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Vue de Leeuwarden
© Theo De Witte
Bien avant les grandes découvertes et l’essor du commerce avec l’Amérique et l’Inde, les marchands frisons incarnent l’esprit d’entreprise qui fera la fortune de la Hollande au XVIIe siècle. Leurs navires sillonnent la Baltique, la mer du Nord et la Manche et, jusqu’au XIIIe siècle, le port de Leeuwarden se trouve au cœur de ce trafic. Victime d’un inexorable ensablement, bientôt encerclée par les terres, la cité se mue alors en une solide place forte qui contrôle la Frise, dont elle devient la capitale au XVIe siècle. De son passé maritime, Leeuwarden a conservé un réseau de canaux qui en fait une destination appréciée des touristes. La ville compte aujourd’hui 96 000 habitants, son économie est tournée vers les services et l’industrie laitière, tandis que son rayonnement culturel s’incarne à travers ses quelque 600 monuments !
En 2013, l’Union européenne désigne Leeuwarden et la Frise comme Capitale européenne de la culture pour l’année 2018. Leur forte identité – le frison est la seconde langue officielle des Pays-Bas – n’empêche pas d’avoir l’esprit large, et leur programme s’est d’ailleurs choisi pour devise « Iepen Mienskip », qui signifie « communauté ouverte ». Parmi les temps forts, le projet « 11 Fontaines » reconstitue le traditionnel tour des onze villes : décrivant une boucle de deux cents kilomètres, cette course en patins à glace traverse canaux, rivières et lacs. Faute de températures suffisamment basses, la dernière édition remonte à l’année 1997.
Chacune des onze villes a fait appel à un artiste d’envergure internationale – Leeuwarden à l’Espagnol Jaume Plensa, Dokkum à la Hollandaise Birthe Leemeijer, Franeker au Français Jean-Michel Othoniel… – pour réaliser des fontaines mêlant esprit et histoire du lieu, suggestion des habitants et création contemporaine. Inspiré par le brouillard du matin, Plensa a ainsi conçu deux têtes d’enfants se regardant, hautes de plusieurs mètres. Elles se situent dans une zone en rénovation, à côté de la gare, l’une et l’autre « rêvant au futur ». Les Géants de la compagnie de théâtre nantaise Royal de Luxe défileront, quant à eux, du 17 au 19 août à Leeuwarden, au cœur d’un récit mêlant événements et figures du passé frison.
Le musée de la Frise, nouveau temple de la culture régionale – façade de verre, hautes colonnes d’acier et de bois – se devait de participer activement à l’événement. À côté de sa dimension ethnographique, il met en avant des personnages locaux, dont certains ont eu un véritable destin européen. C’est le cas du peintre d’histoire Lawrence Alma-Tadema (1836–1912), dont les œuvres étaient très appréciées et qui devint une star internationale à Londres.
Mata Hari
En 1907 : Mata Hari, la fille de Leeuwarden, courtisane et demi-mondaine, est devenue une personnalité européenne. Deux ans plus tôt, elle avait ébloui le public du musée Guimet par ses danses orientales et érotiques…
C’est aussi le cas de Margaretha Geertruida Zelle, née à Leeuwarden en 1876 sur le quai des Kelders, dont le musée retrace le destin tragique. Après la mort de son père – marchand de chapeaux ruiné – et de sa mère, elle quitte sa ville natale pour resurgir magistralement en 1905 à Paris sous un nom bien plus connu, celui de Mata Hari. Devenue la danseuse la plus célèbre de la Belle Époque, courtisane entretenue par de riches hommes d’affaires, elle est prise dans le tourbillon de la Grande Guerre. Accusée d’espionnage à un moment où la justice militaire française a besoin de faire des exemples, quitte à fabriquer des coupables, elle est fusillée à Vincennes en octobre 1917. Autre gloire du cru, le dessinateur et graveur Maurits Cornelis Escher (1898–1972) était né dans le Princessehof, avant qu’il ne devienne… le musée national de la Céramique (réputé pour ses collections de porcelaine chinoise, ses faïences de Delft, ses créations Art nouveau et Art déco). Un tour de passe-passe digne de ce prestidigitateur qui aimait régaler le spectateur avec ses savantes illusions d’optique. Avec son architecture de brique, mi-Renaissance mi-siècle d’or hollandais, le centre-ville de Leeuwarden sonne comme un appel à la promenade. Il n’est que de se laisser guider par la topographie des lieux, entre rues pavées et rues liquides…
Musée de la Frise
Héritier d’une société savante du début du XIXe siècle, le musée de la Frise a déménagé en 2013 dans un bâtiment flambant neuf.
