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Né à Anyako, au Ghana, en 1944.
Vit et travaille au Nigeria.
El Anatsui à la Conciergerie
© Benjamin Gavaudo – CMN.
Ses rivières semblent d’or, mais elles sont surtout de zinc, d’aluminium, de ferraille… Récupérant de vieilles capsules de bières et des lames de canettes de sodas, El Anatsui est parvenu à transcender ces matériaux sans qualités pour en faire de mirifiques parures. La Conciergerie, palais gothique au cœur de Paris, a la chance d’abriter sa dernière mise en scène. En écho à la Seine qui enceint l’île de la Cité dont le monument est l’un des fleurons, le vénérable artiste a fait couler deux rivières sous une lumière tamisée. Depuis les voûtes, des images du ciel évoquent la course du soleil sur le fleuve, tandis que six drapés de métal recyclé reçoivent les lueurs de cet éternel crépuscule. Parabole du temps, cet or qui coule sous les ponts ? Sans doute, d’autant plus que l’installation invite à la méditation, avec ces roches posées en haie d’honneur, qui donnent leur rythme à cet étrange paysage intérieur. L’ordure se fait or, le déchet munificence. « Je crois que, quand un être humain touche quelque chose, il lui transmet une forme d’énergie ; il y a donc un lien entre tous les gens qui ont manipulé l’un de ces multiples éléments, confie l’artiste. J’ai le sentiment, à travers mon œuvre, de rattacher ces personnes les unes aux autres et, plus largement, de créer du lien entre l’humanité tout entière. »
Jouant de l’eau, du vent, du bois, du métal et de la pierre, El Anatsui démontre en alchimiste qu’on l’a trop souvent réduit au cliché de recycleur magnifique. Né en 1944, le Lion d’or de la 56e biennale de Venise a en effet eu plus d’une vie antérieure à sa carrière de star de l’art africain. Nourrie du mouvement culturel né de l’indépendance du Ghana, qui, dans les années 1960, prône une synthèse entre inspiration endémique et esthétique internationale, sa création est des plus riches : ses totems de bois rongé, scarifié et brûlé et céramiques brisées trouvent un nouvel élan quand il part enseigner dans une université nigériane de Nsukka, autre creuset. Revenir à la matrice, la terre d’Afrique, tout en s’ouvrant à l’universel : il poursuit, à 76 ans, cette ambition en mettant en place, dans un site reculé de son pays d’accueil, une fondation qui portera son héritage.
El Anatsui, En quête de liberté [détail], 2020
Vue de
l’installation à la
Conciergerie.
© Eric Sander – CMN.
En quête de liberté – Carte blanche à El Anatsui
Du 20 mai 2021 au 14 novembre 2021
Conciergerie • 2 Boulevard du Palais • 75001 Paris
www.paris-conciergerie.fr
Née à Durban, en Afrique du Sud, en 1972.
Vit et travaille à Johannesburg.
Zanele Muholi
Née à Durban, en Afrique du Sud, en 1972. Vit et travaille à Johannesburg.
© Beowulf Sheehan/PEN America/Opale / Bridgeman Images.
Zanele Muholi a la majesté d’une lionne, même avec des éponges ou des pinces à linge sur la tête. Dans la série d’autoportraits qui a bouleversé la biennale de Venise en 2019, l’artiste moquait l’imagerie colonialiste et les stéréotypes exotiques, sans rien perdre de sa superbe. Son visage hantait tout le dédale de l’Arsenale. Somnyama Ngonyama, s’intitulaient ces images saisissantes, soit, en langue zouloue, « Saluez la lionne noire ». Ce travail, déployé en très grand format, est l’apogée d’un parcours sans concession, qui conjugue à merveille art et activisme. Formée à l’aube des années 2000 dans une école créée par le grand photographe sud-africain David Goldblatt, la future égérie se fait connaître par ses portraits sensibles de personnalités lesbiennes, gay, bi, trans, queer et intersexes, communauté pour laquelle se bat depuis toujours celle qui choisit désormais de se définir du pronom neutre ellui. La fierté de ses pairs éclate dans leur regard, autant de défis à la société sud-africaine qui continue à stigmatiser, voire à violenter, tous ceux qui relèvent de la marge.
