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Richard Corben, Thark Battle, couverture de Llana of Gathol and John Carter of Mars d’Edgar Rice Burroughs, 1977
Huile et acrylique • 85,5 x 59 cm • Éd. Nelson Doubleday • © Richard Corben
Richard Corben à sa table de travail en 2005
© Dona Corben
Il est difficile d’imaginer, près d’un demi-siècle plus tard, ce que représenta l’irruption de Richard Corben dans la bande dessinée mondiale. Avant que le 46e festival d’Angoulême ne lui consacre une rétrospective, les spécialistes les plus pointus se sont essayés à décrypter ses images, en vain. L’exposition « Richard Corben – Donner corps à l’imaginaire » permet enfin d’avoir accès, à travers des planches originales en noir et blanc, au mystère Corben. Vingt-deux collectionneurs privés ont été sollicités par le directeur artistique du festival, Stéphane Beaujean. Même dans son pays d’origine, les États-Unis, le dessinateur et scénariste, aujourd’hui âgé de 78 ans, n’a jamais eu droit à autant d’égards. En France, après avoir été publié par les plus grands, dont les Humanoïdes Associés, il n’était plus soutenu que par un éditeur alternatif, Delirium. Son élection au rang de Grand Prix de la ville d’Angoulême l’an dernier en a surpris plus d’un. Quoi ? Un obscur dessinateur gonflé à la testostérone et officiant dans les marges de la sous-culture élevé au grade suprême ? C’était oublier que ce sont désormais les auteurs de bande dessinée qui votent pour le Grand Prix. Et que Corben est adoré par ses pairs.
Richard Corben, A Gorrilla with Wings in Conan le Cimmérien – La Reine de la côte noire de Robert E. Howard, 1971
Un bon exemple de repentir, avec les rehauts de gouache blanche. Voyez aussi l’excellent travail sur les modelés. Ainsi des muscles saillants de Conan le barbare.
Encre, lavis et rehaut de gouache • 33,2 × 43,2 cm • Illustration parue dans la revue Rocket’s Blast Comicollector n° 81, éd. SFCA • © Richard Corben
Pour autant, c’est un artiste introverti qui préfère s’exprimer par le dessin. En clair, c’est un mauvais client pour les journalistes. En 1981, il répond à quelques questions de Brad Balfour, l’éditeur de Heavy Metal (la version américaine de Métal hurlant), mais celui-ci le fait passer pour un type « mesquin, ringard et infantile ». Après cela, sauf exception, Corben refusera tout type d’interview. Une des façons de l’approcher est de lui parler de sa pratique. Et c’est justement ce qu’à fait le dessinateur Frédéric Poincelet dans un entretien publié par les Cahiers de la BD en décembre dernier. Corben : « J’ai toujours dessiné, avant même d’aller à l’école. Le dessin m’est toujours apparu plus spontané que l’écriture. Non pas que je me sente plus doué, mais plus à l’aise. C’est la manière la plus naturelle que j’ai de m’exprimer. Les variations esthétiques de ma carrière naissent, non pas d’un processus intellectuel ou d’une réflexion artistique, mais d’évolutions personnelles. »
En réalité, Corben est un homme méticuleux et intransigeant. Ses nus feraient pâlir n’importe quel professeur des beaux-arts. Son implication dans le dessin est telle qu’elle l’oblige à se fondre dans son objet : « Prenons l’exemple d’un archer. Je dois tout connaître, la forme et les caractéristiques techniques de l’arc, les différentes formes qu’il prend au repos et bandé, la place et l’emboîtement précis de la flèche dans la corde, la posture de l’archer, la main contre son torse ou sa joue, les muscles utilisés pour effectuer ce mouvement. Si le moindre détail est négligé, l’ensemble de la véracité graphique s’effondre. » Ce qui est incontestable, c’est que ce virtuose a créé des formes singulières qui méritent grandement d’être explorées.
Richard Corben, Robot Worm, illustration pour OX de Piers Anthony, 1976
Un ver qui semble tout droit sorti de la planète Dune, réalisé en 1976, un peu avant Star Wars.
Huile sur Isorel • 63,5 x 45,5 cm • Éd. Science Fiction Book Club • © Richard Corben
À l’origine dessinateur de fantasy, c’est au sein de la bande dessinée underground américaine que Corben fait ses armes dès la fin des années 1960. En France, il est d’abord publié dans Actuel en 1972, avant de faire les belles heures du Métal hurlant avec la saga Den, qui marqua les esprits. Corben a dessiné pour les plus importantes compagnies de comic books américains, mais il a aussi illustré certaines des histoires du scénariste Harvey Pekar dans sa série autobiographique American Splendor, au même titre que Robert Crumb. Sa légende est notamment liée à l’élaboration de ses dessins : on ne sait pas comment c’est fait, et c’est cela qui est fantastique. Un mélange de sophistication et de force brute donnant naissance à un univers primitif hautement personnel. Ce mythe est également dû à la difficulté d’imprimer correctement son travail, dont de nombreux éditeurs peuvent témoigner. Seule mauvaise nouvelle : cet inlassable explorateur des corps et des formes irréelles ne viendra pas à Angoulême pour raisons de santé. Mais on pourra toujours se délecter de ses originaux et du catalogue de sa rétrospective.
Des expositions pleines de bulles
Hormis l’exposition phare « Richard Corben – Donner corps à l’imaginaire » (jusqu’au 10 mars au musée d’Angoulême), le festivalier aguerri ne manquera pas de se rendre au musée de la BD où un espace est dédié au travail d’avant-garde graphique réalisé par les éditions Futuropolis de 1972 à 1994 sous la direction d’Étienne Robial et Florence Cestac (jusqu’au 19 mai). Taiyo Matsumoto, surnommé « l’artiste du manga », fait également l’objet d’une rétrospective riche en originaux (« Dessiner l’enfance » jusqu’au 10 mars au musée d’Angoulême), ce qui est devenu l’une des spécificités du festival. Enfin, un hommage spectaculaire sera rendu à un personnage emblématique de la pop culture du XXe siècle : Batman (jusqu’au 27 janvier à l’Alpha). Pour les plus curieux, un programme de master class est également développé avec une pléiade d’auteurs internationaux.
46e Festival international de la bande dessinée
Du 24 janvier 2019 au 27 janvier 2019
Angoulême
Richard Corben - Donner corps à l’imaginaire
Du 24 janvier 2019 au 10 mars 2019
Musée d'Angoulême • Rue Corneille • 16000 Angoulême
musee-angouleme.fr
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Cette image illustre bien la façon dont Richard Corben envisage les couleurs finales de ses images imprimées. En 1977, on coloriait encore à partir de quatre films différents, qui se superposent ici les uns aux autres, pour créer un effet hallucinant.