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Les Abattoirs

À Toulouse, l’anti-collection vivante et bruyante de Gino Di Maggio

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Publié le , mis à jour le
Il aime les artistes qui mêlent l’art à la vie, peignent en dansant et écrivent des phrases sur les murs : Gino Di Maggio a réuni durant plus d’un demi-siècle des œuvres de Ben, Yoko Ono, Daniel Spoerri et Lee Ufan, a organisé des expositions et soutenu avec cœur les plasticiens de son temps. Les Abattoirs exposent dans un grand cri de joie sa collection – lui qui déteste pourtant se dire collectionneur.
Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de “Viva Gino ! Une vie dans l’art”
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Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de “Viva Gino ! Une vie dans l’art”

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© Fondazione Mudima, Milan / Photo Boris Conte

« Non ! » Le Sicilien Gino Di Maggio (né en 1940) l’affirme avec force : « Je ne suis pas collectionneur, je suis curieux ». Puis d’houspiller les journalistes : « L’art, ce n’est pas seulement le marché ! ». Pour cette journée de vernissage, Gino est accompagné de son bon ami Ben Vautier (né en 1935), qui porte un éclatant chapeau rouge et s’enflamme volontiers ; un débat vient interrompre la conférence de presse, et les éclats de voix agitent les murs des Abattoirs, sans que Gino ne se prête réellement au jeu (un peu trop sage ?) des questions/réponses.

Gino Di Maggio
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Gino Di Maggio

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© Fayçal

Seule Annabelle Ténèze, directrice du lieu au sourire amusé, garde en tête le programme et tâche de faire visiter l’exposition aux invités médusés. L’homme – plutôt, le personnage – est à l’image de l’exposition : il y a ce titre, « Viva Gino ! », inspiré par un toast spontané durant un dîner, et puis cette grande nef fourmillante et joyeuse, toute entière emplie d’œuvres du mouvement Fluxus (« Pour une autre façon de vivre », a écrit Ben au mur pour l’occasion), et surtout de pianos, peint de mille tubes de peinture (Arman), retourné (John Cage), ou couvert de légumes à déguster durant le vernissage (Walter Marchetti).

Ben Vautier, N’importe quoi est musique
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Ben Vautier, N’importe quoi est musique, 1989

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assemblage sur piano • Collection Gino Di Maggio, Milan • © Fabio Mantegna

Les artistes qu’il aime utilisent des objets du quotidien et les mettent en scène sans complexe, pour faire de leurs œuvres des manifestes de la banalité transcendée, poétisée, saccagée.

Quelle joie ! Le XXe siècle que nous raconte Gino est celui des Nouveaux Réalistes et de leurs manipulations sur les matériaux (on croise une Compression de César de 1998, des violons écrabouillés dans la peinture par Arman en 1990), celui des Japonais du mouvement Gutaï (une vidéo montre Toshimitsu Imaï peignant en 1990, le corps tout entier pris dans sa chorégraphie calligraphique), celui des affiches déchirées de Jacques Villeglé, des accumulations de télévisions folles de Nam June Paik ou encore des expérimentations sur le cinéma de Marinella Pirelli.

Du bruit, du fracas, de la rue, des performances ! Les matières tanguent, les corps exultent, éclatent de rire. Ben évoque « l’importance de la non-importance », Gino approuve. Les artistes qu’il aime utilisent des objets du quotidien et les mettent en scène sans complexe, dépassant l’idée maîtresse du ready-made de Marcel Duchamp (présenté en tout début de parcours), pour faire de leurs œuvres des manifestes de la banalité transcendée, poétisée, saccagée.

Arman, “Quatuor sérieux”, 1990 et Marinella Pirelli, “Film environnement”
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Arman, “Quatuor sérieux”, 1990 et Marinella Pirelli, “Film environnement”

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© Fabio Mantegna

Ingénieur de formation, Gino ne s’est pas intéressé aux artistes des générations récentes, mais a tout compris de la modernité vivante des années 50, 60 et 70. Il a voyagé partout en Europe et jusqu’au Japon ; il a créé en 1970 la Galerie Breton, une association culturelle nommée en hommage à l’un de ses poètes favoris, le Dadaïste André Breton, et ouvert la Galleria Multhilpla en 1971 pour y accueillir les performances des artistes Fluxus. En 1989, sa Fondation Mudima à Milan est la toute première à défendre l’art contemporain en Italie. Il organise l’exposition de Gutaï à la Biennale de Venise en 1993, puis de Piero Manzoni à Milan en 1997, de César en 1998, de Lee Ufan en 2007 ; en 2009, il met en œuvre des publications autour du Futurisme – son tout premier amour artistique – et collabore en 2013 avec Ben à la Fondation du Doute de Blois.

Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de « Viva Gino ! Une vie dans l’art »
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Vue de l’exposition aux Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse de « Viva Gino ! Une vie dans l’art »

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© Fondazione Mudima, Milan / Photo Boris Conte

Aujourd’hui, il a 80 ans, et voit sa collection honorée pour la toute première fois dans un grand musée. Plutôt, sa « collection commune », comme on peut le lire sur les cartels des Abattoirs, qui ont suivi son exigence. Car l’homme est communiste depuis ses jeunes années : il s’est engagé auprès du Parti communiste italien à 16 ans et a visité l’URSS à 19 ans.

Daniel Spoerri et Gino di Maggio
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Daniel Spoerri et Gino di Maggio, 2014

Tout au long de sa vie, il a acheté et aidé les artistes qu’il connaissait (les travaux des Futuristes et de Marcel Duchamp étant les seules œuvres dont il n’a pas rencontré les auteurs), mais a souvent dû revendre leurs œuvres pour financer l’organisation des expositions et des publications. Sa vision de la collection est vivante : ce n’est pas un investissement, il ne « repère » pas les artistes pour les revendre plus cher quelques années plus tard, mais s’attarde à discuter, à vivre, à nouer des liens d’amitié avec ceux qu’il expose ensuite entre ses murs.

À l’entrée de la nef, une installation de Yoko Ono donne le ton : des casques de la Seconde Guerre mondiale flottent au niveau des yeux, et nécessitent de se hausser sur la pointe des pieds pour s’apercevoir qu’ils sont pleins de morceaux de ciel. D’apparence menaçante au premier abord, l’œuvre dévoile sa poésie dès lors que le visiteur accepte de faire un petit effort pour changer son point de vue, et faire entrer son corps dans la danse de l’art. C’est sans doute la plus belle leçon de Gino : regarder le XXe siècle avec les yeux des artistes qui mêlent la création et la vie, voir dans les déchets un défi créatif, dans la culture savante de la matière à transgresser… Et transformer le consommateur que la société capitaliste veut voir en chacun de nous en anarchiste poétique. « Pour une autre façon de vivre. »

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Viva Gino ! Une vie dans l’art

Du 28 février 2020 au 15 novembre 2020

www.lesabattoirs.org

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