Façace du Hangar Y avec l’œuvre permanente de Lee Bul
© Adeline Bommart pour Beaux Arts Magazine
Lee Bul, Willing to Be Vulnerable Metalized Balloon, 2022
© Adeline Bommart pour Beaux Arts Magazine
« Bonne expérience ! » Le mot nous est lancé dès l’entrée du site par un médiateur tout sourire, inspiré par l’hybridité du Hangar Y. De fait, le lieu est à plus d’un titre atypique. Arrivant de Paris, le visiteur entrera d’abord dans la forêt de Meudon avant de voir surgir un immense et superbe hangar patrimonial, hérité de l’Exposition universelle de 1878. Conçu pour habiter durant quelques semaines le Champs-de-Mars, démonté puis remonté à la lisière de la ville, il a successivement accueilli le tout premier vol d’un dirigeable en circuit fermé en 1884, le musée de l’Air et de l’Espace de 1921 à 1973 (avant que celui-ci ne déménage au Bourget), Marc Chagall y travaillant au plafond du Palais Garnier en 1964… Jusqu’au 16 mars 2020, dont les Français se souviennent comme du premier jour du confinement. Ce matin-là, le hangar abîmé est visité par Frédéric Jousset − président du groupe Beaux Arts & Cie et de la fondation Art Explora. Émerveillé par l’immense bâtiment « posé comme par magie » au milieu d’une forêt, il se décide, s’associe à la société Culture & Patrimoine qui en possède la concession et s’empare en une poignée de mains d’un projet culturel démentiel.
Trois ans de travaux, une réhabilitation aux petits oignons signée de l’agence d’architecture Data et 25 millions d’euros de budget plus tard, voici l’homme debout face à la presse, à la veille de l’ouverture au public. Tout est (presque) prêt : l’exposition est montée, les médiateurs présents, la librairie soigneusement préparée à accueillir ses clients (sur les étals, des livres sur l’histoire de l’aviation, sur la nature et sur l’art contemporain, en plus d’ouvrages pour enfants). Le jardin est, quant à lui, encore en travaux, et les tractopelles s’activent. On frissonne de voir leur chorégraphie frôler les œuvres du parc de sculptures (Christian Boltanski, Ugo Rondinone, Wang Keping…), qui sont toutes arrivées et installées… Mais tout semble sous contrôle, et l’équipe nous promet que la touche finale (un jardin vert et fleuri) ne saurait tarder. Il sera rapidement possible de s’y promener, d’y pique-niquer, d’y rêver, assis sur un banc au bord de l’étang de Chalais conçu par Le Nôtre − un vestige du château de Meudon, dont ne reste que le souvenir et une longue percée verte appelée « Grande Perspective ».
Vue de l’installation de Kiluanji Kia Henda, Icarus 13, The First Journey to the Sun
© Adeline Bommart pour Beaux Arts Magazine
Bientôt, en avril, le chef très médiatique Guillaume Sanchez (passé par l’émission Top Chef) officiera au sein du restaurant, dont on imagine déjà le charme de la terrasse posée au bord de l’étang. Durant la visite, l’équipe bavarde et rêve de résidences d’artistes dans les espaces laissés libres, une journaliste suggère l’idée de confier la confection de pédalos à des artistes contemporains… L’heure est aux réjouissances. D’ailleurs, pour cette journée d’inauguration, l’artiste indien Subodh Gupta (né en 1964) est venu investir l’œuvre pérenne qu’il a installée dans le parc (un pavillon reprenant la forme du hangar et réalisé à partir de milliers de casseroles récupérées), pour y servir un repas indien, préparé avec l’aide de jeunes cuisiniers de l’école Ducasse voisine. Un moment inoubliable pour les concernés, et qui dit un peu de l’ambition du lieu. Intitulée Jalsa, cette œuvre-maison sera en effet amenée à fonctionner occasionnellement au profit d’invités privés, le modèle économique du Hangar Y étant en partie pensé pour des activités de séminaires et d’événements − la place ne manque pas pour accueillir des centaines de personnes !
Laurent Le Deunff, Jurassic France, 2023
© Adeline Bommart pour Beaux Arts Magazine
Car si le parc s’ouvre d’ores et déjà tous les jours aux promeneurs, le Hangar ne se visite que durant les week-ends, les jours fériés et les vacances scolaires, par un « public familial, diversifié, qui n’a pas nécessairement l’habitude de fréquenter des centres d’art ou des parcs de sculptures », estime Frédéric Jousset. Un public qui peut tout aussi bien vivre une expérience immersive en réalité mixte d’une quarantaine de minutes, « L’Épopée du Hangar Y », ou découvrir l’exposition du moment (il y en aura deux par an). L’accrochage inaugural a été conçu par Art Explora (fonds de dotation de Frédéric Jousset) et pensé par une commissaire invitée, la célèbre Marie-Laure Bernadac, et se dédie aux imaginaires de l’air, de l’avion et du vol, avec un mélange d’objets, d’archives et d’œuvres anciennes et contemporaines (Léon Spilliaert, Laure Prouvost, Alighiero Boetti, Mircea Cantor…). Un parcours entre un merveilleux très Jules Verne et de sérieuses œuvres politiques, qui sera remplacé en octobre prochain par une réflexion multisensorielle sur le soleil.
Vue de l’intérieur du Hangar Y. Au premier plan, une œuvre de Robert Longo, « Untitled (B-58 Hustler) »
© Adeline Bommart pour Beaux Arts Magazine
En bref, le dosage est bon, et il semble prometteur : on imagine aussi bien les amateurs d’art que les férus d’aviation, les fondus de patrimoine ou les tribus avec enfants en bas âge se presser sous les verrières du Hangar Y, qui a déjà reçu la visite des ministres de la Culture et de l’Économie. Un lieu de vie, de travail, de goût(s), qui joue d’alliances et de rencontres… À rejoindre en vélo ou en bus.
Dans les airs, les machines volantes
Du 22 mars 2023 au 10 septembre 2023
Hangar Y • Avenue de Trivaux • 92360 Meudon
hangar-y.com
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