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Enquête

Rendra-t-on ses chefs-d’œuvre à l’Afrique ?

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C’est historique : pour la première fois, l’État accède à une demande de restitution du patrimoine africain. Après des décennies à ignorer le problème, la décision a été prise dans la foulée de la remise du rapport très engagé de deux universitaires. Que va-t-il se passer désormais ? Le point sur un dossier explosif.

Un vent de panique souffle sur les musées français depuis la remise, le 23 novembre dernier, du rapport de l’économiste Felwine Sarr et de l’historienne de l’art Bénédicte Savoy. L’étude commandée par le président de la République sur la restitution du patrimoine africain a mis sur la table un sujet que nos vénérables institutions s’étaient évertuées à ignorer pendant des décennies, pour y apporter des réponses radicales. Partant d’un constat simple, à savoir que près de 90 % du patrimoine d’Afrique subsaharienne est conservé hors du continent et qu’il est arrivé en Europe par la colonisation, les auteurs proposent de le rendre en majorité à ses pays d’origine. Il n’en fallait pas plus pour lancer la polémique, les opposants au projet craignant de voir les musées français vidés de leurs collections quand ses partisans confondent parfois devoir de mémoire et approche patrimoniale.

Le travail de Sarr et Savoy a eu un grand mérite : celui d’aborder enfin la délicate question des restitutions et son corollaire, l’écriture d’une histoire commune, celle de la colonisation, pour un rééquilibrage des rapports Nord-Sud. Oui, il s’agit d’un moment historique ; pour une fois, le terme n’est pas galvaudé. S’il est désormais impossible de faire marche arrière, de nombreuses questions se posent. Quelles formes prendront les restitutions ? Quel sera le rôle des musées ? Les pays concernés sont-ils prêts ? Quels effets sur la scène internationale ?

1. Le contexte

Sossa Dede, Statue royale anthropozoomorphe représentant le roi Béhanzin (Bénin)
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Sossa Dede, Statue royale anthropozoomorphe représentant le roi Béhanzin (Bénin), entre 1889 et 1893

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Bois, fer, pigments • 168 × 102 × 92 cm • Coll. & © Musée du quai Branly- Jacques Chirac, Paris / Patrick Gries

Restituer. Le terme était presque considéré comme un gros mot dans les musées européens. Depuis des décennies, les responsables faisaient l’autruche, refusant d’aborder le problème. À tel point qu’en août 2016, lorsque le gouvernement béninois demande à l’État français la restitution des statues et insignes pillés par ses troupes lors du sac d’Abomey en 1892, et qui sont conservés au musée du quai Branly, la réponse est sans appel. Le ministre des Affaires étrangères d’alors, Jean-Marc Ayrault, envoie une fin de non-recevoir laconique, brandissant le principe d’inaliénabilité des collections publiques. Dans les milieux culturels parisiens, on s’offusque même d’une telle démarche, piétinant le sacro-saint concept de l’universalité des œuvres hérité des Lumières.

Pourtant, ce type de demande n’est pas nouveau. Cela fait plus de quarante ans que des pays africains réclament le retour d’objets disparus pendant la colonisation. Le dossier fut ouvert à l’Unesco dès la fin des années 1970 ; la question abordée… et enterrée. En 2010, une étape est franchie lorsque la France accepte de restituer à la Nouvelle-Zélande une vingtaine de têtes maories. Preuve qu’à l’impossible nul n’est tenu. Les associations militantes, de jeunes universitaires et des artistes contemporains prennent le relais et portent ces questions sur la place publique jusqu’au discours d’Emmanuel Macron, à Ouagadougou, à l’automne 2017, qui augure une nouvelle ère. Après avoir reconnu la colonisation comme un crime contre l’humanité, le Président en déplacement au Burkina Faso rouvre le dossier. Un an plus tard, c’est la remise du rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy et, dans la foulée, l’annonce de la restitution au Bénin de 26 chefs-d’œuvre du trésor d’Abomey. Un geste symbolique fort.

Musées et « défenseurs » du patrimoine se crispent. Stéphane Martin, le président du Quai Branly, s’exprime assez vite dans la presse et regrette que Sarr et Savoy aient écarté d’emblée d’autres solutions que des restitutions définitives. « Pour faire un geste politique fort, ils ont exclu d’autres possibilités, analyse Benoît de L’Estoile, chercheur au CNRS. Pourtant, il existe des solutions multiples pour faire circuler les œuvres : des co-commissariats d’expositions et des échanges avec les chercheurs africains, des dépôts à long terme, un travail entrepris directement entre les musées et les communautés concernées… » Dès la remise du rapport, l’Élysée et le ministère de la Culture ont temporisé, n’écartant pas que le retour des œuvres puisse effectivement prendre différentes formes.

