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L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

Quel langage face aux IA ?

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Publié le , mis à jour le

« La parole n’appartient plus en exclusivité aux êtres humains », écrit Alexei Grinbaum, philosophe, physicien et directeur de recherche au CEA Paris-Saclay dans son livre Parole de machines (éd. HumenSciences). C’est un bouleversement majeur pour l’espèce humaine. Dans l’excellente émission de Xavier de La Porte « Le code a changé », sur France Inter (diffusée le 29 avril dernier et réécoutable en podcast), on apprend que, contrairement à ce que l’on imaginait il y a encore dix ans, la fusion entre l’homme et la machine s’opère moins par des implants ou des exosquelettes que par le langage.

Chaque jour, avec ChatGPT et autres chatbots (agents conversationnels), nous parlons quotidiennement et de plus en plus avec des machines. Au point que même si nous savons qu’il s’agit de machines, nous entretenons avec elles des relations parfois sensibles, voire affectives. On a longtemps considéré que la différence entre l’humain et les autres espèces était le fameux mot de Descartes : « Je pense donc je suis ». Autrement dit, seul l’humain est capable de raison.

L’homme, un être sensible avant tout

Pour Alexei Grinbaum, les machines parlantes  deviennent les actrices d’un changement anthropologique, au point que nous aurons de plus en plus l’impression d’échanger avec des entités quasi mythologiques.

Avec l’IA, le concept s’effondre. La machine, grâce à des analyses statistiques, mathématiques, peut « penser » mais elle n’a aucune capacité (aujourd’hui) à ressentir, à prendre une décision irrationnelle par envie, par goût, par émotion. C’est notre capacité sensible et non notre capacité à penser qui, selon Grinbaum, nous distingue aujourd’hui de la machine. Selon lui, en dépit de nos dizaines de milliards de neurones, nos possibilités d’analyse et de raisonnement seront de plus en plus faibles face à celles d’une machine dépourvue d’émotions.

Pour elle, le langage humain – quel qu’il soit – n’est qu’une suite de données, comme celui des animaux. L’humain ne peut comprendre le « Waoouf » du chien mais la machine, sans pouvoir en donner une véritable traduction, peut l’interpréter par des analyses statistiques et « parler » en imitant des motifs sonores animaux, comme elle le fait d’une certaine manière avec le langage humain. Des chercheurs ont déjà mis au point des systèmes comme Zoolingua (langage chien-humain).

Divine IA

L’IA ne comprend pas ce que vit ou ressent l’animal mais elle peut l’imiter ou prédire ses réponses ! Pour Alexei Grinbaum, les machines parlantes ne sont pas de simples outils ; elles deviennent les actrices d’un changement anthropologique, au point que nous aurons de plus en plus l’impression, en dialoguant avec elles, d’échanger avec des entités quasi mythologiques, déstabilisantes et fascinantes. Nous ne nous en rendons pas compte mais, depuis la dernière génération de ChatGPT et l’utilisation quotidienne que l’on en fait, nous plongeons dans un vortex fou dans lequel la plupart des sites web vont disparaître.

Comme le Minitel jadis, le web ne sera plus qu’une vieille toile que seuls les boomers consulteront, tant il sera plus simple de parler comme à un ami à ce « dieu » dont on aura l’impression qu’il sait tout et tout de suite. L’outil fabuleux peut devenir un couteau tranchant. Restera alors, à mon avis, le sensible rationnel, c’est-à-dire les journaux papier comme Beaux Arts Magazine, et l’indicible, l’irraisonnable : l’art, les œuvres et les artistes !

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