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Quand les réserves des musées font le show

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Les phases de confinement et leurs fermetures intempestives ont permis une chose : soumises à l’incertitude, les programmations des musées se sont bien souvent tournées vers leurs propres collections. Pour des expositions moins risquées, moins chères, plus écologiques. Ce phénomène n’est toutefois pas si éphémère, et accompagne en réalité une tendance de fond, les réserves des musées faisant actuellement l’objet d’une attention renouvelée. Tour d’horizon.
Les réserves du Louvre-Lens sont visibles au public depuis l’ouverture du musée en 2012.
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Les réserves du Louvre-Lens sont visibles au public depuis l’ouverture du musée en 2012.

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© Luc Boegly/Nishizawa Ryue SANAA architectes Sejima Kazuyo /Artedia/Leemage

Invisibles au regard. Indiscernables dans la plupart des musées. Les réserves pourtant sont là, tapies dans les sous-sols ou reléguées dans des bâtiments à la périphérie des villes. La « partie immergée de l’iceberg », comme le résume le musée des Arts et Métiers sur son site. Elles sont un lieu de travail, inventorié et protégé, un espace de réflexion, pour les conservateurs et les chercheurs en histoire de l’art. Elles accueillent ce qui nous appartient à tous : un patrimoine acquis grâce aux subventions publiques. Une mine d’or, en somme, comme le souligne l’actuelle exposition du musée des Arts décoratifs à Paris, « Le dessin sans réserve », qui « célèbre toute la richesse de ses collections » (200 000 pièces !). À travers 0,25 % d’entre elles, soit 500 dessins rarement montrés, répartis dans un abécédaire thématique dont la scénographie évoque ces épaisses caisses en bois qui protègent les œuvres.

Exiguës, saturées de placards et plongées dans l’ombre, les réserves ont la cote en 2020 : le musée des Impressionnismes de Giverny a ouvert Reflets d’une collection tout l’été et le MuMa du Havre s’apprête à inaugurer Voyages d’hiver. Regard sur les collections. Ces expositions, conçues sur le pouce pour pallier des annulations, offrent l’occasion de montrer des raretés ou des acquisitions récentes, comme une vue de Deauville signée Eugène Boudin pour Giverny. De bonnes surprises donc, qui se doublent parfois de rapprochements avec le public invité à participer, comme au musée de Pont-Aven. Pour célébrer ses trente-cinq années d’existence, celui-ci a demandé à ses visiteurs (virtuels) de voter durant le premier confinement et de choisir trente-cinq œuvres. Cette exposition, prévue avant la crise, ne devait durer que trois semaines ; ouverte le 17 octobre, elle est finalement prolongée jusqu’au 30 mai !

Réserves du musée de Pont-Aven et “Ciel bleu avec Boudin” de Jacqueline Salmon présenté dans l’exposition “Voyages d’hiver. Regard sur les collections” au MuMA au Havre
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Réserves du musée de Pont-Aven et “Ciel bleu avec Boudin” de Jacqueline Salmon présenté dans l’exposition “Voyages d’hiver. Regard sur les collections” au MuMA au Havre, 2016

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Photographie couleur épreuve pigmentaire sur papier • 40 x 50 cm • Musée Eugène Boudin, Honfleur / Don de l’artiste, 2016 / Le Havre, musée d’art moderne André Malraux • © Musée Pont-Aven / © MuMa Le Havre / Jacqueline Salmon

« L’accrochage ? Radical ! De la numéro 35 à la numéro 1. L’ensemble est assez éclectique, donc on a joué le jeu du vote du public jusque dans l’accrochage. » Sophie Kervran, directrice, se félicite d’un principe d’exposition qui « nous fait réfléchir à nos pratiques professionnelles ; expliquer pourquoi on expose une œuvre plutôt qu’une autre, pourquoi c’est un chef-d’œuvre, et nous interroge sur la façon d’exposer ». L’ensemble du processus a été participatif : « cinquante œuvres ont d’abord été choisies par tous les métiers du musée, avec pour critère des œuvres peu montrées, peu sorties des réserves. » Les cartels ont été écrits par « l’association des amis du musée, qui en a fait une quinzaine, et un atelier d’écriture de Concarneau, qui a conçu des textes décalés », sans autre information que l’image de l’œuvre. Des podcasts sont en projet, réalisés par des lycéens du coin. « Le parti pris est de laisser réagir le public sur les œuvres. On va jusqu’au bout de cette démarche. »

Alfred Delobbe, L’Attente
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Alfred Delobbe, L’Attente, 1885

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Huile sur bois • 33,5 × 20,5 cm • Musée de Pont-Aven • ©Musée De Pont Aven