Photo Ruben Van Vliet
Aujourd’hui classé monument historique, le fort de Blokhuispoort est une case de départ idéale. Dans cette ancienne prison reconvertie en espace culturel, on peut boire un café et croquer un pain d’épices parfumé à l’orange. En suivant la grande artère qui passe devant l’ancienne poste néogothique et l’imposante chancellerie du XVIe siècle, on découvre la Pharmacie centrale, surprenant joyau Art nouveau, puis l’église des Jacobins. Sur un portail du XVIe siècle, un arbre porte des pommes peintes en… orange, référence transparente au gouverneur de la province, membre de la maison d’Orange-Nassau.
Du parvis de l’église part la Grote Kerkstraat (rue de la Grande Église) qui aurait dû mener, comme son nom l’indique, à la cathédrale. Au début du XVIe siècle, la ville décide en effet d’élever une nouvelle cathédrale, plus haute que celle de Groningue, capitale de la province voisine. Cette banale rivalité de clocher s’enlise dans le sol trop meuble de la Frise. Ayant péniblement atteint dix mètres, la tour se met à pencher dangereusement : la cathédrale ne sortira jamais de terre, mais il reste l’Oldehove inachevée, du sommet de laquelle on peut découvrir le plat pays environnant. Un symbole local tout comme le pompeblêde : la modeste feuille de nénuphar, répétée sept fois sur le drapeau de la Frise, qui croît en se nourrissant d’eau, à l’instar des Pays-Bas…
Y aller
En train, via Thalys de Paris à Rotterdam, puis Intercity jusqu’à Leeuwarden
Informations www.holland.com/culture
Se loger
Hôtel Post Plaza
Tweebaksmarkt 25-27 • 8911 KW Leeuwarden +31 58 215 93 17
www.post-plaza.nl
L’ancienne poste, construite au début du XXe siècle dans un style néogothique, a été transformée en hôtel. Son impressionnante charpente en bois veille aujourd’hui sur le restaurant, dont le décor a conservé quelques reliefs du passé postal. À partir de 86€.
Alibi Hôtel
Blokhuisplein 40 • 8911 LJ Leeuwarden • +31 61 207 74 49
www.alibihostel.nl/en
Une partie des bâtiments du Blokhuispoort, l’ancienne prison de Leeuwarden, a été investie par un hôtel. Chambres installées dans d’anciennes cellules et espaces communs (cuisine, salon et salle de bains) pour la nouvelle mode du confort spartiate. À partir de 40 €.
Se restaurer
Roast
Nieuwestad 63 • 8911 CK Leeuwarden • +31 58 843 66 02
www.roastleeuwarden.nl
Dans un décor sombre et métallique où serpentent des tuyaux de cuivre, cuisine internationale que relèvent les saveurs locales : les raviolis sont fourrés aux champignons et le poulet cuit à la bière Us Heit, du surnom du premier stathouder de Frise, Guillaume Louis, comte de Nassau.
Proefverlof
Blokhuisplein 40 • 8911 LJ Leeuwarden • +31 58 302 00 30
www.proefverlof.frl
Également dans l’ancienne prison, ce restaurant a pour devise «Boire et manger local». Promesse tenue avec les croquettes de boeuf, la bière Grute Pier – un héros frison du début du XVIe siècle – et le Beerenburger, liqueur à base de plantes amères, fabriquée par la célèbre distillerie Boosma.
Leeuwarden, capitale européenne de la culture 2018
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À droite, donnant sur un canal, le fort de Blokhuispoort, ancienne prison qui s’est redécouvert un destin culturel. Au fond, les tours modernes : la plus haute, l’Achmeatoren, de 115 mètres, est l’œuvre d’Abe Bonnema, l’architecte dont le legs a permis la construction du musée de la Frise.