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Poétesse et peintre libano-américaine, Etel Adnan (1925–2021) a vécu entre plusieurs cultures et pays (Liban, États-Unis, France). Son œuvre, très diverse, se compose de poèmes, essais, romans, peintures, dessins et gravures. Libérée du carcan religieux et du déterminisme social, engagée dans son époque, féministe, Etel Adnan multiplie les prises de consciences philosophiques et les combats politiques. Passionnée par les voyages, par la beauté du monde, par l’humain, elle délivre un message sensible entre écriture, dessin et poésie, trois puissantes voies d’accès au monde. Son œuvre, longtemps restée confidentielle, est internationalement reconnue depuis sa présentation à la Documenta de Kassel en 2012.
Portrait de l’artiste Etel Adnan, 2014
Courtesy Galerie Lelong & Co. / Photo Fabrice Gibert
« Écrire, c’est dessiner. »
Née à Beyrouth, Etel Adnan évolue dès ses plus jeunes années dans un contexte culturelle complexe. Sa mère, née à Smyrne et de culture chrétienne, avait dû s’exiler au Liban. Très pauvre, elle épouse un homme beaucoup plus âgé qu’elle, un militaire turc, gouverneur de Smyrne. Avec la chute de l’empire ottoman et l’incendie qui ravage Smyrne en 1922, le couple s’installe à Beyrouth et met au monde une petite fille, Etel.
Grandissant entre Bible et Coran, Etel Adnan étudie dans une école française dirigée par des religieuses catholiques et apprend l’anglais. Son père, toutefois, tente de lui inculquer la maîtrise de la langue arabe. En 1949, la jeune femme gagne Paris pour fuir la guerre civile dans son pays d’origine. Elle s’inscrit à la Sorbonne pour y suivre des études de littérature (notamment auprès de Gaston Bachelard) et découvre l’existentialisme de Sartre.
En 1955, Etel Adnan part pour les États-Unis et développe une passion pour la langue et la littérature américaine. Elle obtient une maîtrise de poésie à Harvard. Enseignant la philosophie de l’art au nord de San Francisco, elle publie des poèmes en anglais, mais est profondément polyglotte. Militante, la poétesse a mené différentes formes de lutte. Marquée par la guerre d’Algérie, elle renonce à écrire en langue française.
Dans les années 1970, Etel Adnan retourne au Liban et y mène une carrière journalistique. Elle y rencontre l’artiste et critique d’art Simone Fattal, qu’elle ne quittera plus. En 1978, elle publie un roman, Sitt Marie Rose, sur la guerre civile libanaise, primé et traduit dans une dizaine de langues. Deux ans plus tard, accompagnée de sa fidèle amie, elle fuit le Liban pour s’installer à Paris, puis en Californie et à Erquy, en Bretagne. Mais la passion du Liban et de la culture arabe n’a jamais cessé de l’habiter.
À partir des années 1950, Etel Adnan a développé une pratique graphique et picturale. Calligraphe également, elle considère ses différentes formes d’expression (poésie, dessins, tableaux) comme un tout. Son style est bref, poétique, coloré, inspiré par la nature qui est une source d’émerveillement permanent depuis son enfance.
Le dessin est aussi une manière de se réapproprier la langue arabe, qu’elle ne maîtrise pas aussi bien qu’elle le voudrait. Elle décide donc de la dessiner et réalise ses leporellos, des cahiers se dépliant comme des accordéons, sur lesquels elle écrit et dessine. C’est une révélation. Adnan conçoit donc des livres d’artistes, reproduisant et illustrant (par des équivalences visuelles) des textes de poètes arabes.
Au début des années 2010, le monde de l’art découvre enfin l’étendue de son œuvre plastique. À 80 ans, elle se trouve exposée à travers le monde, du Guggenheim de New York à la fondation Luma à Arles. Auréolée d’une gloire tardive mais fulgurante et internationale, elle meurt en 2021 à Paris, à l’âge de 96 ans.
Etel Adnan, Kalimat II, 2015
Encre, lavis, aquarelle, jus de grenade sur livret • 25 × 12,5 × 444 cm • Courtesy Galerie Lelong & Co. / © The Estate of Etel Adnan
Kalimat II, 2015
Un leporello est un petit livre plié en accordéon, d’abord prisé par les dessinateurs japonais puis occidentaux. Etel Adnan adopte ce format entre écrit et dessin au cours des années 1950, à la suite de sa rencontre avec le dessinateur Rick Barton à San Francisco. Poèmes accompagnés d’images, mais aussi suite de signes dessinés à l’encre de Chine et à l’aquarelle, ces livres d’artistes occupent une place de premier choix dans la production de l’artiste libanaise.
Etel Adnan, Montagne Sainte-Victoire 1, 1990
Crayon et aquarelle sur papier • 23,5 × 32 cm • Courtesy Galerie Lelong & Co. / © The Estate of Etel Adnan
Montagne Sainte-Victoire 1, 1990
Pleines de fraîcheur, sans être naïves, les œuvres d’Etel Adnan sont vives, minimalistes, spontanées. En quelques traits, l’artiste arrive à saisir la vérité et la beauté d’un paysage. Celui-ci évoque bien sûr la montagne chère à Paul Cézanne. L’artiste travaille surtout à partir d’une idée plutôt que d’un motif strict. Elle donne libre cours à sa pensé et son imagination, s’ouvrant à toutes les possibilités d’exprimer sa sensibilité.
Etel Adnan, Clairière, 2019
Tapisserie, basse lisse 100 % laine • 158 × 199 cm • Courtesy Galerie Lelong & Co. / © The Estate of Etel Adnan
Clairière, 2019–2020
Les œuvres dessinées, peintes ou tissées d’Etel Adnan sont des paysages inspirés par ses voyages, par son amour de la nature et par le thème de la liberté. Elles comportent très souvent des éléments abstraits, unis à des aspects plus figuratifs ou traditionnels. Ses tapisseries de basse lisse ont été réalisées par l’atelier Pinton, près d’Aubusson.
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