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Pionnier de l’art vidéo et associé au groupe Fluxus, Nam June Paik est célèbre pour avoir été le premier à utiliser un poste de télévision dans une œuvre d’art. Derrière son apparente technicité, son travail entre cultures orientale et occidentale n’est pas dénué de profondeur méditative et philosophique. Compositeur de formation, fasciné par les sons issus des nouvelles technologies, Nam June Paik interroge la place des nouveaux médias dans la société des années 1960, puis de l’art au sein d’un monde toujours plus en prise avec les écrans et les médias de masse.
Nam June Paik photographié dans son studio de New York en 1974
© Jack Mitchell / Getty
« Je me rattache à cette voie de l’inconscient définie par Freud, par James Joyce, par Marcel Proust, à savoir la libre association d’idées, sans aucune logique. La vidéo, c’est le rêve : les deux présentent la même structure temporelle ».
Nam June Paik naît à Séoul, en Corée, en 1932, dans un milieu aisé. Son père est propriétaire d’une usine textile. Très tôt, il s’intéresse à la musique et apprend le piano. En 1950, sa famille fuit le pays en guerre. Les Paik se réfugient au Japon. Le jeune homme fait ses études à l’université. À l’issue de son parcours, il soutient une thèse de doctorat sur le compositeur Arnold Schönberg.
Paik poursuit ses études à Fribourg et s’installe en Allemagne en 1956. Il s’intéresse aux travaux de Karlheinz Stockhausen, pionnier de la musique électronique, et aux expérimentations de John Cage. Paik est marqué par l’introduction du principe du hasard dans le processus de composition. Il se joint à des actions menées par le groupe Fluxus et propose des performances radicales, telles que des destructions d’instruments, qui rompent avec l’image associée à la musique traditionnelle.
En 1963, un an avant l’installation de Paik à New York, « Exposition of Music – Electronic Television » présente, dans une galerie de Wuppertal, ses œuvres novatrices. Pour la première fois, et sur le mode de l’installation, il met en scène des téléviseurs selon le principe des « pianos préparés » de John Cage, c’est-à-dire connectés à des éléments étrangers qui interfèrent sur leur fonctionnement. Les œuvres de Paik s’imposent comme de véritables sculptures d’un nouveau genre. C’est un paradoxe : les téléviseurs ne sont pas utilisés comme des vecteurs de médias de masse mais de messages qui leur sont complètement extérieurs. L’ambition de Paik n’est pas de critiquer les médias mais plutôt de montrer que le média télévisuel est une matière à travailler, d’un grand potentiel plastique et poétique.
Dans les années 1960, Paik se sert de la vidéo pour créer des œuvres d’art. Il devient le porte-drapeau de cette nouvelle forme créative. Perfectionnant sans cesse ses équipements, il compare son geste à celui de grands artistes du passé, de Léonard de Vinci à Picasso. Paik cherche à concilier l’héritage du passé et l’ultra-modernité, à interroger les frontières entre l’Orient et l’Occident, entre l’art et la technologie. Dans les années 1980, l’artiste travaille sur le motif du robot, créant des personnages à l’aide d’assemblages de téléviseurs. L’artiste décède à Miami, en 2006, d’une crise cardiaque.
Nam June Paik, Moon is the oldest TV, 1965–1992
11 à 17 téléviseurs noir et blanc, silencieux, 11 à 17 aimants, 11 socles noirs de 150 cm Salle noire de 10 × 7 m • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris
Cette installation débutée dans les années 1960 se compose d’un ensemble de téléviseurs posés sur des socles dans une salle noire. Ils diffusent des images et des signaux évoquant les différentes phases de l’activité lunaire. Paik propose une expérience contemplative et méditative au spectateur. Les œuvres de Nam June Paik sont souvent évolutives ; au fil du temps, l’artiste intègre ainsi à cette installation des téléviseurs en couleurs.
Nam June Paik, TV Buddha, 1974
Statue de Bouddha, moniteur de télévision, caméra en circuit fermé, couleur, muette • dimensions variables • Coll. Nam June Paik Art Center
Œuvre la plus célèbre de Paik, cette installation met en présence une statue ancienne de Bouddha, dans une posture méditative, face à une caméra vidéo qui diffuse sur un téléviseur sa propre image. Paik joue sur la mise en abyme entre l’image et son reflet, mais aussi sur le dialogue entre la culture orientale (présentée comme ancestrale) et la culture occidentale (narcissique peut-être, dominée par la technologie). Cette œuvre apparaît comme une vanité des temps modernes.
Nam June Paik, Tadaikson (The more The Better), 1988
sculpture vidéo, 1 003 moniteurs de télévision à tube cathodique (CRT) • tour de 8,5 m de haut • Coll. musée national d’art moderne et contemporain de Gwacheon, Séoul
Plus grande œuvre d’art réalisée par Paik, cette installation d’ampleur architecturale réunit 1 003 moniteurs disposés en un cône monumental. Elle est réalisée à l’occasion des Jeux olympiques de Séoul, et installée au sein du musée national d’Art moderne et contemporain de Gwacheon. Formant une mosaïque de couleurs abstraites, les téléviseurs ne diffusent aucun message relatif à l’actualité mais forment une pure composition plastique, aléatoire, propice à la contemplation.
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