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« Pape du pop art », Andy Warhol (1928 – 1987) est un créateur protéiforme : publiciste, plasticien, cinéaste, producteur, acteur… et personnalité mondaine de la vie new-yorkaise dans les années 1960–1980. Ses œuvres inspirées par la culture populaire de masse, aux couleurs vives, souvent déclinées en série, sont l’image même de la postmodernité : ironiques, provocatrices, politiques. Son art n’a que l’apparence de la superficialité. De l’œuvre à la marque, l’univers ambigu de Warhol a eu une profonde influence sur les générations suivantes, de Jean-Michel Basquiat à Jeff Koons.
Mario De Biasi, Andy Warhol dans son studio à New York, 1964
© MP/Portfolio/Leemage © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2020
« Tout est plus ou moins artificiel. Je ne sais pas où s’arrête l’artificiel et où commence le réel. »
Andrew Warhola, de son vrai nom, est né à Pittsburgh en 1928, dans une famille d’immigrés d’Europe de l’Est. Enfant chétif, il grandit dans un milieu pauvre. La religion occupe une part prégnante dans son éducation. Pour s’évader, le jeune garçon collectionne les photos de stars hollywoodiennes.
Il mène des études qui le conduisent à devenir dessinateur publicitaire et s’installe à New York en 1949, adoptant le nom de Warhol. Le jeune homme collabore avec des magazines de mode, tel que Vogue. Il rêve de devenir artiste et d’intégrer le monde de la jet-set.
Warhol crée son personnage au début des années 1950, alors qu’il commence à exposer ses dessins. Il adopte le port d’une perruque couleur platine qui devient un signe de reconnaissance. Son but avéré est de gagner le plus d’argent possible, mais aussi de faire son chemin dans le monde de l’art où il est davantage perçu comme un brillant publicitaire que comme un artiste.
Les premières œuvres peintes de Warhol datent de 1961. Il s’inspire de l’univers de la bande dessinée, tout comme son contemporain Roy Lichtenstein. Le marchand Léo Castelli s’intéresse à son travail. En 1962, Warhol réalise sa fameuse série de Campbell’s Soup Can. Le succès est immédiat. L’artiste utilise la technique de la sérigraphie qui lui permet de démultiplier ses œuvres d’une façon mécanique, remettant en question le rôle de la main de l’artiste. Warhol travaille généralement à base de clichés photographiques qu’il retravaille et décline. Il compose ses premières séries sur les grandes icônes de l’Amérique (Elvis Presley, Marilyn Monroe) mais également sur le thème de la mort et des catastrophes. Warhol ne cherche pas la perfection formelle, il laisse une grande place à la notion de hasard et d’accidents.
En 1963, l’artiste ouvre sa Factory à New York, un lieu d’avant-garde dans lequel se retrouvent assistants, musiciens, acteurs, performers, VIP… Warhol y tourne ses premiers films expérimentaux. Le cinéma prend chez lui une telle importance qu’il prétend abandonner la peinture. En 1965, il devient le producteur du groupe de rock psychédélique The Velvet Underground, mené par Lou Reed.
En 1968, Warhol est victime d’une tentative d’assassinat par une militante féministe. Il survit de justesse. En 1972, il reprend son travail sérigraphique et réalise de grands portraits comme celui de Mao Zedong. Sa notoriété s’accroît encore considérablement, renforcée par le pouvoir des mass médias. Il reçoit de nombreuses commandes, devient un artiste quasiment officiel, soutient la jeune création contemporaine, notamment Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Il décède en 1987 des suites d’une intervention chirurgicale.
Andy Warhol, Campbell’s Soup Can, 1962
Acrylique et liquide peint en sérigraphie sur toile • 510 × 410 cm (32 toiles de 50,8 × 40,6 cm chacune) • Coll. Museum of Modern Art, New York • © MoMA, New York/Scala, Florence © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2020
Campbell’s Soup Can, 1962
Cette installation est présentée pour la première fois par Warhol à Los Angeles en 1962. Chacune des 32 toiles réunies représente une boîte de soupe Campbell, de manière frontale, comme un portrait. Il s’agit d’un produit de consommation populaire. Les œuvres ont été réalisées selon un procédé sérigraphique. Warhol cherche-t-il à atténuer, voire annihiler, le rôle de la main de l’artiste ? Il joue en tout cas avec l’aspect commercial, mercantile, à la fois du sujet et de la technique, en phase avec l’univers de la publicité dont il est issu.
Andy Warhol, Diptyque Marilyn, 1962
Acrylique et sérigraphie sur toile • 205,4 × 144,8 × 2 cm • Coll. Tate Britain, Londres • © SuperStock/Leemage
Diptyque Marilyn, 1962
Il s’agit de l’une des plus célèbres œuvres de Warhol, réalisée en sérigraphie à partir d’une seule photographie retravaillée. Elle réunit 50 portraits de la fameuse star de cinéma, symbole du glamour hollywoodien. Les 25 images de gauche sont de couleurs vives, tandis que les 25 images de droite sont en noir et blanc, passablement effacées, comme si l’artiste opposait deux principes fondamentaux : la vie et la mort. Avec cette œuvre, Warhol se détourne une nouvelle fois du concept d’image unique, originale, et remet en question la notion de chef-d’œuvre. Du reste, qui est la véritable star : l’actrice ou l’artiste ?
Andy Warhol, Big Electric chair, 1967–1968
Encre sérigraphique et peinture acrylique sur toile • 137,2 × 187,3 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Luisa Ricciarini/Leemage © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2020
Big Electric chair, 1967–1968
Cette œuvre appartient à la série « Death and Disaster », qui contraste avec l’iconographie mondaine et superficielle qu’affectionnait l’artiste. Le thème de la chaise électrique a fait son apparition dans l’univers warholien en 1953, soit peu de temps après l’assassinat du président John Kennedy. Il s’agit d’un symbole autrement plus politique et pessimiste de la société américaine. Contemporaine du mouvement de protestation contre la peine capitale qui s’exerce encore couramment aux États-Unis, l’œuvre s’apparente à une allégorie de la mort dans la société moderne : mécanique, impersonnelle et violente.
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