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Dans les années 1860, la photographie n’est pas encore considérée comme un art. Mais cette technique nouvelle fait fureur auprès des personnalités qui se bousculent pour se faire tirer le portrait en studio. Sauf George Sand qui, complexée par son physique, fuit les séances de pose… Accablée par son « horrible portrait » pris par Richebourg, l’écrivain appelle à la rescousse le célèbre Nadar (1820–1910) qui obtient ce cliché plein de prestance et de mélancolie romantique, très moderne par son cadrage et sa sobriété !
Conservée au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, cette photographie n’est pas exposée actuellement.
Nadar, Portrait de George Sand, 1864
Strasbourg, musée d’art moderne et contemporain • © Musées de la ville de Strasbourg, M. Bertola
Musée d'Art moderne et contemporain - Strasbourg
Place Hans-Jean-Arp • 67000 Strasbourg
www.musees.strasbourg.eu
Le musée Arthur Rimbaud possède la photographie la plus mythique du célèbre poète. Principal portraitiste de l’époque avec Nadar, Étienne Carjat (1828–1906) immortalise à seulement 17 ans l’adolescent de Charleville fraîchement débarqué à Paris, où il vient de faire sensation avec son Bateau ivre… et d’entamer sa liaison explosive avec Verlaine. Cheveux en bataille, visage grave, regard perdu au loin : grâce à un éclairage habile qui lui donne la douceur mystique d’un dessin à l’estompe, le cliché sublime le caractère ombrageux de ce poète maudit au visage d’ange, icône de rébellion et de non-conformisme.
Joyau des collections du musée Arthur Rimbaud, cette photographie est visible cet été dans l’exposition « Portraits d’écrivains, de Voltaire à Rimbaud ».
Etienne Carjat, Rimbaud à 17 ans, 1871, tirage de 1915
Coll. Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières • © Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières
Portraits d'écrivains, de Voltaire à Rimbaud
Du 19 mai 2021 au 5 septembre 2021
Musée Rimbaud • Quai Arthur Rimbaud • 08000 Charleville-Mézières
musee-arthurrimbaud.fr
Artiste, lesbienne, résistante… Claude Cahun est une pionnière aux multiples facettes. Au fil de ses nombreux autoportraits pris à partir de 1915, elle se rase la tête, se maquille, se déguise, se change en homme en jouant de son androgynie. Une vaste exploration de son identité à travers laquelle elle exprime sa liberté, 50 ans avant le travail de Cindy Sherman ! En gros plan, les cheveux peignés en arrière et un léger sourire aux lèvres, la voilà affublée de lunettes d’aviateur opaques – signe que le voyage est intérieur…
Conservée au musée d’Arts de Nantes, cette photographie n’est pas exposée actuellement.
Claude Cahun, Autoportrait, vers 1927
Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent mat • 23,7 × 17,9 cm • Coll. musée d’Arts, Nantes • © Photo RMN-Grand Palais / Gérard Blot
Musée d'Arts de Nantes
10 Rue Georges Clemenceau • 44000 Nantes
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr
Suspendue à un crochet, une tête de Vénus grecque maquillée avec du rouge à lèvres semble flotter dans les airs. Évoquant l’ourlé d’une colonne ionique, une spirale s’élève – en réalité l’extrémité d’un manche de violoncelle. Combinaison incongrue d’éléments inspirée du tableau Chant d’amour (1914) de Giorgio de Chirico, cette élégante nature morte de Man Ray (1890–1976) est un manifeste de surréalisme. Par sa blancheur et sa netteté sculpturale, une poire ovoïde posée sur un socle cylindrique concurrence la figure antique… D’où le titre : En pleine occultation de Vénus. La victoire d’une nouvelle forme d’art !
Man Ray, En pleine occultation de Vénus, 1934
© Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2021 – Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI
Dans cette composition cubiste proche de l’abstraction, une femme de dos en tenue d’Ève s’est muée en amphore ! C’est suite à sa collaboration avec Picasso que Brassaï (1899–1984) décide, en 1934, d’expérimenter la gravure sur plaques photographiques. En travaillant sur des nus féminins pris entre 1931 et 1935, l’artiste d’origine hongroise crée les Transmutations : 20 œuvres hybrides, graphiques et surprenantes, où le dessin transforme les corps en tableaux surréalistes. Preuve que la photographie peut, entre des mains créatives, servir non pas à enregistrer le réel, mais à façonner des mondes inédits !
Cette photographie est conservée au musée Réattu, qui propose des accrochages renouvelés de sa collection permanente, ainsi que deux expositions cet été, dont une consacrée à Dorothea Lange.
