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William Henry Jackson, Grand Canyon of the Colorado, vers 1880
Photographie • 53,7 x 42,8 cm • Coll. Smithsonian American Art Museum, Washington • © Smithsonian American Art Museum, Washington, DC, Dist. RMN-Grand Palais / image SAAM
Dans le Grand Canyon du Colorado, il ne faut pas avoir le vertige… William Henry Jackson, lui, a l’habitude des hauteurs. Il manipule avec précaution les plaques de verre, aligne méthodiquement les flacons d’albumine et de nitrate d’argent, ajuste la lentille de sa chambre noire. Sur le sol caillouteux, le plus difficile est de trouver le point de stabilité pour poser le trépied et, accessoirement, ne pas tomber. Un camarade prend la pose au sommet – Jackson expose le film, et c’est dans la boîte ! Il faut dire qu’il connaît bien ce type d’environnement, et pour cause : c’est un pionnier.
Anonyme, William Henry Jackson et un anonyme avec leur équipement photographique sur une montagne du Parc Yellowstone, 1871–1878
© Library of Congress
Après la fin de la Guerre de Sécession en 1865, les explorations vers l’Ouest entreprises par l’État fédéral peuvent reprendre. Quatre grandes missions géologiques dans les Rocheuses sont lancées entre la fin des années 1860 et le début des années 1870, accompagnées chacune d’un photographe expérimenté. William Henry Jackson est, avec Timothy O’Sullivan, le plus connu de ces acteurs. Il fait partie de l’expédition du géologue Ferdinand Vandeveer Hayden dans le Nord-Ouest.
William Henry Jackson, Descriptive Catalogue of Photographs of North-American Indians by W.H. Jackson, Vol. 1, 1876–1877
Photographie • Coll. musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris • © musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais / image musée du quai Branly – Jacques Chirac
Jackson a baigné dans l’art depuis sa tendre enfance. Né en 1843 dans l’État de New York, sa mère lui transmet son goût pour la peinture. Peintre talentueux, il vient cependant rapidement à la photographie, effectuant des retouches au pinceau pour des ateliers afin de rassembler un pécule. Mais la guerre arrive et Jackson s’engage auprès de l’Union en 1862. Après-guerre, le Yankee est pris du virus du voyage – il embarque dans le train de l’Union Pacific Railroad pour descendre au terminus d’alors : Omaha dans le Nebraska.
Il y ouvre un atelier de photographie avec son frère Edward en 1867, atelier dont sortiront parmi les plus remarqués des portraits de Natifs américains. Mais le genre l’ennuie rapidement et, profitant de l’extension de la ligne transcontinentale vers l’Ouest, William Henry Jackson propose ses services de photographe pour promouvoir les nouvelles régions desservies. En 1870, il entend parler des grandes explorations lancées par le gouvernement et parvient de justesse à rejoindre celle du géologue Hayden.
L’expédition Hayden part du Grand Lac Salé (Utah) le 8 juin 1871. Trente-deux hommes la composent : minéralogistes, biologistes, journalistes, représentants politiques… Le voyage en caravane va être rude. Il faudra se nourrir de gruau, de fruits secs et d’un café serré, le tout dans une région désertique. Rien d’impressionnant pour ces hommes qui, pour la plupart, sont d’anciens combattants. Après avoir poussé vers le nord jusqu’au Montana, ils gagnent en juillet le site de Yellowstone, au nord-ouest dans le Wyoming, pour l’observer de fond en comble pendant un mois. Ce sont des découvertes sublimes, comme des chutes d’eau de 90 m de hauteur ou le geyser Old Faitfhful en constante éruption. Ce sont aussi des frayeurs et des nuits difficiles, souvent agitées de tremblements de terre. Les camarades regagnent la civilisation le 2 octobre.
William Henry Jackson, Old Faithful, Yellowstone, 1870–1890
Epreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif verre au collodion • 51,5 × 41,5 cm • Coll. musée d’Orsay • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Désormais, il est tout à fait accessoire d’emporter un peintre dans son équipage, mais il est inconcevable de partir en exploration sans un appareil photo.
Avec Jackson, c’est une nouvelle vie qui s’ouvre pour les artistes explorateurs. Dans l’expédition Hayden figurait aussi le peintre Thomas Moran, qui a composé des paysages spectaculaires en tirant tout le parti de la couleur. Mais comment rivaliser ? Depuis la présentation de la photographie au public en 1839, il était clair que la technique allait bouleverser le rapport aux images et s’imposer dans l’observation scientifique. Par le cadrage notamment, William Henry Jackson produit des clichés d’artiste, très picturaux. Mais là où l’on soupçonne toujours le peintre d’arranger la réalité, le photographe se targue de l’irréfutabilité de ses prises de vue directes. Il faut le voir pour le croire : oui, les Mammoth Hot Springs, ces pyramides naturelles faites de calcaire, sont bel et bien réelles… Désormais, il est tout à fait accessoire d’emporter un peintre dans son équipage, mais il est inconcevable de partir en exploration sans un appareil photo.
William Henry Jackson, Mammoth hot springs, Yellowstone, 1870-1890
Epreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif verre au collodion • 43 x 53,5 cm • Coll. musée d'Orsay • © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
De cette expédition, Jackson est d’ailleurs avec Hayden le seul nom qu’ait retenu l’Histoire. Dès 1872, Yellowstone devient le premier parc national des États-Unis par décision du Président Ulysses Grant. Les photographies ont joué pour cela un rôle de premier ordre. William Henry Jackson devient une référence, appelé sur d’autres missions officielles ou commerciales. Au milieu des années 1890, il est envoyé aux quatre coins du monde pour photographier les habitants et les cultures de cinq continents, afin de promouvoir les voyages de la World’s Transportation Commission. En faisant éditer des cartes postales à partir de ses œuvres, Jackson coule des jours heureux. Il reste cependant actif jusqu’en 1939 et occupe même le poste de conseiller technique pour le film Autant en emporte le vent de Victor Fleming. Il meurt en 1942, à 99 ans, célébré avec tous les honneurs dus à l’un des derniers vétérans de la Guerre de Sécession.
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