Peter Binoit, Mets, fruits et verre sur une table, vers 1620
Huile sur panneau • s.d • Coll. musée du Louvre, Paris • © Dist. RMN - Grand Palais - presse / Photo Jean-Gilles Berizzi
C’est un geste généreux que vient de faire cette famille juive originaire d’Alsace. Alors qu’ils venaient à peine de se voir restituer deux natures mortes du XVIIe siècle, spoliées sous l’occupation nazie à leur aïeule Mathilde Javal, les 48 ayants droit de cette dernière ont fait don de ces deux œuvres au musée du Louvre. Celui-ci les expose depuis ce mercredi 5 juin, assorties de documents historiques sur la famille Javal, dont cinq membres ont été déportés et assassinés à Auschwitz, et que plusieurs couacs administratifs avait empêchée d’être identifiée plus tôt comme les propriétaires légitimes des tableaux…
Peints dans les années 1620–1630, ces deux derniers, Nature morte au jambon de Floris van Schooten, et Mets, fruits et verres sur une table de Peter Binoit, étaient exposés dans les salles de peinture nordique du musée du Louvre depuis les années 1950 sous l’étiquette MNR (« Musées nationaux récupération »), dans l’attente que leurs propriétaires soient retrouvés.
Pourtant, en 1945, Mathilde Javal avait demandé officiellement la restitution des œuvres d’art de sa famille, par le biais d’une lettre présentée dans l’exposition. Mais deux obstacles avaient empêché sa requête d’aboutir : d’abord, l’organisme de pillage nazi Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) avait enregistré ces œuvres à tort comme relevant de la collection « Juralides ». Ensuite, deux erreurs d’orthographe dans le nom de Javal et l’adresse de Mathilde Javal, avaient contribué à accentuer la confusion, rapporte le Louvre.
La donation au Louvre est « un appel à ne jamais oublier, un engagement à transmettre la mémoire et un constant rappel à l’action. »
Laurence des Cars
Mais des « recherches proactives ont permis de comprendre que les deux tableaux […] appartenaient en réalité à Mathilde Javal, dont l’hôtel particulier du 5 boulevard de la Tour-Maubourg, 7e arrondissement de Paris, avait été occupé et vidé en 1944 », a précisé le ministère de la Culture dans un communiqué. Les ayants droit de la famille Javal ont récemment été retrouvés grâce aux démarches des chercheurs du ministère de la Culture, des Archives nationales et de la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), aidés par l’organisation Généalogistes de France.
Floris van Schooten, Nature morte au jambon, vers 1630
Huile sur panneau • s.d • Coll. musée du Louvre, Paris • © Dist. RMN – Grand Palais – presse / Photo Tony Querrec
C’est un « devoir de mémoire envers ma famille, spoliée et persécutée, dont l’histoire parle aux générations actuelles », a confié à l’AFP l’une des ayants droit. Ceux-ci se sont retrouvés mardi 4 juin autour des deux tableaux. Il s’agit d’un « appel à ne jamais oublier, un engagement à transmettre la mémoire et un constant rappel à l’action », a renchéri la présidente-directrice du Louvre, Laurence des Cars, dans un communiqué.
Entre 1940 et 1945, environ 100 000 biens culturels ont été spoliés en France, principalement à des familles juives, par le régime nazi et le gouvernement de Vichy, soit directement par confiscation, soit indirectement, leurs propriétaires ayant été contraints de les vendre pour fuir et tenter de sauver leur vie. À la fin de la guerre, environ 60 000 œuvres spoliées avaient été retrouvées en Allemagne et renvoyées en France. Parmi elles, 45 000 ont été restituées à leurs propriétaires. Sur les 15 000 restantes, environ 13 000 ont été vendues par l’État, et 2 200 confiées aux musées nationaux sous le label « MNR ». À ce jour, le Louvre a encore sous sa garde 1 610 œuvres MNR (dont 791 tableaux) en attente d’une restitution potentielle.
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