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A priori, être attaché ne facilite pas le mouvement et n’est pas le point de départ que l’on imaginerait pour un spectacle de danse. Les chorégraphes Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours, de la compagnie Sine Qua Non Art, ont pourtant fait appel au maître shibari (de l’art du ligotage en japonais) Fabio di Motta pour initier la création de Nos désir font désordre. Cherchant à montrer comment les liens, au propre comme au figuré, influent sur nos mouvements, ils déploient en plusieurs tableaux une danse de l’interconnexion où le désir devient politique. Un manifeste qui amène à voir dans toute relation ce qui nous attache et ce qui nous meut.
Nos désirs font désordres
© Xavier Leoty
Nos désirs font désordres
Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours
La transformation de Daphné en laurier est un sujet qui a inspiré les plus grands artistes, Bernin en tête. C’est dans les Métamorphoses d’Ovide (8 après J.-C.) que l’on retrouve ce mythe où la nymphe cherche à tout prix à échapper au harcèlement d’Apollon. Like Flesh en fait une lecture féministe et écologique qui retourne radicalement le récit. Dans cet opéra contemporain mis en scène par Silvia Costa, où « l’éveil de la nature ne peut être qu’un évènement intime », la transformation, le « devenir arbre » devient le moyen de renouer avec un environnement en crise.
Répétitions du spectacle “Like Flesh”
© Simon Gosselin
Like Flesh
Sivan Eldar et Silvia Costa
Combien de personnes s’agitent dans la personne de Jean-François Spricigo ? Artiste pluridisciplinaire, photographe reconnu pour son art du trouble et du flou, ce dernier propose de faire du théâtre le lieu de l’analyse psychanalytique. Alors qu’il cherche à répondre à la question « Qui suis-je ? », à une époque où les débats se figent autour de la notion d’identité, Si l’orage nous entend rappelle qu’une personnalité n’est jamais monolithique. En s’appuyant sur les textes de Henry David Thoreau ainsi que sur les voix d’autres personnalités comme le chanteur Philippe Jaroussky, Jean-François Spricigo célèbre nos contradictions, nos pluralités. Et affirme l’importance du geste créatif.
Si l’orage nous entend
© Jean-François Spricigo
Si l’orage nous entend
Jean-François Spricigo
Le peintre Chen Jiang Hong avait déjà relaté son enfance sous Mao sous la forme d’un album jeunesse. Mais dans Le Petit Garde Rouge, le livre s’anime et ses souvenirs de la Révolution Culturelle prennent vie sur scène. Accompagné par François Orsoni à la mise en scène, l’artiste dessine en direct et en musique la petite comme la grande histoire pour une immersion totale et touchante. Avec ses pinceaux, il relate sobrement la manière dont l’apprentissage de l’art fut un viatique lors de cette période difficile et rend palpable une réflexion personnelle sur la place de la beauté dans nos vies. Lumineux !
Le Petit Garde Rouge
© Alte Studio : photo de répétitions au Spaziu culturale Natale Rochiccioli – Cargèse
Le Petit Garde Rouge
François Orsoni et Chen Jiang Hong
Qu’a-t-on dit de Valerie Solanas quand on rappelle qu’elle fut celle qui tira sur Andy Warhol ? Qu’a-t-on dit de ces opinions et aspirations, une fois que l’on a évoqué son Scum Manifesto ? En partant des écrits de la romancière Sara Stridsberg, Christophe Rauck fait le portrait de cette féministe radicale à travers ses aspirations et ses combats, ses rêves et ses coups de gueule. Dans une mise en scène qui joue de la vidéo et de la démultiplication de l’image, on accompagne une artiste jusque dans la folie. Incarnée par Cécile Garcia-Fogel, Valerie Solanas reprend corps et, en véritable fantôme de l’histoire de l’art, nous propose un regard en marge sur les années 1960.
La Faculté des rêves
Photo Jean Louis Fernandez
La Faculté des rêves
Sara Stridsberg et Christophe Rauck
Affiche de « Portrait Avedon-Baldwin : entretiens imaginaires »
© Théâtre du Rond-Point
On connaît de Richard Avedon ses photographies de mode et de célébrités. Moins l’homme d’engagement qu’il était. On connaît de James Baldwin ses textes, romans et essais, qui ont accompagné la lutte pour les droits civiques des Noirs américains. Quel point commun entre les deux ? Des années après s’être rencontrés au lycée, c’est un livre polémique, Nothing Personal (récemment réédité chez Taschen) qui les réunit en 1964 pour offrir une vision brute et sans concession des États-Unis, où se croisent malades mentaux, hommes politiques et poètes underground. À travers ce portrait croisé Avedon-Baldwin, Élise Vigier reconstitue le fil de leurs échanges et révèle un pays en crise, crispé sur son identité.
Portrait Avedon-Baldwin : entretiens imaginaires
Kevin Keiss et Élise Vigier
Elles ont marqué des générations d’écoliers. Les fables n’ont pourtant pas attendu La Fontaine pour nous donner des leçons de morale : on retrouve déjà leurs trames dans les cultures gréco-latines et perses. Si l’usage des vers en a certes fait un patrimoine français, l’autrice Chloé Delaume, la musicienne Aurélie Sfez et l’artiste Katia Kameli proposent un retour aux sources orientales des fables. Clamées par la comédienne Clara Chabalier, les différentes versions de ces récits nous déplacent d’une culture à une autre, et redonnent vie (et humour) à ces classiques adressés aussi bien aux enfants qu’aux adultes.
Tournage du spectacle filmé « Stream of Stories – On nous l’a dit et on l’a cru… »
Stream of stories © DR – Tournage film du spectacle
Stream of Stories - On nous l’a dit et on l’a cru
Katia Kameli et Clara Chabalier
Au paradis, nous disent les traducteurs, les musulmans seront accueillis par 72 vierges. Mais le terme houris renvoie davantage à des êtres célestes qu’à des femmes… L’artiste Mehdi-Georges Lahlou joue de cet écart linguistique pour réinvestir des références culturelles, religieuses et morales. Avec drôlerie et intelligence, il se sert de l’au-delà pour questionner nos propres visions d’un monde idéal et par conséquent celle de notre société actuelle. Ses quatres interprètes manient sur scène le détournement des clichés pour bousculer nos a priori. Par le chant, la voix autant que le geste, elles offrent un air de paradis autant qu’un appel à profiter de la vie.
72 Vierges
© Arnaud Bertereau
72 vierges
Mehdi-Georges Lahlou
Le 13 avril
Centre Wallonie-Bruxelles
127-129 Rue Saint-Martin,
75004 Paris
Et du 2 au 4 juin
20 Av. Marc Sangnier,
75014 Paris
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