Brassaï, Femme-amphore, 1967
Portfolio Transmutations • Coll. Musée Réattu, Arles • © Estate Brassaï / RMN-Grand Palais / Photo Musée Réattu, Arles
Dorothea Lange - Les raisins de la colère
Du 12 juin 2021 au 3 octobre 2021
Musée Réattu • 10 rue du Grand Prieuré • 13200 Arles
www.museereattu.arles.fr
Graziano Arici - Now is the Winter of our Discontent
Du 12 juin 2021 au 3 octobre 2021
Musée Réattu • 10 rue du Grand Prieuré • 13200 Arles
www.museereattu.arles.fr
Musée Réattu
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 18 h
10 rue du Grand Prieuré • 13200 Arles
www.museereattu.arles.fr
Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Mick Jagger… Photographe culte de l’âge d’or yéyé et rock’n’roll, Jean-Marie Périer (né en 1940) a immortalisé en couleurs les plus grandes stars des années 1960 et 1970. Installé dans une bastide du XIVe siècle, son musée aveyronnais expose, gratuitement et de façon permanente, 190 de ces tirages ingénieux et vitaminés. Entre autres images phares brille ce malicieux portrait des Beatles improvisé en 1963 chez leur manager londonien Brian Epstein – à 23 ans, Périer rencontre alors pour la toute première fois le mythique quatuor de rock britannique, qui vient d’entamer sa carrière – passant la tête en rang d’oignons derrière une porte rouge !
Jean-Marie Périer, Les Beatles, mars 1964
© Jean-Marie Périer/Photo12
Maison de la photographie Jean-Marie Périer de Villeneuve d'Aveyron
Place des Conques • 12260 Villeneuve
www.maisonphotovilleneuve.com
C’est l’un des clichés les plus iconiques de Josef Koudelka (né en 1938), dont les brillantes compositions prises dans toute l’Europe se savourent comme des énigmes. En 1968, le futur photographe de l’agence Magnum est en train de couvrir l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie, son pays natal (ce qui lui vaudra le prix Robert Capa), lorsque survient cette vision irréelle : juché sur un vélo, un ange au visage sale et triste dépasse une charrette tirée par deux chevaux, qu’il semble mener grâce à la magie du cadrage ! Déguisé pour le carnaval d’Olomouc (Moravie), ce petit garçon aux ailes blanches devient le symbole d’un pays martyr qui, malgré ses misères, aimerait continuer à rêver…
Josef Koudelka, CZECHOSLOVAKIA. 1968. Moravie. Olomouc. Carnival, 1968
© Josef Koudelka / Magnum Photos
FRAC Nord-Pas-de-Calais - Dunkerque
503 Avenue des Bancs de Flandres • 59140 Dunkerque
www.fracgrandlarge-hdf.fr
Impeccablement nettes et frontales, ces douze photographies assemblées en mosaïque représentent chacune un chevalement minier de Belgique ou du Nord-Pas-de-Calais : des tours métalliques destinées à remonter le charbon, qui ainsi présentées évoquent d’étranges sculptures. À partir de 1959, le couple de photographes allemands Bernd et Hilla Becher (1931–2007 et 1934–2015) s’est fait une spécialité de cet enregistrement systématique de bâtiments industriels en voie de disparition. Hérité de la Nouvelle Objectivité, leur travail documentaire se mue en talentueuses installations d’art minimal !
Conservée au Frac Grand Large Hauts-de-France, cette œuvre n’est pas exposée actuellement.
Bernd et Hilla Becher, 12 Winding Towers, 1971–1979
12 photographies noir et blanc • 125 × 155 cm • Collection Frac Grand Large — Hauts-de-France • © Bernd et Hilla Becher. Collection Frac Grand Large — Hauts-de-France
FRAC Nord-Pas-de-Calais - Dunkerque
503 Avenue des Bancs de Flandres • 59140 Dunkerque
www.fracgrandlarge-hdf.fr
Le couple d’artistes français Pierre et Gilles (nés en 1950 et 1953) s’est fait connaître avec ses portraits kitsch d’anonymes ou de célébrités, mis en scène tels des icônes dans des décors artificiels aux couleurs vives. Un mélange savoureux d’iconographie religieuse et mythologique, de pop art et de culture gay, avec son cortège de beautés idéales sur papier glacé. Posant pour une affiche commandée par l’association Arcat-Sida, cet ange blessé aux traits purs, affublé d’une robe de martyr tachée de sang et d’une mouche libertine, appelle à l’amour, la compassion et la solidarité à l’égard des victimes du Sida. Une belle réponse à la violence et à l’ostracisme.
Conservée au Frac des Pays de la Loire, cette photographie n’est pas exposée actuellement.
Pierre & Gilles, L’ange blessé, 1989
Collection du Frac des Pays de la Loire • © Pierre et Gilles / Crédit photographique : RENOUX Bernard.
Nids géants, constellations de feuilles, spirales de galets… Pionnier européen du Land art connu pour ses installations éphémères et poétiques réalisées en pleine nature, l’artiste allemand Nils-Udo (né en 1937) a marqué les esprits avec cette fissure de lave pétrifiée qui serpente vers l’horizon, saisie en 1990 sur l’île volcanique de La Réunion. La faille a été délicatement bordée de pétales de fleurs dites « langues de feu », dont le rouge flamboyant évoque celui de la lave en fusion. Une merveilleuse ligne de vie, symbole de renaissance après la destruction… Aussi puissant qu’un tableau abstrait !
Conservée au Frac La Réunion (Piton Saint-Leu), cette photographie n’est pas exposée actuellement.
Nils Udo, Fissure dans la lave, langue de feu, 1990
Réalisé à l’Ile de la Réunion
tirage couleur • 100×100 cm • Frac Réunion • © Nils Udo
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