Inès Longevial, Visage Théâtre, 2025
© Inès Longevial / Almine Rech
C’est un petit livre en velours rouge, dont la couverture est aussi veloutée qu’une peau de pêche. À la surface, on ne lit ni titre, ni nom. Seuls se devinent les traits d’un visage – deux yeux, un nez, une bouche et une minuscule goutte venant s’échouer à la commissure des lèvres.
Cette figure impassible est celle d’Inès Longevial, qui signe là son premier recueil de poésie intitulé Visage Théâtre, publié à l’occasion de son exposition présentée jusqu’au 1er août à la galerie Almine Rech à New York. Ce n’est pas la première fois que des œuvres de l’artiste dialoguent avec les mots. En 2023, elle illustrait Après l’amour, de la jeune romancière Line Papin. « L’écriture s’est imposée à moi il y a deux ans, comme la pratique du dessin lorsque j’étais plus jeune » nous explique la peintre, qui a d’abord connu un succès fulgurant sur Instagram avant de rejoindre le sérail plus conventionnel du marché de l’art.
De fait, l’ouvrage rassemble une vingtaine de courts poèmes en dialogue avec des œuvres sur papier au feutre, à l’encre, mais aussi des monotypes qui jusqu’ici sommeillaient dans le secret de son atelier parisien et qu’il a fallu sélectionner parmi une production prolifique. « J’avais énormément de matière » note celle qui dessine chaque jour en confessant une certaine peur de l’ennui.
Inès Longevial, Visage Théâtre, 2025
© Inès Longevial / Almine Rech
Au fil des pages, Inès Longevial dévoile un travail profondément intime, où son visage se prête toutes sortes de projections mentales colorées aux accents surréalistes, peuplées d’animaux (papillons, serpents, louves ou girafes) et de femmes-maisons que n’aurait sans doute pas reniées Louise Bourgeois.
« J’ai voulu faire entrer le monde sur mon visage en me laissant aller à imaginer des figures spirituelles et protectrices, dans lesquelles je cache des symboles » raconte l’artiste avant d’ajouter « choisir le visage, c’est choisir la paix. En les regardant, on éprouve une forme de bienveillance. On y projette nos fantasmes, nos illusions, et on s’ouvre finalement à quelque chose de politique. »
Inès Longevial, Visage Théâtre, 2025
© Inès Longevial / Almine Rech
Peintre de l’intériorité autant que du corps, Inès Longevial revendique la liberté dans tout, et surtout dans l’imaginaire, territoire qu’elle explore aussi en dévorant la poésie d’Etel Adnan, découverte sur les conseils d’Yves Michaud, qui lui avait consacré un lumineux essai paru en 2023 (Etel Adnan. Les anges, le brouillard, le palais de la nuit, chez Gallimard), mais aussi Colette, dont elle affirme avoir tout lu. De l’auteure du Blé en herbe, elle a hérité de ce goût pour la sensualité qu’elle exprime aussi bien sur la toile que sur le papier, en couleurs et désormais en vers : « Tous les nuages pour une nouvelle page / Ses mots écrits à l’encre pluie d’orage ».
Inès Longevial. Visage Théâtre
Inès Longevial. Skin of a Storm
Du 26 juin 2025 au 1 août 2025
Galerie Almine Rech • 64, rue de Turenne • 75003 Paris
www.alminerech.com
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