Tout commence à la fin du XVIIIe siècle, avec les galeries de bois du Palais-Royal, véritables bazars couverts mêlant commerce et spectacle. Le passage des Panoramas, inauguré en 1808, incarne la galerie moderne : éclairage au gaz, boutiques luxueuses et cafés animés offrent un refuge élégant aux citadins. Rapidement, dès les années 1820, de Paris aux capitales européennes, les passages deviennent le symbole du raffinement urbain et de l’essor du capitalisme marchand.
De nombreux écrivains du XIXe siècle ont capturé cette effervescence dans leurs ouvrages. Dans Nana (1880), Émile Zola évoque l’obsession de son héroïne pour « le clinquant » du passage des Panoramas. Louis Aragon quant à lui célèbre le passage de l’Opéra – aujourd’hui disparu – dans Le Paysan de Paris (1926), tandis que Walter Benjamin, dans Paris, capitale du XIXe siècle (publié à titre posthume en 1982), en fait le miroir fascinant de la ville moderne…
La galerie Vivienne avec la Librairie Ancienne de François Jousseaume
© René Mattes / hémis
Nichée entre la bibliothèque Richelieu et le Palais-Royal, la galerie Vivienne est l’un des passages couverts les plus emblématiques de Paris. Construite en 1823 par François-Jacques Delannoy, elle devait être la plus belle et la plus attractive de la capitale. Pilastres, arcs et corniches portent les symboles de la réussite, de la richesse et du commerce, tandis que la mosaïque du sol signée Giandomenico Facchina dialogue avec la verrière qui inonde la galerie de lumière. Son succès fut tel qu’en 1827, on construisit à quelques mètres la galerie Colbert pour lui faire concurrence ; un voisin prestigieux qui accueille aujourd’hui l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), mais qui n’a jamais éclipsé l’aura de son modèle. Classée monument historique depuis 1974, elle abrite librairies anciennes, boutiques de mode, salons de thé et restaurants, et continue de faire rayonner l’art de vivre à la parisienne.
Galerie Vivienne
4 rue des Petits‑Champs, 5‑7 rue de la Banque, 6 rue Vivienne 75002, Paris
Plus d’informations sur le site de la galerie Vivienne
La Galleria Vittorio Emanuele II
© Jon Arnold Images
Elle est surnommée le « salon de Milan » ! La Galleria Vittorio-Emanuele II incarne l’élégance architecturale et commerçante de la capitale lombarde. Conçue par Giuseppe Mengoni et inaugurée en 1878, elle relie la Piazza del Duomo au théâtre de la Scala. Son plan en croix, coiffé d’une verrière monumentale et d’un dôme de 47 mètres de haut, impressionne autant que ses mosaïques figurant les quatre continents. Boutiques de luxe, librairies historiques, cafés mythiques et restaurants raffinés animent ce décor fastueux. Au centre, la mosaïque du taureau attire chaque jour les visiteurs, qui perpétuent la coutume de tourner trois fois sur eux-mêmes, talon droit posé sur l’animal, pour s’assurer bonheur et prospérité. Restaurée après les bombardements de 1943, la galerie reste aujourd’hui l’un des passages couverts les plus majestueux d’Europe.
Galleria Vittorio-Emanuele II
20123 Milan, Italie
Les galeries royales Saint-Hubert, galeries marchandes depuis le XIXsup>e siècle
© Jon Arnold Images / hémis
En plein cœur de Bruxelles, les galeries royales Saint-Hubert, classées monuments historiques, sont une démonstration éclatante de ce que pouvait être le luxe urbain au XIXe siècle. Inaugurées en 1847 par Léopold Ier, elles furent conçues par Jean-Pierre Cluysenaar comme un véritable manifeste architectural pour la jeune Belgique indépendante. Trois passages se déploient sous une verrière de 200 mètres de long, où se mêlent commerces de prestige, théâtres et cafés. Lieu de rendez-vous mondain, elles séduisirent autant la bourgeoisie locale que des exilés illustres, de Victor Hugo à Alexandre Dumas. Ici, la modernité s’est d’emblée conjuguée à la culture : la première projection des frères Lumière en Belgique eut lieu dans ces murs en 1896.
Galeries Royales Saint-Hubert
Galerie du Roi 5, 1000 Bruxelles, Belgique
Plus d’informations sur le site des galeries royales Saint-Hubert
Le passage Pommeraye, galerie commerçante nantaise créée en 1843
© travellinglight / Alamy / Hemis
Immortalisé par Jacques Demy dans Lola (1961) et Une chambre en ville (1982), le passage Pommeraye se déploie comme un décor de cinéma somptueux… Édifié en 1843 sur un terrain en forte pente, il doit sa singularité à son monumental escalier central, imaginé pour rattraper un dénivelé de dix mètres entre la place du Commerce et la place Graslin. Conçu par le notaire Louis Pommeraye, qui voulait transformer ce quartier populaire, le passage associait dès l’origine commerces élégants et logements bourgeois. Ses verrières lumineuses, ses décors sculptés peuplés d’allégories et de figures mythologiques témoignent du raffinement de l’époque. Sauvé de la destruction au XXe siècle et classé monument historique en 1976, il a fait l’objet d’une restauration complète en 2015. Un indéniable joyau architectural nantais !