La lauréate est signée Alfred Delobbe (1835–1920) et s’intitule L’Attente (1885) : « elle surprend souvent car c’est une petite toile ! C’est intéressant de confronter ce qu’on voit sur l’écran avec l’aura de l’œuvre. » D’autant que les musées ont beaucoup misé sur l’expérience numérique de leurs collections, en ouvrant leurs réserves de façon virtuelle – récemment, le site internet du Centre Pompidou a fait peau neuve pour offrir une visite en ligne optimale de ses 120 000 œuvres, une nouvelle vitrine saluée par un monde de l’art sous cloche. Et à l’avenir ? La mise en valeur des collections sera-t-elle le nouveau modèle d’exposition à suivre, comme le prédisent bien des directeurs de musée ? Sophie Kervran nuance : « oui, je pense que les réserves vont être plus au cœur du musée qu’auparavant. On va peut-être sortir d’une certaine frénésie, avoir plus de temps à consacrer à nos collections… Mais il reste important de confronter des œuvres qui viennent d’autres pays, et de ne pas perdre l’effet « waouh » des expos temporaires »

Dans les réserves du Louvre à Liévin, à proximité du Louvre-Lens
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Dans les réserves du Louvre à Liévin, à proximité du Louvre-Lens, octobre 2019

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© Sylvain Lefevre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

À plus long terme, de nombreuses institutions voient en tout cas grand pour leurs collections. Le musée du Louvre a débuté depuis un an le déménagement progressif de 250 000 œuvres de Paris à Liévin, dans les Hauts-de-France, où elle seront protégées des crues de la Seine dans un bâtiment signé Rogers Stirk Harbour + Partners – lieu appelé à devenir un important pôle de recherches. À Rotterdam, le musée Boijmans a fait appel à l’architecte star Winy Maas pour concevoir un spectaculaire édifice tout en miroirs, destiné à accueillir ses réserves et à ouvrir ses portes au public – l’inauguration, prometteuse, est prévue pour 2021.

Réserves du musée Boijmans à Rotterdam dont l’architecture est conçue par Winy Maas
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Réserves du musée Boijmans à Rotterdam dont l’architecture est conçue par Winy Maas, 2020

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© AFP

« Nous voulons faire comprendre ce qu’est la gestion d’une collection à tous les niveaux. »

Xavier Franceschi, directeur du FRAC Île-de-France

À Massy, le Centre Pompidou, encore lui, inaugurera en 2025 un bâtiment voué au même usage, profitant du déménagement de ses réserves (actuellement à l’étroit) afin de « s’ouvrir au public pour permettre une diffusion et une médiation accrue », nous promet le communiqué de presse. « Travaillant sur de nombreux formats d’association du public, il développera des propositions innovantes de médiation. » Une vocation résumée en quelques mots, qui évoque l’actuel grand projet du FRAC Île-de-France, dont les réserves devraient s’ouvrir à Romainville début février, si la situation sanitaire le permet.

Son directeur Xavier Franceschi nous en avait montré les coulisses en avant-première à la fin du mois d’octobre. Installé au cœur de Komunuma, néo-pépinière de galeries pointues réunies autour de la fondation Fiminco (« une ville dans la ville »), le bâtiment conçu par l’agence d’architecture Freaks devrait donc prochainement accueillir une exposition sur l’intégralité de ses 2000 mètres carrés. L’idée est ici de familiariser le public avec un nouvel espace du FRAC, déjà présent à Paris et au château de Rentilly – avant que celui-ci ne ferme ses parties latérales, consacrées au stockage, pour ne destiner aux expositions temporaires que ses parties centrales. « On dépasse le principe des réserves visitables, pour sortir les œuvres des réserves », nous a-t-il expliqué, enthousiaste, dans l’espace immaculé. Avec, également, la possibilité de voir à l’œuvre les métiers qui se rattachent à la conservation, via des fenêtres ouvrant sur les ateliers de restauration ou de création de caisses d’œuvres. « Nous voulons faire comprendre ce qu’est la gestion d’une collection à tous les niveaux. »

Bâtiment construit pour abriter les Réserves du FRAC Île-de-France à Romainville
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Bâtiment construit pour abriter les Réserves du FRAC Île-de-France à Romainville, 2020

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© FRAC île-de-France

Le cœur du projet ? « Toutes les œuvres présentées ici seront choisies par le public. À cette échelle, ça n’a jamais été fait. » Soit six présentations par an, d’une durée d’un mois, sélectionnées en ligne par des individuels ou des groupes, comme des scolaires. « Et qu’il n’y ait pas de discours préétabli avant de voir les œuvres. » L’analyse critique viendra ensuite, via des rencontres avec des artistes, des critiques ou des commissaires. Premier rendez-vous, donc : Children Power, réunissant des pièces choisies par des enfants d’une école primaire et d’un collège de Romainville. Surprises garanties !

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Voyages d’hiver. Regard sur les collections du MuMa

www.muma-lehavre.fr

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Réserve, ouvre-toi !

Du 17 octobre 2020 au 30 mai 2021

www.museepontaven.fr

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Children Power - Une exposition sur l’enfance

Du 19 mai 2021 au 18 juillet 2021

www.fraciledefrance.com

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Le dessin sans réserve

Du 23 juin 2020 au 31 janvier 2021

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