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Scandale à Lille : soupçonné d’être un faux, un “portrait du Fayoum” saisi au Palais des beaux-arts

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Portrait d’un cavalier romain provenant du site El Hibeh en Égypte
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Portrait d’un cavalier romain provenant du site El Hibeh en Égypte, IIe siècle ap. JC

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peinture sur bois • 43 x 25 cm • Coll. Palais des beaux-arts de Lille

C’est un coup dur pour le Palais des beaux-arts de Lille : son fameux « portrait du Fayoum », un portrait funéraire égyptien du IIe siècle représentant un soldat romain, qui figurait parmi les pièces phares de sa collection depuis onze ans, a été saisi pour examen par l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), qui le soupçonne d’être un faux. Une affaire embarrassante, gardée secrète depuis mai, jusqu’à son dévoilement ce 5 décembre par le journal Libération

Peinte sur un fin panneau en bois destiné à être glissé entre les bandelettes d’une momie, l’œuvre représente un soldat romain en tunique blanche, vêtu d’un baudrier rouge et coiffé de lauriers d’or. En février 2012, le musée présentait en grande pompe cette précieuse antiquité achetée aux enchères chez Drouot en 2011 pour la coquette somme de 100 000 euros (frais inclus) grâce à une préemption de l’État. « La mère de tous les portraits de la peinture classique », s’était alors réjoui le directeur du lieu, Alain Tapié.

Le Palais des beaux-arts de Lille
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Le Palais des beaux-arts de Lille

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© Palais des beaux-arts de Lille / Jean-Marie Dautel

En amont, l’objet avait été vendu par la maison Pierre Bergé & Associés après avoir été étudié par un expert reconnu des antiquités méditerranéennes : Christophe Kunicki. Sauf que ce dernier est tombé en disgrâce en 2020 lors de sa mise en examen dans le cadre d’une enquête, ouverte en 2018 à Paris, sur un vaste trafic d’antiquités pillées dans des pays du Proche et du Moyen-Orient, impliquant une grande famille de marchands allemands et la maison Pierre Bergé.

Découpé et repeint

« Un personnage masculin commun a été transformé sciemment en militaire romain par des ajouts d’éléments picturaux non originaux dans le but de susciter plus d’intérêt ».

C’est cette implication de Kunicki (mêlé à la vente du fameux sarcophage doré de Nedjemankh du Metropolitan Museum de New York, qui s’est avéré avoir été pillé en 2011, et à d’autres affaires liées à la retentissante mise en examen de Jean-Luc Martinez, ancien directeur du Louvre) qui a éveillé les soupçons de la police… Celle-ci a alors découvert que le portrait aurait été découpé et modifié par d’importants repeints entre 2003 et 2007. « Un personnage masculin commun a été transformé sciemment en militaire romain par des ajouts d’éléments picturaux non originaux dans le but de susciter plus d’intérêt », déclarent les enquêteurs.

Le mea-culpa du musée

Mercredi 6 décembre, la mairie de Lille a confirmé que de « forts soupçons » pesaient sur l’authenticité de l’œuvre, qui sera analysée plus en détail « par un laboratoire de recherche et de restauration ». En attendant, la conservatrice en charge de l’acquisition, Fleur Morfoisse, a fait son mea-culpa auprès des enquêteurs : sa confiance envers l’expert, la maison Pierre Bergé, et la responsable du département des Antiquités égyptiennes du Louvre, Florence Gombert-Meurice, qui avait examiné la pièce et validé l’acquisition, aurait été telle qu’elle ne se serait pas interrogée sur l’absence totale de documents de provenance. S’il avoue que le musée s’est montré imprudent et devra revoir ses procédures, son actuel directeur Bruno Girveau a indiqué que la ville et le musée étaient des « victimes » dans cette affaire. Si l’œuvre s’avérait bien être un faux, les deux porteront plainte contre Kunicki.

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