Sossa Dede, Statue royale anthropozoomorphe représentant le roi Glélé (Bénin), entre 1858 et 1889

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Bois, cuir et pigments • h. 179 cm • Coll. & © Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / Patrick Gries

Bokossa Donvide, Sossa Dede et Famille Akati, Bochio à l’image du roi Ghézo (Bénin), XIXe siècle

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Les œuvres, conservées au Quai Branly, proviennent du sac d’Abomey par les troupes françaises en 1892. Le Bénin les réclame depuis plusieurs années.

Bois, fer et pigments • 214 x 82 x 45 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / © RMN-GP / Michel Urtado / Thierry Ollivier

Masque-cagoule du dama et poitrine postiche de jeune fille (Mali), XXe siècle

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Ces pièces ont été collectées lors de diverses missions ethnographiques organisées par le ministère français des Colonies, dans les années 1930.

Cauris et fibres végétales • 138 x 33 x 21,5 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / © RMN-GP

2. Quelles sont les œuvres concernées ?

Les restitutions pourraient concerner des dizaines de milliers de pièces. Le musée du quai Branly détient à lui seul quelque 70 000 objets d’art africain sur les 88 000 que comptent les collections publiques françaises, réparties entre Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Marseille, Angoulême, Lyon, Grenoble et Toulouse. Soit un peu plus que le British Museum de Londres, qui conserve 69 000 objets, mais nettement moins que l’Africa Museum de Tervuren (Belgique), avec 180 000 numéros à son inventaire.

Tête d’autel royal, Oba (Nigéria)
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Tête d’autel royal, Oba (Nigéria), XIXe siècle

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Cette sculpture magistrale a été emportée lors du sac de Benin City par l’armée britannique en 1897.

Laiton • 52 × 34 × 34 cm • Coll. & © Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / Claude Germain

Les restitutions invoquées par le rapport concernent en premier lieu les objets emportés durant la conquête coloniale, issus de pillages et de butins de guerre. Dans ces cas de vols avérés, aucun argument ne fait le poids pour empêcher la restitution. Les choses se compliquent avec les pièces collectées durant les missions ethnographiques, que Felwine Sarr et Bénédicte Savoy incluent également dans les restitutions sans nuances. Initiées à partir de 1925 et jusqu’en 1940 par le ministère des Colonies, ces missions avaient pour but de constituer une encyclopédie des cultures du monde menacées de disparaître avec la modernité. Et si l’ethnologue Michel Leiris dénonçait « des méthodes d’achat forcé, pour ne pas dire de réquisition », notamment lors de la fameuse mission Dakar-Djibouti (1931–1933), s’il est avéré que les sommes proposées étaient dérisoires, toutes les acquisitions ne peuvent pas être assimilées à un délit ou un crime. C’est un point très délicat car, pour le seul Quai Branly, cela représente des milliers de pièces – 3 600 rien que pour cette mission Dakar-Djibouti. Le contexte d’acquisition des œuvres sera l’élément clé de la réflexion, qui doit être menée au cas par cas. Il faudra aussi prendre en considération le travail des musées qui, pendant un siècle, ont conservé et valorisé des pièces vouées à disparaître. Comme le rappelle Julien Volper, conservateur de la section ethnographie de l’Africa Museum, c’est le cas de nombreux masques détruits à l’issue de rituels, ou de pièces funéraires en bois très fin placées sur les tombes, dont la durée de vie était de fait très courte…

Avant de statuer, il faudra connaître l’origine et la nature des pièces conservées dans les institutions publiques françaises. Pour ce faire, un grand inventaire des collections africaines pourrait être lancé au printemps. Espérons que cette initiative permettra le financement de travaux scientifiques, ainsi que la création de postes d’enseignants-chercheurs.

Masque anthropomorphe awa (Mali), XXe siècle

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Cette pièce a été collectée lors de l’une des diverses missions ethnographiques organisées par le ministère français des Colonies, dans les années 1930.

Bois, fibres végétales, pigments • 138 x 33 x 21,5 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / © RMN-GP / Patrick Gries

Akati Ekplékendo, Sculpture dédiée à Gou (Bénin), XIXe siècle

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Cette sculpture de Gou, dieu de la Guerre et du Métal chez les Fon, a été réalisée avant 1858, au début du règne du roi Glélé, puis exposée au musée d’Ethnographie du Trocadéro après la prise du palais d’Abomey par les Français en 1892.

