Article proposé par Exponaute

Gustavo Aceves, Lapidarium, 2016, © Mario Basilio
L’année dernière, le travail de Gustavo Aceves était présenté face à la porte de Brandebourg à Berlin, dans le cadre du 70ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale. Première étape d’un grand voyage à travers les continents, le projet itinérant s’intitule Lapidarium : dérivé du mot latin désignant un lieu où pierres et autres fragments d’intérêt archéologiques sont exposés.
En effet, Gustavo Aceves crée son propre langage visuel, autour d’œuvres impressionnantes tant par leur immensité que la précision du travail de sculpture, mais aussi par le biais de références culturelles à la mythologie grecque, comme la barque de Charon et le Cheval de Troie.

Gustavo Aceves, Lapidarium © Gabriela Malvido
Partiellement inspirées par les quatre chevaux romains qui ornent la façade de la basilique Saint-Marc à Venise, ces immenses statues de marbre symbolisent la migration de masse. La migration vue comme une évasion, une découverte et surtout comme une véritable épreuve : celle de la conquête. Une histoire qui se répète depuis l’aube de l’humanité à travers les âges et les latitudes, sans se référer particulièrement à un contexte ni à une époque spécifique.
Le but est de mettre en lumière « La souffrance de plusieurs millions de personnes qui sont en mouvement perpétuel afin de survivre », comme l’indique le Commissaire Francesco Buranelli, ancien directeur général du Musée du Vatican et dorénavant secrétaire général de la Commission pontificale dédiée à l’héritage du patrimoine culturel.
Gustavo Aceves, Lapidarium, 2009–2015 © Gabriela Malvido
Alliant une variété de matériaux incluant le bronze, le marbre, la résine, le granit et le métal, les chevaux de Gustavo Aceves revêtent une apparence squelettique et inachevée, présentés sous forme de fragments. Chaque statue est fissurée, fracturée, certaines présentant la mise en abîme de crânes humains. Le cheval est ici utilisé comme une métaphore reflétant ces mouvements à travers le monde, soulignant aussi la tragédie, la lutte perpétuelle et la barbarie traditionnellement associés aux vagues de migration.

Gustavo Aceves, Lapidarium © Gabriela Malvido
Entièrement produites en Italie, entre Florence et Bologne, les œuvres de Gustavo Aceves sont toutes uniques, le seul dénominateur commun étant leur taille : souvent supérieure à 10 mètres de large. Chaque pièce est créée, pour leur majorité, dans la ville de Pietrosanto en Toscane, ville dont Michel-Ange fut le premier à reconnaître la beauté de la pierre… et plus récemment investie par d’autres artistes comme le colombien Fernando Botero. Aceves élit domicile à Pietrosanto en 2006, afin de se rapprocher des carrières et fonderies de marbre et de bronze renommées de la ville, ainsi que de ses maîtres-artisans locaux reconnus pour leur travail suivant une pratique ancestrale.

Gustavo Aceves, Lapidarium © Gabriela Malvido
Artiste mexicain autodidacte, Gustavo Aceves s’est d’abord fait connaître par son travail de peintre. Son travail a rapidement connu le succès, représenté dès les années 1970 notamment à la Biennale de Venise, la Biennale de Beijing, au Museo del Palazio Bellas Artes de Mexico ou encore, au Musée du Vatican où son travail fait partie des collections permanentes. Aujourd’hui, l’exposition itinérante Lapidarium œuvre tel un rappel du passé… et un avertissement pour l’avenir.
En itinérance jusque 2017, Lapidarium connaîtra quelques légères modifications selon les villes où elle sera exposée. Il s’agira en tout cas d’une expérience visuelle gigantesque et majestueuse, présentée dans le domaine public, créant ainsi réflexion et dialogue avec l’espace qu’elle investira. Après Berlin, puis Rome, peut-être que nous aurons l’opportunité de découvrir les sculptures monumentales de Lapidarium prochainement sur l’un de nos parvis parisiens…
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