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Pia Fries, Parlenz, 1999
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries, Parlenz, Détail 1, 1999
Le blanc révélateur
Chez Pia Fries la maîtrise de l’accident est totale. Grâce à ses brosses, à ses couteaux et à ses rouleaux, elle supervise entièrement les aléas de la couleur qui jaillit sur le support. Posée au sol, cette étendue blanche de 40 cm sur 50 cm, qui s’apprête à accueillir l’épaisseur de la couleur, ses coulures et ses glissements, est le reflet de la liberté de l’artiste. La position de son corps au travail en témoigne : Pia Fries est dans la peinture.
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries, Parlenz, Détail 2, 1999
Ni forme ni signe
Adepte aussi bien des petits formats que des grands, Pia Fries pratique une abstraction radicale, dans laquelle ne se retrouve aucune forme connue. Toute recherche reste vaine : il n’y a dans ses couleurs aucune sorte de signe, ni de paysage ou d’évocation quelconque. On ne peut faire face qu’à la richesse, à la brillance, à l’opulence et à la matérialité de la peinture. Élève du peintre allemand Gerhard Richter (né en 1932), l’artiste a commencé par s’intéresser à la peinture figurative avant de rapidement s’orienter vers l’abstraction au milieu des années 1980, alors qu’elle était âgée d’une trentaine d’années. Elle a alors posé les fondations de ses tableaux-objets (Bildobjekte), qu’elle a ensuite déclinées sous de très nombreuses formes.
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries, Parlenz, Détail 3, 1999
La peinture sculpturale
Ce qui frappe lorsque l’on regarde chacune des trente huiles sur bois de la série
« parsen und module », c’est la corporalité de la matière. La peinture semble encore gluante, comme si elle venait d’être appliquée à l’instant. Les mouvements inscrits dans les ondulations de la matière, très épaisse par endroits, sont empreints de vie. Et c’est d’une façon presque terre-à-terre que la matière nous guide petit à petit vers l’extérieur du tableau, dégoulinant légèrement sur les bords du panneau de bois, nous faisant prendre conscience de l’œuvre d’art comme objet. Aves son poids, son horizontalité contrariée, ses aspérités.
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries, Parlenz, Détail 4, 1999
La partie pour le tout
Chaque tableau porte un titre qui commence par la syllabe « par » (« même taille » en latin) ou « pars » (partie) ; celui-ci s’appelle Parlenz. Pourquoi ? Mystère… Ces jeux de mots plus ou moins intraduisibles contribuent à l’opacité de la narration. Car s’il n’y a pas de forme, il n’y a pas non plus d’histoire… Autres exemples de titres :
« Parlemon », « Parcela », « Parsnaus ». Ainsi chacun de ces trente panneaux de 40 cm sur 50 cm semble être le geste isolé d’une vaste chorégraphie. Ensemble, exposés les uns après les autres en ligne droite, ils sont la version figée d’un moment vivant : la peinture en atelier.
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries, Parlenz, Détail 5, 1999
Une palette dévorante
Bleu, rouge, jaune, vert, violet, orange, gris… En quelques centimètres carrés, la variété des couleurs donne le tournis. Pourtant, chacune conserve son unicité. Serait-ce grâce au fond blanc et lisse ? Ou grâce à la multiplicité des textures, évaporées, humides, brillantes ? Intimement liées au geste de l’artiste, ces couleurs sont des personnages, vivants et dansants. Les yeux plongés au creux des traces de doigts et d’outils, on ne peut que ressentir la jouissance et l’appétit d’ogre qui animent Pia Fries. Généreuse, elle expérimente des recettes… Un régal.
Huile sur bois • 40 x 50 cm • © Hans Brändli
Pia Fries. parsen und module
Du 9 mars 2018 au 20 mai 2018
MAM - Musée d'Art moderne de Paris • 11 Avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.mam.paris.fr
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Le défi de la matière
Lorsqu’on la voit à l’œuvre dans son atelier, Pia Fries (née en 1955) a tout l’air d’une bricoleuse. Sur de larges feuilles de papier, sur des toiles ou sur des supports en bois comme ici, elle fait couler des litres de peinture… Qu’elle racle, étale, retire, déforme. Pas de petite touche ajoutée au pinceau, mais un corps-à-corps avec la matière. Armée de tubes de peinture à l’huile, elle en déverse d’impressionnantes quantités dans des pots en métal et elle les mélange avec gourmandise. Parfois, elle choisit de laisser la couleur jaillir directement du tube. Ensuite, un genou posé sur le bois, elle applique la couleur comme une onctueuse couche de crème sur un gâteau. Ce spectacle, montré dans un court documentaire à la fin de l’exposition du MAMVP, est fascinant. Et, bien sûr, éminemment sensuel.