Le prince Bader bin Abdullah bin Farhan Al Saud, le président Emmanuel Macron et la ministre Rachida Dati à Riyadh, 3 décembre 2024
© Ali Oraifi / AP / SIPA
Ce mardi 3 décembre, un nouvel accord culturel a été signé entre la France et l’Arabie saoudite : cette dernière s’est engagée à participer financièrement, à hauteur de 50 millions d’euros, à la rénovation pharaonique du Centre Pompidou, en échange d’un partage d’expertises. Cette signature a eu lieu durant la visite d’État du président de la République Emmanuel Macron, accompagné de la ministre de la Culture Rachida Dati, dans ce riche royaume du Moyen-Orient. Un séjour qui comprenait un dîner avec le prince héritier Mohammed ben Salmane et une visite d’AlUla, oasis réputée pour ses paysages désertiques et ses vestiges archéologiques, où s’implantent de nouveaux musées.
La facture des travaux de désamiantage et de rénovation de Beaubourg, qui doit fermer à l’été 2025 et jusqu’en 2030, s’annonce en effet très salée : initialement chiffrée à 262 millions d’euros, elle devrait en réalité s’élever, en tenant compte de la hausse des coûts de fonctionnement durant cette période, à 358 millions d’euros financés par l’État. Une enveloppe à laquelle vient s’ajouter un ambitieux projet muséal pour l’après 2030, estimé à 180 millions d’euros. Somme dont le président de l’établissement, Laurent Le Bon, annonçait en février dernier qu’elle serait réunie en partie grâce à des mécènes et « l’association éventuelle d’un autre pays ».
C’est désormais chose faite. Mais cette aide ne vient pas sans contreparties. En échange, la France a signé neuf accords-cadres de coopération, dans lesquels elle s’engage à apporter son expertise culturelle à l’Arabie saoudite, qui souhaite développer son offre en la matière et ainsi accroître son activité touristique. La France partagera avec elle ses compétences dans plusieurs domaines comme l’archéologie préventive, le patrimoine, les musées, le cinéma, les bibliothèques, l’ingénierie culturelle et la formation des personnels.
Vue du Centre Pompidou depuis la rue du Renard
© Wikimedia Commons
En 2023, le Centre Pompidou signait déjà un accord de coopération culturelle avec l’Arabie saoudite, dans lequel il s’engageait à participer à la création et au fonctionnement d’un futur grand musée dédié aux artistes contemporains du monde arabe, Perspective Galleries, qui devrait ouvrir en 2027–2028 à AlUla. Une coopération que les nouveaux accords signés le 3 décembre 2024 étendent à l’ensemble du territoire saoudien, et qui pourrait concerner d’autres institutions françaises en mal de moyens. Dans un rapport publié ce lundi 9 décembre, la Cour des Comptes a en effet préconisé un rapprochement de l’Institut du monde arabe, implanté à Paris, avec l’agence Afalula afin de remédier à sa situation financière « précaire ».
Malgré les contradictions de cette monarchie absolue islamique, reflétées par les choix artistiques de ses institutions, la France s’est donc laissé une nouvelle fois séduire par les avantages financiers et le rayonnement culturel, dans le sillage d’autres grands projets conclus avec les pays du Golfe, comme celui du Louvre Abu Dhabi, inauguré en 2017 aux Émirats arabes unis.
Ces pays peuvent ainsi développer une nouvelle source de revenus, tout en augmentant leur prestige et en renvoyant une image de partenaires légitimes des démocraties occidentales. Faisant oublier au passage leurs atteintes aux droits de l’homme dénoncées par les organisations internationales et les scandales, comme celui de l’assassinat, en 2018 au sein du consulat saoudien d’Istanbul, du journaliste Jamal Khashoggi, dont le corps n’a jamais été retrouvé…
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