Même défi dans les tendres images de couples de sa série Being (commencée en 2006) et dans Brave Beauties, où, depuis 2014, elle met en scène des personnes non binaires et des femmes trans participant à des concours de beauté. Son ambition ? « Réécrire une histoire visuelle de la communauté queer et transsexuelle sud-africaine. » Dans le droit fil de cet engagement pour les droits LGBTQIA+, Zanele Muholi a monté en 2009 la plate-forme Internet inkanyiso.org, pour donner la parole à ses frères et soeurs de combat. Elle a rendu aussi un bel hommage à sa mère, qui s’échina toute sa vie comme femme de ménage dans une famille d’Afrikaners, en la faisant reine, et non plus esclave. La Maison européenne de la photographie lui propose en ce printemps sa première exposition d’envergure à Paris, réunissant plus de 200 œuvres et des documents d’archives, qui donnent vie à son motto : « La photographie, pour moi, ce n’est pas un luxe, mais de l’activisme visuel. »
Zanele Muholi, Sebenzile, Parktown, 2016
Photographie noir & blanc • Courtesy Zanele Muholi et Stevenson, Le Cap-Johannesburg et Yancey Richardson, New York / © Zanele Muholi.
Zanele Muholi
Du 1 février 2023 au 21 mai 2023
Maison européenne de la photographie - Paris • 5/7 Rue de Fourcy • 75004 Paris
www.mep-fr.org
Né à Enugu, au Nigeria, en 1977.
Vit et travaille entre Berlin et Lagos.
Emeka Ogboh
Né à Enugu, au Nigeria, en 1977. Vit et travaille entre Berlin et Lagos.
Photo María del Pilar García Ayensa.
Il avait déjà enivré le public de la Documenta d’Athènes en 2017, puis de la Fiac, avec une diabolique bière de son invention, un stout à la saveur de lave. Emprunté à un titre afro-beat de Fela Kuti, le nom à lui seul en résumait l’effet : Sufferhead. Emeka Ogboh continue à aiguiser nos sens, avec une installation prévue cet été à la Friche la Belle de mai : une œuvre d’art totale qui fera valser ensemble images, odeurs, sons, lumières et goûts. « Une sorte de capsule olfactive, territoriale et temporelle », promet l’institution marseillaise, qui collabore pour l’occasion avec son restaurant, les Grandes Tables. Car aux yeux de l’artiste nigérian installé depuis six ans à Berlin, « la nourriture suscite le souvenir, mais propose aussi un voyage à travers le monde ».
En guest stars, des chefs venus du Nigeria, du Bénin ou du Cameroun pour la mise en bouche. Pour la mise en musique, Cola Production promet un voyage au fil des mélopées africaines, tandis que le toit-terrasse de la Friche se transformera en drive-in dédié au cinéma africain. Diplômé de la University of Nigeria (Nsukka), où a régné El Anatsui, Emeka Ogboh assure ainsi avec une folle imagination la relève. Son horizon est des plus larges, de ses vidéos à ses collages sonores évoquant le chaos des villes d’Afrique, en passant par ses installations immersives qui se font paraboles de la crise mondiale. Un travail aussi engagé qu’enivrant.
Emeka Ogboh dans la cuisine du studio d’Olafur Eliasson à Berlin, en 2018
© Michael Danner Photography
Emeka Ogboh
Du 4 juin 2021 au 11 juillet 2021
Friche la Belle de Mai • 41, rue Jobin • 13003 Marseille
www.lafriche.org
Née à Blantyre, au Malawi, en 1973.
Vit et travaille à Johannesburg.
Billie Zangewa
Née à Blantyre, au Malawi, en 1973. Vit et travaille à Johannesburg.
© Courtesy Templon, Paris – Brussels.
Plutôt bien représentée en France, notamment grâce à la galerie Templon, Billie Zangewa, née en 1973 au Malawi et vivant désormais à Johannesburg, s’est inventé une technique sur mesure : le dessin sur soie brodée. Celle qui se présente comme une véritable « soldate de la maternité » met en scène dans ses compositions des moments du quotidien. Agacée par les professeurs d’université qui recommandaient à leurs étudiantes d’éviter absolument d’aborder tout sujet lié à leur féminité, elle a tenté de trouver le moyen « d’être la plus féminine possible ». Se souvenant des séances de couture entre femmes qu’organisait sa mère, elle s’est ainsi attachée à réinventer la tradition. « Travailler avec la soie, c’est une façon pour moi d’explorer l’identité féminine, explique-t-elle. Coudre et travailler avec le tissu fait partie pour moi de ce dialogue, une sorte d’intervention féminine dans le monde. » Sans jamais tomber dans le décoratif, elle cultive ainsi l’ambition de donner de la femme noire « une image d’indépendance, de puissance, d’assurance », persuadée que « c’est un message primordial à délivrer au monde ».
Billie Zangewa, Am I Enough ?, 2020
Soie brodée • 114 × 49 cm • Photo Andrew Berry.
The Power of My Hands / Afrique(s) : artistes femmes
Du 19 mai 2021 au 22 août 2021
MAM - Musée d'Art moderne de Paris • 11 Avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.mam.paris.fr
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Né à Anyako, au Ghana, en 1944. Vit et travaille au Nigeria.