Bois, fer martelé • h. 178,5 cm • Coll. Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / © RMN-GP / Hughes Dubois.

Plaque figurative : Oba est entouré de deux guerriers et de deux musiciens (Bénin), XVIe-XVIIe siècle

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Laiton • 52 x 37 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris • © RMN-Grand Palais / Michel Urtado / Thierry Ollivier

Sabre ayant appartenu à El Hadj Omar (royaume du Fouta-Toro, territoire de l’actuel Sénégal), XIXe siècle

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Cuir, cuivre, laiton • 81 cm • Coll. musée de l'Armée, Paris • © RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël

Trône du roi Glèlè (Bénin), entre 1858 et 1889

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Bois et pigments • 188 x 97 x 75 cm • Coll. & © musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris

Trône du roi Ghézo (Bénin), vers 1818-1848

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Bois et métal • 199 x 122 x 88 cm • Coll. & © musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris

Trône (royaume Bamoun, actuel Cameroun)

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Bois • 180 x 100 x 100 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris • © RMN-Grand Palais / Patrick Gries

Défense sculptée (Nigéria), Premier quart du XIXe siècle

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Ivoire • 148,1 cm • Coll. musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris • © RMN-Grand Palais / Patrick Gries

3. Le cadre juridique

Bénédicte Savoy, coauteur du rapport « Restituer le patrimoine africain »
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Bénédicte Savoy, coauteur du rapport « Restituer le patrimoine africain »

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© Stefan Boness / Ipon / SIPA

Comment rendre possible ces rétrocessions malgré le principe d’inaliénabilité des collections publiques ? Felwine Sarr et Bénédicte Savoy proposent de modifier le fragile et complexe Code du patrimoine (ce qui n’est pas sans risques), en instaurant un droit ad hoc des restitutions. Le plus souhaitable serait de légiférer au cas par cas. Pour les têtes maories, une loi d’exception, s’appuyant sur une commission de déclassement, avait ainsi été promulguée. C’est probablement ce qui sera fait pour les pièces prochainement rendues au Bénin. Chargées d’examiner les dossiers et de donner un avis favorable (ou pas) aux demandes de retour, des commissions paritaires d’experts bipartites (africains et français) pourraient être mises sur pied – cette idée que les Français ne soient pas majoritaires pour décider de l’avenir de « leur » patrimoine fait déjà grincer des dents dans l’Hexagone.

Felwine Sarr, coauteur du rapport « Restituer le patrimoine africain »
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Felwine Sarr, coauteur du rapport « Restituer le patrimoine africain »

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© Patrice Normand / Opale / Leemage

La restitution se ferait d’État à État, suggère le rapport, tout en restant assez flou, car le pays africain concerné serait libre de rendre les objets à la communauté ou à son propriétaire initial… Quant au financement de telles opérations, peu de pistes sont proposées, si ce n’est la possibilité pour les pays demandeurs d’avoir recours à l’aide de l’Agence française de développement, aux divers fonds européens, voire à des opérations de mécénat.

4. Les pays africains demandeurs

En tête des pays demandeurs, le Bénin doit inaugurer d’ici deux ans quatre nouveaux établissements respectant les normes internationales de conservation, dont un musée inspiré des palais du Dahomey pour accueillir les pièces du trésor d’Abomey. Les mesures pour préserver les œuvres particulièrement fragiles, car constituées pour beaucoup de matériaux organiques, sont un enjeu crucial et la condition sine qua non du retour dans leur pays d’origine.

Il se veut un lieu de dialogue des cultures et le réceptacle de « l’interculturalité» de l’Afrique. Le musée des Civilisations noires vient d’être inauguré à Dakar, en plein débat sur les restitutions.
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Il se veut un lieu de dialogue des cultures et le réceptacle de « l’interculturalité » de l’Afrique. Le musée des Civilisations noires vient d’être inauguré à Dakar, en plein débat sur les restitutions.

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© Seyllou / AFP

Le musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, situé à Abidjan, s’est ainsi déclaré, le 28 novembre, à même d’accueillir la centaine d’œuvres que le pays va réclamer. Ce musée, pillé lors de violents affrontements post-électoraux en 2011, a rouvert ses portes l’an dernier après une complète rénovation. Également très volontaire sur le sujet, le Sénégal, lui, n’a pas hésité à demander le retour de « toutes les œuvres identifiées comme étant celles du pays ». Il faut dire qu’il vient d’inaugurer son nouveau musée des Civilisations noires, imposante coquille vide édifiée au cœur de Dakar, où les chefs-d’œuvre manquent à l’appel. Construite grâce à un don chinois de 30,5 millions d’euros, cette architecture circulaire de 14 000 m2, inspirée des cases rondes de Casamance, pouvant accueillir près de 18 000 pièces, espérait recevoir des prêts des grands musées européens, voire un partenariat avec le Quai Branly. En vain. La perspective du retour de pièces historiques change évidemment la donne.

