ENQUÊTE

Culture et législatives : L’obsession patrimoniale et identitaire du Rassemblement national

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Publié le , mis à jour le
Si pas un mot n’est accordé à la culture dans son programme, le Rassemblement national a défendu à l’Assemblée, lors de la XVIe législature, une vision qui montre ce que pourrait être sa politique culturelle. À l’approche des élections législatives qui se dérouleront les 30 juin et 7 juillet prochains, Beaux Arts et Le Quotidien de l’Art font le point sur les mesures envisagées par les grandes forces politiques en matière de patrimoine, de création, de budget ou d’audiovisuel. Une enquête à suivre en quatre volets.
Le RN investit la culture tant qu’elle répond à sa vision idéologique d’uniformité, tout en justifiant ses prises de position par la lutte pour le « pluralisme et l’impartialité », ainsi que le défend Sophie Blanc face à l’audiovisuel public.
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Le RN investit la culture tant qu’elle répond à sa vision idéologique d’uniformité, tout en justifiant ses prises de position par la lutte pour le « pluralisme et l’impartialité », ainsi que le défend Sophie Blanc face à l’audiovisuel public.

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© Fanny Monnier pour le Quotidien de l'Art

Peu mise en avant dans son programme du Rassemblement national et bien que nos sollicitations soient restées sans réponse, la culture n’en est pas moins essentielle dans le parti présidé par Jordan Bardella. Nettoyée de toute prise de position frontale – à l’exception notable du projet de privatisation de l’audiovisuel public –, leur politique culturelle instille une vision au service de son idéologie, identitaire et uniforme, marquée par un respect des acquis. Ainsi, lors de la XVIe législature à l’Assemblée nationale, les deux lois sur les restitutions des biens culturels, tant issus de spoliations nazies que concernant des restes humains, ont ainsi reçu les faveurs du RN.

Mais alors que le pass Culture, mesure phare d’Emmanuel Macron, est défendu, Jean-Philippe Tanguy, député RN sortant (l’un des rares avec son confrère Julien Odoul à s’illustrer dans le parti sur la question culturelle), fustige l’accès qu’il donne aux mangas et propose d’en réduire la portée en le « réservant aux places de spectacles, aux musées non nationaux ou aux achats dans des librairies indépendantes ».

Un rétrécissement culturel

La volonté de mise au pas de toute voix dérangeante, ADN même de la création artistique, est omniprésente.

Traditionnellement peu tourné vers la création artistique, le RN a toutefois fermement dénoncé « la crise majeure que connaissent actuellement les maisons d’opéra », et la fermeture de l’École supérieure d’art et de design (ESAD) de Valenciennes en en faisant le porte-étendard d’une mobilisation pour « participer activement à la sauvegarde du patrimoine éducatif artistique de la France », selon les mots de la député Sophie Blanc.

Le patrimoine, cette « expression, parfaite, de la civilisation française », selon Marine Le Pen, se taille donc la part du lion, avec un livret programmatique dédié. Malgré une demande contradictoire d’assouplir la législation de protection des monuments, notamment concernant l’obligation de consultation de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) en cas de travaux sur des bâtiments situés autour d’un site classé, les propositions pleuvent : allègement de la fiscalité des propriétaires privés, augmentation des crédits, extension du statut d’ « entreprise solidaire d’utilité sociale » à la sauvegarde du patrimoine, bataille franche contre les éoliennes… Le patrimoine religieux (comprendre catholique) occupe le devant de la scène. En témoigne la commande de vitraux, jugés « scandaleux », de Notre-Dame de Paris.

Interdire l’accès des « binationaux » aux « postes stratégiques »

Jean Philippe Tanguy lors d’une conférence de presse du Rassemblement National
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Jean Philippe Tanguy lors d’une conférence de presse du Rassemblement National, 2022

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© Isabelle Harsin / Sipa

Dans cette vision identitaire, le programme « La Relève » porté par l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak fut attaqué avec virulence, tout comme la publicité du musée national de l’Histoire de l’immigration qui présentait Louis XIV comme étant un étranger « au motif que sa mère était espagnole et sa grand-mère autrichienne, ce qui ne ferait pas de lui un Français ! ». Le projet d’interdire l’accès des « binationaux » aux « postes stratégiques » pourrait toucher le monde de la culture : l’actuelle ministre de la Culture Rachida Dati est franco-marocaine, l’ancien président de la Rmn-Grand Palais, Chris Dercon, belge, tandis que le musée national d’Art moderne a été autrefois dirigé par un Suédois, Pontus Hultén, et un Allemand, Werner Spies. La loi anti-immigration que porte le parti pourrait bien aussi remettre en question la présence de certains artistes en France ainsi que les nombreux liens culturels tissés à l’international.

Par un jeu rhétorique assumé, le RN investit la culture tant qu’elle répond à sa vision idéologique d’uniformité, tout en justifiant ses prises de position par la lutte pour le « pluralisme et l’impartialité », ainsi que le défend Sophie Blanc face à l’audiovisuel public. La volonté de mise au pas de toute voix dérangeante, ADN même de la création artistique, est omniprésente. Alors que les charges des députés RN contre la presse sont légion (Libération, France 24, France Info Junior, AFP…), Marie-France Lorho, députée sortante du Vaucluse, s’est élevée contre la décision du Conseil d’État d’enjoindre l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) de « prendre en compte la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants aux programmes diffusés ». Arguments avancés : cette décision « paraît inapplicable » et semble « menacer la liberté d’expression ».

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