Photographie

Visa pour l’image : le maire RN de Perpignan refuse de remettre son prix au photographe palestinien Loay Ayyoub

Par

Publié le , mis à jour le
Loay Ayyoub, Un enfant devant la morgue de l’hôpital Nasser. Khan Younès, sud de la bande de Gaza
voir toutes les images

Loay Ayyoub, Un enfant devant la morgue de l’hôpital Nasser. Khan Younès, sud de la bande de Gaza, 25 octobre 2023

i

© Loay Ayyoub pour The Washington Post

C’est par une polémique houleuse qu’a débuté la 36e édition du festival international de photojournalisme Visa pour l’image, qui se déroule chaque année dans la ville de Perpignan (Occitanie) depuis 1989. Ce samedi 31 août, Louis Aliot, maire RN de la ville depuis 2020, a fait scandale en déclarant lors de son discours d’inauguration qu’il ne monterait pas sur scène pour remettre le Visa d’or au jeune photographe palestinien Loay Ayyoub. « Je ne remettrai pas le prix cette année, ni moi ni personne de la ville », a tranché l’élu du Rassemblement national.

La cause de ce refus : le sujet du reportage que le prestigieux jury, constitué d’une quinzaine de directeurs de photographie, a choisi de récompenser. Mandaté par le quotidien américain The Washington Post, Loay Ayyoub a documenté pendant cinq mois (d’octobre 2023 à février 2024) le quotidien déchirant de la population civile gazaouie, exposée aux attaques de l’armée israélienne depuis le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, et ses difficultés d’accès aux soins. Se disant « mal à l’aise avec le traitement de cette guerre », Louis Aliot a déclaré qu’il aurait préféré récompenser « un journaliste totalement indépendant du Hamas ».

Un reportage sur les effets de la guerre

« On évoque ici le conflit armé le plus verrouillé qui ait jamais existé, dans lequel il est naturellement impensable que Loay Ayyoub ait pu travailler à l’insu du Hamas. »

Jean-François Leroy

Ce sera donc le journaliste et photographe Jean-François Leroy, directeur et cofondateur du festival, qui remettra la récompense de Loay Ayyoub (le « Visa d’or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik », doté de 8 000 euros, et baptisé en la mémoire du jeune photographe français Rémi Ochlik, mort sous les bombes du régime syrien en 2012) à un représentant du Washington Post ce samedi 7 septembre en début de soirée. Le lauréat palestinien ne pourra pas être là en personne en raison de problèmes administratifs : résidant actuellement en Égypte mais n’ayant pas encore ses papiers officiels égyptiens, il craint de ne pas pouvoir revenir en Égypte s’il se rend maintenant en France.

Loay Ayyoub, Des personnes face aux ruines de la tour résidentielle Al-Aklouk après une frappe israélienne. Gaza City
voir toutes les images

Loay Ayyoub, Des personnes face aux ruines de la tour résidentielle Al-Aklouk après une frappe israélienne. Gaza City, 8 octobre 2023

i

© Loay Ayyoub pour The Washington Post

En réponse à Louis Aliot, qui dénonce un manque de neutralité du photographe, Jean-François Leroy a rappelé qu’il est très difficile d’évoluer en totale indépendance dans ce conflit, l’accès à la bande de Gaza demeurant interdit aux journalistes internationaux. « On évoque ici le conflit armé le plus verrouillé qui ait jamais existé, dans lequel il est naturellement impensable que Loay Ayyoub ait pu travailler à l’insu du Hamas, de même que côté israélien, un photographe ne pourrait évoluer sur le terrain sans que Tsahal le sache » ; le sujet du reportage n’est « pas le Hamas », mais « les effets de cette guerre sur les populations civiles », a expliqué le directeur au quotidien Libération et au journal La Croix. « Dans plusieurs de ses publications, Loay Ayyoub ne parle pas du Hamas mais de ‘résistance palestinienne’, y compris quand ils envoient des roquettes sur des civils », a quant à lui répliqué Louis Aliot à France Bleu Roussillon.

Quelle liberté pour Visa pour l’image ?

Ces déclarations et refus du maire n’ont pas manqué d’alimenter les inquiétudes concernant la liberté éditoriale de Visa pour l’image dans le cadre de sa cohabitation avec l’élu d’extrême droite. « Jean-François Leroy a une liberté totale », nous assure un porte-parole du festival. « Je regrette cette décision [du maire, ndlr], mais ça n’est qu’une question de protocole dont je me fous un peu, dans la mesure où la ville s’est bien engagée à donner au lauréat la somme de 8 000 euros », balaie le directeur dans le quotidien Libération. Comment envisage-t-il l’avenir de Visa pour l’image dans ce contexte tendu ? Leroy ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet avant la fin du festival.

Loay Ayyoub, Après une frappe israélienne sur une maison du quartier d’Al-Sabra, dans le centre de la ville, des blessés sont transportés à l’hôpital Al-Shifa. Gaza
voir toutes les images

Loay Ayyoub, Après une frappe israélienne sur une maison du quartier d’Al-Sabra, dans le centre de la ville, des blessés sont transportés à l’hôpital Al-Shifa. Gaza, 11 octobre 2023

i

© Loay Ayyoub pour The Washington Post

Ce n’est pas la première fois que cette cohabitation avec le maire RN soulève des questions. En 2023, trois photographies de Marine Le Pen réalisées par Jordi Borràs avait été retirées d’une série consacrée à l’extrême droite exposée à Visa pour l’image. « Je n’ai aucun problème à montrer le Rassemblement national », s’était alors défendu Jean-François Leroy. « Mais ces trois pauvres images d’un meeting de Marine Le Pen en 2017 n’avaient rien à voir avec les autres photos de l’ultradroite prises par Jordi Borràs dans le reste de l’Europe, avec des défilés de néonazis, des croix gammées, des uniformes ». Rien à voir donc, selon lui, avec une quelconque ingérence de la mairie dans la programmation.

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi