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Musée du Louvre

Tableaux spoliés cherchent leurs propriétaires

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Publié le , mis à jour le
Avec une nouvelle salle et à travers son parcours permanent, le musée du Louvre tire de l’oubli 107 tableaux pillés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, récupérés par la France mais restés orphelins… Retour sur le passé de quatre peintures estampillées « MNR ».

En France, entre 1940 et 1945, environ 100 000 biens, dont des dizaines de milliers d’œuvres d’art, ont été spoliés par les nazis. Appartenant principalement à des familles juives, mobilier, tableaux et objets étaient saisis, vendus sous la menace ou cédés incognito contre des sommes dérisoires par des personnes contraintes à fuir, rendant la traçabilité souvent difficile. Sur 61 000 œuvres rapatriées de 1944 à 1946, 45 000 ont été restituées à leurs propriétaires ou à leurs ayants droit.

Hélas, 2 143 biens sont restés orphelins. Parmi ces œuvres enregistrées sous le sigle MNR (Musées Nationaux Récupération) et répertoriées dans la base Rose-Valland (du nom d’une conservatrice du Jeu de Paume qui consigna, au péril de sa vie, des informations capitales sur le pillage), 1 752 sont encore abritées au musée du Louvre. Aujourd’hui, 31 peintures issues de cet inventaire viennent d’être installées dans un espace dédié (la salle 16 de l’aile Richelieu) et 76 autres MNR ont rejoint le parcours permanent. Voici l’histoire de quatre d’entre elles.

1. Inconnu rembranesque

Peint dans de mystérieux tons terreux, cet homme en pleine lecture est coiffé d’un chapeau noir typique du Siècle d’or. Doté d’un réalisme digne de Rembrandt, le portrait a été réalisé d’après une peinture du Néerlandais Barent Fabritius (1624–1673). Issu de la collection Paul Mersch, dispersée à Paris en 1909, ce tableau a été acheté 80 000 francs le 5 novembre 1940 par le musée allemand de Bonn à la galerie parisienne Alice Manteau… qui sera condamnée à la Libération pour profits illicites. Sous la tutelle du ministère de la Culture, un groupe de travail recherche toujours l’identité des propriétaires d’origine des œuvres spoliées ou de leurs ayants droit.

D'après Barent Fabritius, Homme lisant
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D’après Barent Fabritius, Homme lisant, XVIIe siècle

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Huile sur toile • 67 × 58 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN – Grand Palais / Franck Raux

2. Gentilhomme voyageur

Artiste brabançon né en 1618, le peintre et graveur baroque Michael Sweerts habite successivement à Rome, à Bruxelles, en France et à Amsterdam où il observe les bateaux. En 1662, il embarque pour l’Orient depuis Marseille (ce gentilhomme débarquant d’un navire serait-il un autoportrait ?) avec des missionnaires, puis s’arrête à Goa où il s’éteint en 1664. Vendue pendant la guerre par un mystérieux M. Toulino au marchand d’art munichois Walter Bornheim (acheteur pour le dirigeant nazi Hermann Göring), cette toile était destinée au Führermuseum : un gigantesque musée qu’Hitler avait prévu d’ériger à Linz, en Autriche. Confisqués ou achetés illégalement, les tableaux de maîtres étaient stockés dans des dépôts environnants en attendant sa construction. En 1944, les Alliés, en particulier les Monuments Men, groupe de sauvetage des œuvres d’art créé par le général Eisenhower, retrouvèrent, cachés dans la mine de sel d’Altaussee, non loin de Linz, pas moins de 6 500 tableaux. Parmi eux, des chefs-d’œuvre, tels l’Astronome de Vermeer ou l’Agneau mystique de Van Eyck.

Michael Sweerts, Gentilhomme arrivant dans un port méridional
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Michael Sweerts, Gentilhomme arrivant dans un port méridional, XVIIe siècle

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Huile sur toile • 64 × 87 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © 2009 Musée du Louvre / Erich Lessing

3. Diseuse de bonne aventure

Assise sur un banc, une bourgeoise néerlandaise se fait lire les lignes de la main par une vieille bohémienne. Mises en garde contre la tromperie et les fausses prophéties, les tableaux de diseuses de bonne aventure étaient à la mode au XVIIe siècle. Cette huile sur cuivre a été réalisée en 1631 par Jacob Jansz Van Velsen (1597–1656), peintre du Siècle d’or originaire de Delft, spécialisé dans les scènes de genre. Issue d’une collection particulière française, cette œuvre a été achetée 66 000 reichsmarks en février 1944 (soit moins de 150 € d’aujourd’hui), par le marchand d’art allemand Hildebrand Gurlitt, proche des coordinateurs du pillage des biens juifs en France. Elle devait rejoindre le musée de Linz.

Jacob Jansz Van Velsen, La Diseuse de bonne aventure
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Jacob Jansz Van Velsen, La Diseuse de bonne aventure, XVIIe siècle

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Huile sur cuivre • 26 × 23 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN – Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

4. Festin prophétique

Ce tableau de l’Italien Nicola Bertuzzi (1710–1777), peintre rococo, provient à l’origine du palais de Bagnarola di Budrio, près de Bologne. Vendue en mai 1944 au représentant du Dorotheum (célèbre salle des ventes viennoise) par Theo Hermsen – intermédiaire de Gurlitt pour les exportations d’œuvres spoliées –, l’œuvre est acquise par le musée de Linz pour une bouchée de pain. Ironie du sort, cette toile biblique représente le roi Balthazar, dernier monarque de Babylone qui, assiégé par les Perses, profane les vases sacrés issus du pillage du temple juif de Jérusalem en les faisant servir à table lors d’un festin orgiaque. Trois mots qui, selon la légende seraient apparus en lettres de feu, figurent sur la muraille : « Mane, Thecel, Phares » – soit « Mené, Teqel, Parsîn » en hébreu – et que le prophète Daniel interprète par « Tes jours sont comptés ; tu as été trouvé trop léger dans la balance ; ton royaume sera partagé ». En s’emparant de ce tableau, les nazis négligeront la prophétie : leur future défaite…

Nicola Bertuzzi, Mane, Thecel, Pharès : le festin de Balthasar profanant les vases sacrés enlevés au Temple de Jérusalem
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Nicola Bertuzzi, Mane, Thecel, Pharès : le festin de Balthasar profanant les vases sacrés enlevés au Temple de Jérusalem, XVIIIe siècle

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Huile sur toile • 128 × 170 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN – Grand Palais / Stéphane Maréchalle

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Musée du Louvre, Paris

Aile Richelieu, 2e étage, salle 16
Rue de Rivoli, 75001 Paris
louvre.fr

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À lire

Catalogue des peintures MNR [Musées Nationaux Récupération]

Par Claude Lesné et Anne Roquebert
Éd. Réunion des musées nationaux • 221 p.
En ligne sur le site : Rose-Valland

 

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