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Tragédie boréale dans le Grand Nord

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Publié le , mis à jour le
Peint au retour d’une expédition scientifique en Arctique menée en 1839, ce tableau est peut-être la première représentation sur toile d’une aurore boréale ! Caché dans un recoin méconnu du musée du Louvre, Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale (vers 1840) fait partie des étonnants paysages polaires du peintre-voyageur François-Auguste Biard (1799–1882). Plongée dans les eaux glacées du Spitzberg où se joue un terrible drame…
François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale, vers 1840

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Phénomène magique

Quel spectacle irréel que cette danse de rubans lumineux, semblable à une chevelure féérique tournoyant dans le vent ! Biard transpose dans la baie de la Madeleine (située au Spitzberg, île norvégienne perdue en plein océan Arctique) l’une des aurores boréales qu’il a observées sur sa route, durant de longues nuits passées dans la neige avec son carnet de croquis. Évoquant des bourrasques éclairées par le soleil de minuit, ces étonnantes traînées lumineuses ne sont pas de couleur verte : sans doute le peintre les a-t-il perçues blanches, comme c’est souvent le cas à l’œil nu.

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Sommets dantesques

Mais la splendeur du spectacle ne doit pas nous leurrer : ce paysage glacial n’a rien d’hospitalier… Version froide des rochers escarpés de l’Enfer, ces montagnes accidentées, dont les silhouettes se découpent sur le fond lumineux comme les dents noires d’un monstre, incarnent aussi bien la beauté ensorcelante que l’hostilité terrifiante des forces de la nature qui dépassent et submergent l’homme… La définition même du sublime, concept esthétique illustré avec une théâtralité grandiose par le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich (1774–1840), qui a sans doute inspiré l’artiste français !

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Maigres restes

Loin des mouvements festifs du ciel, un drame immobile se joue dans la partie inférieure du tableau. Les débris d’un naufrage – un mât, une corde, des planches de bois brisées… – s’enfoncent faiblement dans l’eau, indiquant qu’une frêle embarcation (sans doute un radeau), prise au piège de ce cul-de-sac encombré d’icebergs, s’est fracassée contre la glace…

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Naufragés pétrifiés

À deux pas gît un groupe de naufragés, bien fragile dans l’immensité du paysage. Trois d’entre eux sont déjà morts, comme l’indiquent leurs corps à moitié recouverts de neige. Le quatrième, allongé sur le dos, semble prêt à rendre son dernier soupir tandis que le cinquième, assis et recroquevillé sous sa capuche pour se protéger du froid intense, lui tient la main en attendant la mort. Le dos tourné au spectacle céleste qui, en ces heures sombres, ne lui fait plus ni chaud ni froid…

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Empreintes mystérieuses

Presque imperceptibles dans la neige immaculée, quelques traces de pas semblent s’éloigner du groupe pour disparaître dans le coin inférieur droit du tableau. Sans doute les empreintes d’un sixième rescapé, parti seul dans l’espoir de trouver des secours. Mais y a-t-il âme qui vive dans ce désert glacial ? Reviendra-t-il à temps avec de l’aide ? Ou a-t-il déjà succombé plus loin au froid et à l’épuisement ? L’indice permet malgré tout une lueur d’espoir…

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Glace phosphorescente

Biard observe avec fascination les phénomènes arctiques encore très peu représentés en peinture, dont celui de la glace bleue, lié à l’interaction de la lumière avec les cristaux de glace et l’expulsion de bulles d’air. Pointus et acérés comme des ailerons de requins, ces morceaux de glace turquoise – motif que le peintre traitera de façon grandiose avec sa psychédélique Vue de l’océan glacial, pêche aux morses par des Groenlandais (1845) –, luisent tels des pierres précieuses à la lueur de l’aurore boréale. L’eau gelée, presque phosphorescente, souligne la silhouette solitaire du rescapé, tout en accentuant l’aspect fantastique de la scène…

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail]
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François-Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale [détail], vers 1840

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Neige immaculée

Jusque-là restés l’apanage des peintres flamands, les paysages de neige commencent à se répandre à partir de la fin du XVIIIe siècle chez les romantiques, pour qui ces étendues froides et désertes expriment à merveille la solitude et la mélancolie de l’âme. Si Biard représente avec talent la luminosité du manteau blanc caressé par de douces ombres grises, il faudra attendre les impressionnistes pour que la neige devienne une fête animée de multiples irisations, et un sujet à part entière !

Huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Louvre • © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec / service presse

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