De son côté, le président congolais Joseph Kabila a déclaré que son pays demandera officiellement la restitution d’œuvres d’art au printemps avec l’ouverture à Kinshasa d’un musée construit avec la Corée du Sud… Si pour certains pays la question est brûlante, elle n’est pas à l’ordre du jour pour d’autres. Les musées comme le Quai Branly ne vont donc pas se retrouver privés de leurs collections du jour au lendemain. Les restitutions pourraient s’étaler sur des décennies.

5. Quel impact en France et en Europe ?

Vue de l’Africa Museum de Tervuren en Belgique
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Vue de l’Africa Museum de Tervuren en Belgique

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© MRAC, Tervuren / Photo Jo Van de Vijver

En abordant enfin l’épineux sujet, la France a-t-elle provoqué une onde de choc européenne ? En décembre 2017 déjà, dans la foulée du discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, 40 organisations de la diaspora africaine d’Allemagne demandaient à Angela Merkel de réagir. Ce fut peine perdue. Mais depuis novembre dernier, les choses commencent à bouger outre-Rhin, où deux nouveaux responsables du ministère de la Culture devraient enfin se pencher sur la question. Des bourses devraient par ailleurs être créées afin d’étudier la provenance des œuvres, décision qui faisait suite au scandale provoqué par le départ de Bénédicte Savoy du conseil consultatif du Humboldt Forum de Berlin, musée dédié aux cultures extra-européennes qui doit ouvrir l’année prochaine, accusé de ne pas aborder son histoire coloniale.

Au Royaume-Uni, les responsables des musées préfèrent parler de coopération, de circulation ou de prêts à long terme, alors qu’aux Pays Bas, le musée tropical d’Amsterdam, le musée de l’Afrique de Berg en Dal, celui d’ethnologie de Leyde et le musée du Monde de Rotterdam se sont déclarés prêts à rendre les trésors coloniaux spoliés, en commençant par étudier en détail l’origine de leurs collections – ce sera à l’État de trancher.

Extension contemporaine pour l’accueil du public, salles enfin dévolues à l’histoire de la colonisation, d’autres à la biodiversité, sans oublier la présence de créateurs contemporains : l’Africa Museum de Tervuren, en Belgique, vient de rouvrir ses portes après une rénovation complète de ses espaces.
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Extension contemporaine pour l’accueil du public, salles enfin dévolues à l’histoire de la colonisation, d’autres à la biodiversité, sans oublier la présence de créateurs contemporains : l’Africa Museum de Tervuren, en Belgique, vient de rouvrir ses portes après une rénovation complète de ses espaces.

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© MRAC, Tervuren / Photo Jo Van de Vijver

Tout juste rouvert au public après une importante rénovation, l’Africa Museum de Tervuren cristallise l’ensemble des problématiques soulevées. Créé à la gloire de la colonisation par le sanguinaire roi des Belges Léopold II, qui se délectait du « gros gâteau africain », le musée avait fermé ses portes il y a cinq ans avec la promesse d’une « décolonisation » de ses espaces dans un pays qui peine à reconnaître les millions de morts causés par l’exploitation du Congo entre 1885 et 1908. Si l’empreinte du roi est encore omniprésente sur le bâtiment, le parcours permanent aborde enfin la période coloniale selon une approche critique et objective à laquelle font écho des œuvres d’artistes contemporains et des bornes interactives donnant la parole à la diaspora, à des historiens et des spécialistes.

Mais, le directeur des lieux Guido Gryseels le sait bien, ce n’est qu’un début. Quant aux restitutions, il se dit ouvert aux débats et à des prêts à long terme… Rien de concret donc, mais ici encore, impossible d’ignorer le débat. Celui-ci pourrait d’ailleurs ne pas se limiter aux collections d’art africain. Car comment refuser désormais de regarder les demandes d’autres pays pillés par les grands empires coloniaux ? Il y aura aussi des répercussions sur le marché de l’art et chez les collectionneurs privés, qui ne pourront se tenir bien longtemps à l’écart du processus historique enclenché.

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