Article réservé aux abonnés
Shin Suzuki, Portrait de Justine Emard
© Photo Shin Suzuki. Courtesy Justine Emard.
Formée aux Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, Justine Emard (née en 1987) a découvert les arts numériques en 2010, lors d’une résidence dans un centre de réalité virtuelle. Depuis, elle multiplie les collaborations avec des laboratoires scientifiques (souvent japonais), mais aussi des chorégraphes ou des musiciens, pour créer de fascinants et poétiques projets vidéo, à l’instar de Soul Shift (2018), qui orchestre la rencontre entre un robot et son double moins perfectionné. Depuis peu, elle s’intéresse « à la formation des images dans notre cerveau », nous explique-t-elle, en remontant aux origines de l’art et en s’infiltrant dans notre inconscient. Dans l’installation Hyperphantasia (2022), elle confronte ainsi des songes d’astronautes matérialisés en sculptures ondulées, à partir notamment de captations encéphalographiques, à des images en mouvement d’une grotte préhistorique. Ces dernières, créées grâce à un réseau de neurones artificiels entraîné avec une base de données scientifiques de la grotte Chauvet-Pont d’Arc, permettent « de fabriquer de nouvelles images de la préhistoire ». Un étonnant dialogue entre les âges qui dit toute son ambition.
En savoir plus
Portrait de Grégory Chatonsky
© Grégory Chatonsky.
« Je fais de l’art avec du numérique mais je ne fais pas d’art numérique », dit Grégory Chatonsky pour qualifier sa pratique. Depuis 2009, l’artiste (né en 1971) travaille avec l’intelligence artificielle : « pas vraiment une technologie, mais une nouvelle forme de réalisme ». Après avoir mené pendant trois ans un séminaire sur le sujet à l’École normale supérieure et publié en 2022 le premier roman coécrit avec une IA (Internes, chez RRose Éditions), il a récemment présenté au Centre Pompidou un troublant travail vidéo. Un avatar de lui-même, tantôt rajeuni, tantôt vieilli, y donnait une conférence sur l’innovation, en compagnie de patrons des Gafam (Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos…), eux aussi vieillis par une intelligence artificielle. Ce travail pousse la réflexion sur l’innovation et l’obsolescence, prises ensemble dans une contradiction essentielle : tous ces hommes qui tâchent d’inventer le futur ne sont-ils pas, eux aussi, voués au vieillissement ? Le monde de demain ne sera-t-il pas irrémédiablement celui de leur ruine ? Dernier projet en date : pour l’édition 2023 d’« Un été au Havre », l’artiste a généré à partir d’archives des paysages alternatifs de la ville qui seront exposés sur de gigantesques bâches.
Grégory Chatonsky, Logistiques #1 (exposition « La ville qui n’existait pas #1 »), 2023
© Grégory Chatonsky
En savoir plus :
Portrait de Refik Anadol
© Refik Anadol Studio, LLC, Los Angeles.
Une toile numérique de 100 mètres carrés. Montrée dans la grande nef du Centre Pompidou-Metz, l’œuvre du Turc Refik Anadol (né en 1985) a offert à l’institution le plus gros succès de son année 2022. Il faut dire que Machine Hallucinations – Nature Dreams a de quoi séduire les foules : en mouvement perpétuel, cette captivante installation utilise plus de 200 millions d’images liées à la nature pour produire un tableau en recomposition permanente… À l’origine de ce projet commencé en 2016, un studio de production basé à Los Angeles ayant engagé une équipe de designers, d’architectes et de scientifiques spécialisés dans la collecte rigoureuse d’archives et de ressources numériques, alimentant un logiciel en centaines de milliers d’images.
Refik Anadol, Machine Hallucinations – Nature Dreams, 2022
Toile numérique • © ReþkAnadol Studio,LLC,Los Angeles.
En savoir plus :
Portrait d’Ismaël Joffroy Chandoutis
© Photo Marc Domage. Photo D.R.
Actuellement en résidence au Centquatre à Paris, Ismaël Joffroy Chandoutis (né en 1988) trace son sillon entre cinéma et art contemporain. Chacune de ses recherches est ainsi placée sous le signe du brassage des techniques cinématographiques et plastiques, utilisant pour cela smartphones, écrans d’ordinateur et images générées par intelligence artificielle. Il questionne ainsi notre capacité à « distinguer une image fausse d’une image réelle » et donne à voir l’invisible : le ressenti de personnes intolérantes aux radiations électromagnétiques dans son film Ondes noires (2017) ou, grâce à la photogrammétrie, la mémoire d’une survivante d’attentat devenue amnésique dans Maalbeek (2020, César du court-métrage documentaire en 2022). L’artiste s’est notamment penché sur les deepfakes, ces trucages qui malmènent, souvent de manière malveillante, l’image de personnes existantes.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique