Simone da Firenze, Rocco di Bartolomeo, Madone de Brando (détail), 1500
Tempera et huile sur panneau de peuplier • 198,5 x 94,5 x 16 cm • Dépôt de la commune de Brando • © Isula Corsica
Un magnifique chef-d’œuvre de la Renaissance italienne vient de faire son grand retour en Corse après deux siècles d’exil. La Vierge en trône tenant l’Enfant, entourée de quatre anges musiciens, dite « Madone de Brando » (vers 1500), retable en bois peint sur un éblouissant fond or par les artistes florentins Simone da Firenze et Rocco di Bartolommeo, sera désormais exposée de façon permanente sur l’île de Beauté, son lieu de conservation initial auquel elle avait été enlevée au XIXe siècle…
Assis sur les genoux de la Vierge, le petit Jésus tient dans sa main un oiseau. Autour de l’enfant et de sa mère s’agitent quatre petits anges musiciens, munis d’instruments miniatures. D’une qualité et d’un raffinement exceptionnels, l’œuvre est un précieux témoignage des échanges artistiques entre l’Italie et la Corse aux XVe et XVIe siècles – l’île, conquise en 1284 par la république de Gênes, ayant été sous domination italienne durant près de cinq siècles, d’où la présence de nombreuses tours génoises sur son littoral.
Arguant que l’œuvre appartenait au domaine public, la collectivité de Corse et le ministère de la Culture ont empêché cette vente.
Le retable était autrefois installé derrière l’autel du couvent franciscain Saint-François de Brando, dans la péninsule du cap Corse, à 8 kilomètres au nord de Bastia. Mais suite à l’abandon du couvent sous la Révolution française, l’œuvre avait été déplacée dans l’église voisine, où elle avait été remarquée par le grand collectionneur lyonnais Albin Chalandon. Ce dernier l’avait achetée en 1839 « avec l’autorisation de l’évêque d’Ajaccio », selon ses propres notes retrouvées dans ses archives.
La « Madone de Brando » était depuis restée dans la descendance de ce collectionneur jusqu’à l’annonce de sa mise en vente par la maison De Baecque et Associés en 2023. Arguant que l’œuvre appartenait au domaine public, la collectivité de Corse (CdC) et le ministère de la Culture ont empêché cette vente et signé un « protocole transactionnel » avec les héritiers Chalandon, qui ont rendu le retable à la commune de Brando. La famille a reçu en échange une indemnisation de 350 000 euros, prix que l’œuvre aurait pu atteindre aux enchères. La commune de Brando a pu leur verser cette somme grâce à une subvention de 280 000 euros de la CdC et aux 70 000 euros recueillis par la Fondation du patrimoine.
Simone da Firenze, Rocco di Bartolomeo, Madone de Brando, 1500
Tempera et huile sur panneau de peuplier • 198,5 × 94,5 × 16 cm • Dépôt de la commune de Brando • © Isula Corsica
La Madone a d’abord fait un bref retour symbolique à l’église Sainte Marie de l’Assomption (Santa Maria Assunta) de Brando, où elle a été présentée ce mardi 16 juillet par les élus de la CdC et le maire de Brando. Si le retable reste la propriété de la commune de Brando, la CdC a indiqué le 11 juillet dernier que c’est au musée de la Corse, à Corte (capitale historique et culturelle de l’île, située en son cœur), qu’elle sera exposée de façon permanente, afin de garantir une « accessibilité à un large public » et des « conditions de conservation optimales ». Une raison de plus d’aller (re)découvrir les trésors culturels et naturels de cette merveilleuse île !
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