre de vin restant l’attribut de nombreuses scènes de genre, souvent triviales, y compris chez les frères Le Nain.

Repas de paysans </em>[détail]<em>
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Repas de paysans [détail]

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Détails incongrus

Son geste, couteau tendu vers la miche de pain, renforce encore le trouble quant à une possible interprétation religieuse. Il est en tout cas le point focal de la composition. La nappe blanche, avec ses plis savamment disposés, dans un halo de lumière, fixe tout l’éclairage du tableau. Elle semble aussi incongrue dans cet intérieur simple, posée sur la table alors que le couvert n’est pas mis, tel un étrange attribut de richesse. C’est là toute la science de Louis : recomposer à partir du réel.

Repas de paysans </em>[détail]<em>
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Repas de paysans [détail]

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La douceur de l’enfance

Figuré à l’arrière-plan, adossé à la cheminée, l’enfant fixe le spectateur de son doux regard et incite le spectateur à détailler l’ensemble de la pièce. Il n’est pas rare de trouver, dans les tableaux de Louis Le Nain, un tel personnage qui semble ainsi nous interpeller. Le peintre était un formidable portraitiste, chaque figure étant singularisée par ses traits, mais aussi par son expression. Nulle fiction dans cette capacité à traduire la vérité des sentiments humains.

Repas de paysans </em>[détail]<em>
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Repas de paysans [détail]

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Des pieds nus sur la terre battue

Ceux d’un homme et de son enfant, manifestement plus humbles que les autres. La force du tableau tient aussi à cette répartition des personnages en trois groupes de statut social différent. D’une part, des personnages aisés, l’homme au verre de vin et son fils jouant du violon ; d’autre part, l’homme de gauche, plus modeste, accompagné de sa femme et de son garçon. Enfin, ces deux mendiants aux pieds nus et en guenilles. Est-ce là une représentation de la charité chrétienne ? Rien n’est sûr.

Retrouvez dans l’Encyclo : Réalisme

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