Passage Pommeraye
20 passage Pommeraye, 44000 Nantes
Plus d’informations sur le site du Voyage à Nantes
Pasaje Gutiérrez, une galerie historique avec le toit en verre et architecture élégante dans le centre-ville
© Borja Laria / Alamy / Hemis
C’est l’un des très rares passages couverts conservés en Espagne, aux côtés du passage de Lodares à Albacete et du passage del Ciclón à Saragosse. Inauguré en 1886, il fut commandité par le commerçant Eusebio Gutiérrez et réalisé par l’architecte Jerónimo Ortiz de Urbina, dans la lignée des galeries parisiennes, bruxelloises et italiennes. Sa rotonde centrale, coiffée d’une coupole en verre, abrite fresques allégoriques, statues des quatre saisons et une figure de Mercure, dieu du commerce dans la mythologie romaine. Malgré un rapide déclin au début du XXe siècle, le Pasaje Gutiérrez fut restauré dans les années 1980, et classé « bien d’intérêt culturel » en 1998. Avec ses murs aux teintes jaune poussin et vert pomme, il détonne dans le paysage architectural des passages couverts européens.
Pasaje Gutiérrez
Pasaje de Gutierrez, 6, 47002 Valladolid, Espagne
L’Argyll Arcade, une galerie marchande victorienne sur Buchanan Street
© Nick Scott / Alamy / Hemis
Perle victorienne de Glasgow, l’Argyll Arcade séduit par son élégance. Inaugurée en 1827, elle est l’une des plus anciennes galeries couvertes d’Europe et, surtout, le premier centre commercial couvert d’Écosse. Conçue par l’architecte John Baird, la galerie en forme de « L » est baignée de lumière grâce à une sublime verrière, tandis que la structure en fonte révèle l’inventivité architecturale de l’époque. Classé monument historique national en 1970, ce passage abrite plus de trente bijoutiers et diamantaires, formant aujourd’hui encore la plus grande concentration de joailleries en Écosse. Une étape incontournable pour découvrir Glasgow sous son visage le plus raffiné !
Argyll Arcade
30 Buchanan St, Glasgow G2 8BA, Royaume-Uni
Plus d’informations sur le site d’Argyll Arcade
Le passage Lemonnier est un passage couvert du centre-ville de Liège, construit entre 1836 et 1838
© Guido Schiefer / Alamy / Hemis
Il aurait tout aussi bien pu s’appeler « passage Beaulieu » ! En effet, les deux architectes qui l’ont conçu, Louis-Désiré Lemonnier et Henri-Victor Beaulieu, ont tiré au sort pour choisir son nom. Inauguré à Liège huit ans avant les célèbres galeries royales Saint-Hubert de Bruxelles, il est aujourd’hui reconnu comme le plus ancien passage couvert de Belgique. Il se distingue par sa rotonde centrale classée au patrimoine wallon depuis 1988. À l’origine, le passage mêlait commerces, habitations et ateliers, attirant vite commerçants, étrangers et artistes. Alliant élégance néo-classique et touches Art déco, il préserve intacte son atmosphère si singulière. De plus, avec son enseigne XXL, impossible de passer à côté de ce lieu emblématique du centre-ville.
Passage Lemonnier
Passage Lemonnier 1, 4000 Liège, Belgique
Plus d’informations sur le site du passage Lemonnier
Le passage Freyung, galerie marchande très élégante reliant la Herrengasse à la place Freyung
© Jon Arnold Images / hemis
Le passage Freyung – aussi appelé passage Ferstel – est un petit bijou viennois. Construit entre 1856 et 1860 par Heinrich von Ferstel, il relie la Herrengasse à la place Freyung. Sa verrière baigne les arches élégantes de lumière et sa cour intérieure abrite la fontaine des Ondines, œuvre d’Anton Dominik Fernkorn. Au rez-de-chaussée, le célèbre café Central a longtemps été un lieu de rencontres littéraires et intellectuelles. Traverser ce passage, c’est plonger dans le raffinement du XIXe siècle et sentir encore aujourd’hui l’animation sociale et culturelle de la Vienne impériale.
Ferstel Passage
Strauchgasse 4, 1010 Vienne, Autriche
Burlington Arcade, galerie marchande couverte emblématique, construite il y a plus de 200 ans
© John Kellerman / Alamy / hemis
Au début du XIXe siècle, le quartier de Mayfair n’était pas exactement un havre de paix : bars bruyants, combats de coqs et clubs de boxe y faisaient rage. Pour offrir à son épouse un lieu sûr où faire ses courses, Lord George Cavendish fit construire en 1819 Burlington Arcade, une galerie marchande couverte à l’abri du chaos urbain. L’architecture, subtile et linéaire, reflète le goût du comte pour la distinction feutrée, tout en guidant les visiteurs dans un parcours ordonné. Aujourd’hui encore, pour préserver cette élégance, les « Beadles », des gardiens en haut-de-forme et redingote, veillent à ce que nul ne chante, ne siffle ou ne court. Une véritable enclave où tradition et discipline font loi !
Burlington Arcade
51 Piccadilly, Londres W1J 0QJ, Royaume-Uni
Plus d’informations sur le site du Burlington Arcade
Entrée par la cave Auerbachs dans la galerie marchande Mädlerpassage
© Novarc Images / hemis
Dans le centre-ville de Leipzig, la Mädlerpassage plonge immédiatement le visiteur dans l’atmosphère du début du XXe siècle. Entre 1912 et 1914, Anton Mädler transforme l’Auerbachs Hof, ancien complexe immobilier, en une galerie couverte conçue par l’architecte Theodor Kösser. Trois bras en « T » convergent vers une rotonde octogonale baignée de lumière, où un carillon en porcelaine de Meissen ponctue l’air de notes délicates. Sous la verrière en acier et en verre, boutiques et restaurants s’alignent tandis que les statues de Faust et Méphistophélès ou encore les fresques baroques évoquent à la fois Goethe et les foires d’antan, créant un décor à la fois vivant et chargé d’histoire.
Mädlerpassage
Grimmaische Strasse 2-4, 04109 Leipzig, Allemagne
Plus d’informations sur le site de la Mädlerpassage
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