TENDANCE

Qu’est-ce que le « tufting », cet art textile qui cartonne sur TikTok et dans les musées ?

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Technique de tissage initialement employée par les grandes manufactures pour la fabrication de tapis, le tufting fait de plus en plus d’adeptes non seulement chez les artistes, mais aussi auprès du grand public. Ateliers d’initiation dans les écoles d’art et par des artisans, vidéos par milliers sur les réseaux sociaux… Lumière sur cette tendance !
Claude Como, Vue de l’exposition “Supernature” à la galerie Le Cabinet d’Ulysse à Marseille
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Claude Como, Vue de l’exposition “Supernature” à la galerie Le Cabinet d’Ulysse à Marseille, 2021

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Photo ©Studio Tropicalist

« Quand j’ai acheté cette machine, je me suis rendue compte que c’était finalement comme la peinture », se souvient Claude Como. Cette « machine » dont parle l’artiste, qui vit et travaille à Marseille, ressemble à un gros pistolet. Une fois chargée de laine, elle lui permet de réaliser, sur une toile tendue, toutes sortes de motifs aux textures différentes.

« La tapisserie est forcément rectangulaire ou circulaire. Grâce au tufting, je peux m’émanciper du châssis et créer des formes libres, qui étaient déjà présentes dans mon travail de peintre. Il n’y a plus de limite. Je peux proliférer partout et me confronter directement à l’architecture », explique Claude Como qui présente justement, jusqu’au 23 mars au Centre d’art Jacques Brel de Thionville, une spectaculaire installation touffetée.

Une tendance née sur les réseaux sociaux

« Tufting » : derrière ce mot emprunté à la langue de Shakespeare, que l’on pourrait traduire en bon français par « touffetage », se cache donc une technique de tissage apparue dans les années 1970 à Hong Kong qui, inspirée de savoir-faire ancestraux présents en particulier en Asie, permet initialement de fabriquer des tapis. Apanage des plus prestigieuses manufactures, d’Aubusson à Cogolin, elle s’est depuis environ trois ans largement démocratisée.

On assiste en effet aujourd’hui à une véritable « tufting mania » ! En témoignent les innombrables tutos partagés sur TikTok, mais aussi les ateliers qui ont fleuri partout en France. Rien que sur le site Wecandoo, qui met en relation des artisans et des particuliers, on en recense une cinquantaine, de Paris à Marseille en passant par Angers. Une tendance en partie née sur les réseaux sociaux et qui s’empare aussi de nos intérieurs, puisque le tufting permet aussi de réaliser toutes sortes d’objets de décoration plus duveteux les uns que les autres – miroirs, tableaux, housses de coussins…

Portrait de Guillaume Neves, fondateur d’Atelier Paolo
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Portrait de Guillaume Neves, fondateur d’Atelier Paolo

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Photo Emilie Dubrul

Artisan textile installé à Bordeaux, Guillaume Neves se remémore ses débuts laborieux : « en 2019, il était très difficile de trouver des informations accessibles pour le grand public sur le tufting et il n’existait aucune formation. » À force de plusieurs mois de persévérance, il parvient à dompter son « tufting gun » et vend ses premières créations, puis fonde Atelier Paolo, son atelier spécialisé dans la fabrication de tapis et de tapisseries tuftés… Avec déjà l’idée en tête de proposer des stages d’initiation : « je me suis dit que si je me suis intéressé au tufting, d’autres aussi. » Le phénomène gagne également les écoles d’art. En avril 2022, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon organisait un « workshop tufting », tout comme la Villa Arson un an plus tard.

Le tufting : un art thérapeutique ?

Portrait de Cléa Delogu, alias lalatouffe
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Portrait de Cléa Delogu, alias lalatouffe

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DR

« L’outil peut faire peur. Il y a aussi beaucoup de matériel. C’est un investissement conséquent », concède Cléa Delogu, qui crée de grands tableaux tuftés sous le pseudonyme de lalatouffe. Il faut en effet compter autour de 200 € pour un « tufting gun », sans oublier le châssis, la toile et bien sûr la laine. Pour un atelier de deux à trois heures au côté d’un professionnel, il faut débourser environ entre 100 et 200 €. Pas de quoi freiner l’engouement que la jeune femme compare à celui suscité par la pratique de la céramique qui nécessite, elle aussi, du matériel coûteux.

Comment expliquer cet enthousiasme auprès du public ? Il y a, bien sûr, un « effet confinement » qui a réveillé chez beaucoup un intérêt pour le Do it yourself, mais pas que. « Lorsque le tufting gun fourre la toile de laine, on voit le dessin apparaître rapidement. C’est très satisfaisant visuellement, et aussi très apaisant », note Cléa Delogu. Guillaume Neves abonde : « C’est presque une thérapie ! »

Claude Como, vue de l’exposition « Végétal » au Centre d’art Jacques Brel à Thionville
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Claude Como, vue de l’exposition « Végétal » au Centre d’art Jacques Brel à Thionville, 2024

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DR

Dans son atelier où elle s’affaire à la préparation de ses prochaines expositions (on retrouvera notamment l’artiste cet été à Menton), Claude Como salue la liberté impliquée par ce médium : « Le tufting m’a permis de faire des choses gigantesques, de développer toutes les textures possibles, de me renouveler sans cesse… » Et de repousser les limites de l’imagination.

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Végétal

Du 26 janvier 2024 au 23 mars 2024

www.centre-jacques-brel.com

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À voir

1, 2, 3 couleurs

Claude Como présente jusqu’au 11 mars une œuvre au Palais des Beaux-Arts de Lille, dans l’espace réservé aux enfants conçu en partenariat avec Mille Formes (centre d’art pour bébés et touts petits de Clermont-Ferrand).

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À lire

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