Petrus Christus, Portrait d’une jeune fille [détail], entre 1465 et 1470
Huile sur panneau de chêne • 29 × 22.5 cm • Coll. Gemäldegalerie, Berlin • © Artvee
Ces craquelures, loin d’être un défaut, racontent l’histoire fascinante du vieillissement des œuvres d’art. Le temps est un combat entre rigidité et souplesse. Un peu comme votre peau : jeune, elle est souple et élastique. Avec le temps, elle perd en hydratation, sa flexibilité diminue et des rides apparaissent. Il en va de même pour la peinture !
Au fil des années, la couche picturale durcit et va perdre son élasticité d’origine. Résultat : elle peine à suivre les mouvements naturels de son support ; car la toile ou le bois, sur lesquels la peinture a été posée, « bougent » aussi, se dilatent, se rétractent, réagissent en fonction de leur environnement. Pour s’adapter à ses variations, la peinture, qui est devenue rigide, finit par se fissurer ; elle n’a pas d’autres choix pour s’adapter.
Les variations de température et d’humidité sont les ennemis des tableaux. C’est pourquoi les musées accordent tant d’importance aux conditions de conservation : vous verrez régulièrement dans les salles des établissements culturels ces appareils chargés de mesurer les degrés et l’hygrométrie de la pièce.
Marguerite Gérard, L’élan de la nature, vers 1788
Huile sur toile • 45,5 × 55 cm • Coll. musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg • © Bridgeman Images
Les peintres anciens appliquaient souvent plusieurs couches de peinture. Un peu comme les étages d’un pièce montée de mariage, chacune a séché à son rythme, en fonction des pigments ou des mélanges (huile, glacis, etc.) appelés à refroidir différemment. Ces variations de séchage ont généré des tensions internes qui, avec le temps, se manifesteront sous forme de craquelures. Ces dernières nous renseignent sur l’œuvre, témoignant de son authenticité et de son histoire : ces sont des indices qui peuvent aider les experts à dater ou à attribuer une pièce !
De nos jours, les artistes disposent de toute une palette de peintures et de matériaux qui limitent l’apparition prématurée de ces craquelures. Mais certains adorent toutefois s’y plonger…
Alberto Burri, Cretto di Burri, 1984
Sculpture en ciment • 150 × 35 000 cm • Coll. particulière • © Wikimedia Commons / Photo Boobax
À l’instar d’Alberto Burri (1915–1995) qui, à partir des années 1970, élabore des surfaces parcourues de réseaux de craquelures (Grande cretto nero, « Grande lézarde noire », 1977) dérivant de ses propres peintures monochromes exécutées vingt ans auparavant. Ces craquelures l’inspirent tant que dans les années 1980, Alberto Burri transposera son dispositif à l’échelle du paysage en réalisant un monument commémoratif en Sicile, Grande Cretto di Gibellina, une des plus impressionnantes œuvres du land art.
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