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Dans la constellation symboliste, le Belge Léon Spilliaert (1881–1946) est le peintre de la nuit, des solitudes et des vertiges. Au bord de l’angoisse, ses œuvres poétiques et sombres sont profondément attachées à l’univers d’Ostende, ville huppée de la côte belge. Ce contemporain des écrivains Maeterlinck et Verhaeren fréquente les milieux littéraires entre Bruxelles et Paris, deux capitales des arts au XIXe siècle. Plus porté sur les arts graphiques que sur la peinture, Spilliaert a parfois été considéré comme un précurseur du surréalisme en raison de son goût pour l’insolite et les atmosphères étranges.
Léon Spilliaert, Portrait de l’artiste par lui-même, dit Autoportrait aux masques, 1903
Crayon graphite, encre noire et encre brune à la plume et au pinceau • 27,4 × 27,2 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre • © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais/Thierry Le Mage (presse).
« Je suis un mauvais interprète des rêves des autres, j’en ai trop moi-même. »
Léon Spilliaert est né à Ostende, sur la côte belge, dans une famille bourgeoise. Son père était parfumeur. Le jeune garçon ne fait qu’un bref passage sur les bancs de l’Académie des Beaux-Arts de Bruges. Il commence à travailler dans le milieu de l’édition par l’entremise de l’éditeur Edmond Deman, en pratiquant l’aquarelle et l’encre – deux techniques qu’il affectionnera toute sa vie. En 1899, il signe sa première toile, en peintre autodidacte au réalisme appliqué.
Son travail dans l’édition en tant qu’illustrateur conduit Spilliaert à fréquenter le milieu littéraire et artistique symboliste. Il découvre les œuvres de Fernand Khnopff, Félicien Rops, James Ensor et Odilon Redon. À partir de 1904, il se rend régulièrement à Paris et expose dans les Salons.
L’œuvre de Spilliaert se révèle assez hétérogène. Influencé par le japonisme tout comme ses contemporains les Nabis, il est aussi proche de l’expressionnisme du Norvégien Edvard Munch et d’un autre Ostendais : James Ensor. Mais sa sensibilité le classe indéniablement au rang des symbolistes. L’artiste, insomniaque et de santé fragile, privilégie des scènes mélancoliques, où s’exprime le sentiment de solitude, d’immensité et de vertige. Les plages et la mer, en particulier, le fascinent. L’oppression et la tristesse qui émanent de ses sujets culminent parfois jusqu’au cauchemar. Spilliaert montre son intérêt pour les thèmes littéraires, en particulier l’œuvre fantastique d’Edgar Allan Poe.
Spilliaert traite avec une attention particulière la lumière, en mêlant clair-obscur et fortes irradiations. L’artiste s’éloigne généralement du réalisme et privilégie les constructions épurées et fuyantes, quitte à flirter avec l’abstraction. Il montre une prédilection pour les scènes nocturnes, traitées à l’encre de Chine et à l’aquarelle, qui font naître des ombres fantomatiques dans des paysages désertés. Sans doute Spilliaert est-il marqué par le climat particulier des Flandres et de la mer du Nord. S’y ajoute l’influence de son goût pour la philosophie nietzschéenne, une certaine forme de pessimisme que ne feront que renforcer les traversées des deux guerres mondiales, qui marquent terriblement le peintre.
À partir de son mariage et de la naissance de sa fille en 1916, Spilliaert commence à produire une œuvre à la palette plus claire et colorée. Il décède en 1946 d’un ulcère à l’estomac.
Léon Spilliaert, Vertige, 1908
Encre de chine et crayons de couleur sur papier • 64 × 48 cm • Coll. Mu.ZEE, Ostende • © Mu.ZEE, Ostende/Photo Steven Decroos.
Vertige, 1908
Cette œuvre iconique, qui a inspiré le cinéaste Alfred Hitchcock, représente une fragile silhouette féminine dévalant des escaliers frappés d’un clair-obscur radical. Fortement expressionniste, cette œuvre est emblématique des vues d’architecture ostendaises que Spilliaert se plaît à déformer pour leur conférer un aspect vertigineux. Ses cadrages sont décalés et ses perspectives étirées à l’infini. La solitude y paraît plus écrasante que jamais.
Léon Spillaert, Autoportrait au miroir, 1908
Encre de Chine, gouache, aquarelle et pastel sur papier • 48 × 63 cm • Coll. Mu.ZEE, Ostende • © Mu.ZEE, Ostende/Photo Steven Decroos.
Autoportrait au miroir, 1908
Spilliaert a multiplié les autoportraits tout au long de sa carrière, dévoilant son goût pour l’introspection. L’artiste, âgé de 27 ans, se représente ici d’une manière peu commune, comme surpris au milieu de la nuit par son reflet dans le miroir. La contre-plongée renforce l’impression d’un face-à-face effroyable, tandis que les objets autour semblent chargés de symboliques funestes. Son visage est pareil à un masque mortuaire, les orbites sont creusées, et la bouche réduite à un trou noir semble produire un cri silencieux qui n’est pas sans rappeler celui, plus célèbre, d’Edvard Munch.
Léon Spillaert, Digue la nuit, 1908
Lavis d’encre et aquarelle sur papier, • 47,8 × 39,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre • © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt (presse).
Digue la nuit, 1908
Cette œuvre sur papier fut réalisée par Spilliaert à Ostende. Elle appartient à une série de paysages. Très représentative du style de l’artiste, elle se caractérise par la création d’une ambiance nocturne, mystérieuse et désolée. Touchant presque à l’abstraction en raison de son épure formelle et sa quasi monochromie, elle témoigne de l’éloignement de Spilliaert du réalisme.
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