Michel-Ange, Le Jugement dernier (détail), 1536-1541
fresque • © Mondadori Portfolio / Bridgeman Images
Quand on pense au portrait ou au nu, on imagine souvent que le visage est le plus grand défi pour un peintre. Raté ! Ce sont les mains qui remportent la palme. Ces appendices, que votre auteur utilise justement pour tapoter sur son clavier, apparaissent comme un véritable casse-tête pour les artistes. Pourquoi donc ?
Composées de 27 os, 6 types d’articulations, 5 types de ligaments et de muscles, les mains sont incroyablement complexes. Elles peuvent prendre une infinité de positions, chacune créant des jeux d’ombre et de lumière uniques, combinant plusieurs perspectives. Elles sont aussi expressives – une main peut témoigner de la tendresse, exprimer de la colère, de la peur ou de la joie, parfois avec autant d’éloquence qu’un visage.
Léonard de Vinci, La Dame à l’hermine (détail), 1488
Huile sur toile • 54 × 39 cm • Coll. Musée national de Cracovie, Cracovie • © Wikimedia Commons
Pour peindre des mains de manière réaliste, l’artiste doit maîtriser sur le bout des doigts l’anatomie. Un domaine dans lequel un maître tel que Léonard de Vinci s’est perfectionné des années durant (notamment en disséquant des cadavres) : des dessins parvenus jusqu’à nous témoignent aussi des heures passées à étudier les mains sous tous les angles pour capturer l’émotion qu’elles transmettent.
Son rival Michel-Ange, quant à lui, était tellement frustré par la difficulté de peindre les mains qu’il les cache souvent dans ses œuvres ! Au temps où les commandes de portraits battaient leur plein, faire payer un supplément pour voir ses mains figurer au tableau était une pratique courante chez les portraitistes. Pour avoir sa mimine peinte par Goya, ça coûtait plus cher !
Le Greco, Le Christ portant la croix, 1580
Huile sur toile • 105 × 79 cm • Coll. Metropolitain museum of Art, New York • © Active Museum / Alamy / Hemis
Évidemment, les mains ne sont pas les seules parties du corps à poser problème. Les pieds, avec leur structure osseuse complexe, sont souvent cités comme un défi majeur. Les yeux, fenêtres de l’âme, demandent une certaine maturité pour traduire leur éclat et leur profondeur. Et que dire des poils, les cascades de cheveux et les barbes bien fleuries, dont la texture et les reflets peuvent faire transpirer les pinceaux les plus chevronnés !
Ironiquement, c’est souvent en acceptant l’imperfection que les artistes créent leurs œuvres les plus puissantes. Sans sa vertèbre en plus, la Grande Odalisque d’Ingres (1814) serait-elle le chef-d’œuvre que l’on connaît ? Une main légèrement disproportionnée, voire des doigts exagérément longs, comme chez Greco, peut ajouter du caractère à un portrait ou devenir la marque de fabrique d’un artiste. De même, une main esquissée rapidement peut suggérer davantage le mouvement qu’une représentation ultra détaillée. L’art, c’est aussi la beauté du geste !
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