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Aurore boréale
© Gaute Bruvik
Elles sont trois sur le podium : 1. Tromsø, 69°33’ ; 2. Norilsk, 69°21’ ; 3. Mourmansk, 68°58’. Les trois plus grandes villes du monde au nord du cercle polaire ! Comme en un certain nombre de palmarès, la Norvège se place au premier rang. Fin octobre, lors de notre visite à Tromsø que l’on imagine préparé aux aléas climatiques, les premières chutes de neige semblaient avoir le goût de la nouveauté. Des camions patinaient sur la chaussée et les gosses, totalement émerveillés et surpris, se lançaient des boules de neige…
La vie culturelle est dynamisée pendant les deux mois où le soleil disparaît derrière l’horizon.
Pourtant, ici, on connaît la chanson : il y en a pour six bons mois et il arrive que, fin avril, l’épaisseur accumulée dépasse deux mètres (2,43 mètres en 1997). Pas question pour autant de se claquemurer, et pas seulement pour admirer les aurores boréales ou Northern Lights qui nourrissent un véritable business de tour-opérateurs – rien de plus tendance pour les Japonais ou les Britanniques que de venir les « chasser » ou se marier sous la voûte céleste peinte en vert. Comme un défi à la nuit polaire, la vie culturelle est dynamisée pendant les deux mois où le soleil disparaît derrière l’horizon, du 27 novembre au 15 janvier. Quelle bonne idée d’avoir choisi ce moment pour organiser un festival de cinéma ! En janvier, la rue est une salle obscure… Et le cœur du rendez-vous est un petit bijou de salle de cinéma, le Verdensteatret, qui n’a guère changé depuis son ouverture en 1916, égayé par les fresques de Sverre Mack et animé par un bar où l’on sirote sa bière jusqu’à pas d’heure.
En vingt-cinq ans, le festival de Tromsø, qui lorgne du côté des nouveaux talents à l’Est et en Scandinavie, s’est fait une place à part. Les augures n’étaient pourtant pas très bons : « Lors de la première édition, en 1991, nous avons dû annuler l’inauguration, explique Havard Stangnes, responsable de la communication. Nous avons eu coup sur coup la guerre du Golfe et le décès du roi de Norvège ! » Le succès s’est cependant vite affirmé : en 2017, le festival a montré 90 films, organisé 300 projections et vendu 63 000 tickets – presque l’équivalent de la population locale (73 000 habitants). « Un groupe de passionnés finlandais affrète même des autocars entiers de l’autre côté de la frontière : dix heures de route pour ne pas rater l’événement. » Car, si la ville est mieux inscrite sur la carte du monde, notamment avec la construction du superbe pont sur le fjord en 1960 et l’ouverture de son aéroport en 1964, elle reste difficile d’accès.
Festival international du film de Tromsø
Dans sa bâtisse néoclassique peinte d’un pimpant jaune gustavien, le musée des Beaux-Arts (Nordnorsk Kunstmuseum) est le plus septentrional au monde… et l’un des plus jeunes. Il n’a été fondé qu’en 1985, lointain héritier des associations d’artistes du XIXe siècle.
François-Auguste Biard, Combat contre des ours blancs, vers 1839
À découvrir au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø
Huile sur toile • 50 × 62 cm • © Rafael Pic
En 1877, le pharmacien Holmboe, dont les deux fils sont peintres amateurs, fonde la Tromsø Art Society. Moins de dix ans plus tard, elle compte 120 membres et expose onze tableaux… Bien du chemin a été parcouru depuis, expliquent nos jeunes interlocuteurs Sophie Coupe et Kim Skytte. « Le musée compte aujourd’hui plus de 2 000 œuvres, dont certaines d’artistes très connus comme David Hockney, et il a obtenu en 2017 le prix du musée norvégien de l’année. »
Dans les salles, on trouve quelques personnages hors du commun, comme le peintre romantique Peder Balke dont les paysages aux étonnants glacis et coulures ont récemment séduit le public anglais de la National Gallery. Ou les membres de l’expédition lancée par Louis-Philippe dans le Grand Nord en 1838–1840 : des peintres intrépides tel François-Auguste Biard, qui ont croqué la vie des communautés isolées ou du prédicateur Laestadius, prononçant des sermons sous des murailles de glace. Le contemporain est un territoire tout aussi excitant. À l’hiver 2017, dans le plus grand secret, le musée a changé sa collection et son nom en façade. Il a ouvert une exposition provocante, « There is no », qui ne rassemblait que des œuvres de la communauté Sami (ou lapone). En Norvège, ainsi qu’en Suède et en Finlande, la question Sami reste délicate.
Vue de Tromsø
Séparés par un fjord, les deux quartiers de Tromsø ont été réunis en 1960 par un pont spectaculaire. On distingue au milieu de l’image la cathédrale arctique en forme de triangle, dessinée par l’architecte Jan Inge Hovig et inaugurée en 1965.
© Bård Løken
Cette population autochtone, en partie nomade, bénéficie d’une reconnaissance linguistique et politique, dispose d’un parlement, d’une radio et d’une télévision. Mais des problèmes subsistent, portant sur la propriété des terres ancestrales ou sur la menace de l’exploitation pétrolière… Et, comme le soulignait l’initiative du Nordnorsk Kunstmuseum, il n’existe toujours pas de musée consacré au patrimoine et à l’art des Sami. Au Polar Museum, on voit des ours blancs empaillés et le réservoir troué du Latham 47, l’hydravion avec lequel Roald Amundsen tenta de porter secours en 1928 à Umberto Nobile, à l’époque où Tromsø était une station d’explorateurs, de chasseurs de phoque et de pêcheurs de morue. De l’autre côté de la baie, la cathédrale arctique, pointue comme un cristal de glace, illustre les bouleversements des années 1960, une première entrée dans la modernité avec le béton et le verre. Quant aux habitants d’aujourd’hui, ils trouvent du Wifi au fond de n’importe quel fjord et vont étudier la nuit dans la bibliothèque municipale grâce à leur carte magnétique. Étonnant télescopage des époques dans la lumière blanche de l’Arctique.
Y aller
Vols quotidiens directs depuis Paris vers Oslo sur Air France, SAS et Norwegian (au printemps et en été, également depuis Bordeaux, Montpellier, Nice, Bastia, Ajaccio). Vols directs entre Oslo et Tromsø sur Norwegian et SAS.
Informations www.visittromso.no • www.visitnorway.fr
Hôtels
Scandic Ishavshotel
Un établissement à l’architecture soignée, avec des baies vitrées donnant sur l’eau.
Offre culinaire de qualité et petit déjeuner réputé. À partir de 175 €.
Fredrik Langesgate 2 • 9008 Tromsø
+47 77 66 64 00 • www.scandichotels.com
Thon Hotel Polar
Dans un pays au niveau de vie élevé, où les hôtels sont chers, prix abordable et confort correct en centre-ville pour cet établissement d’une chaîne norvégienne connue. À partir de 120 €.
Grønnegata 45 • 9008 Tromsø
+47 77 75 17 00 • www.thonhotels.com
Restaurants
Fiskekompaniet
Comme son nom l’indique (la « Compagnie du poisson »), cette adresse classique donnant sur le port tire sa matière première de l’océan Arctique tout proche. Morue panée aux navets ou flétan braisé au fenouil : la carte change en fonction des arrivages et des saisons.
Killengrens Gate • 9007 Tromsø
+47 77 68 76 00 • www.fiskekompani.no
Bardus
Un restaurant « locavore », qui revisite de façon inventive des classiques comme la morue grillée ou le steak de renne. Il se double d’un bar, installé dans une maison de bois, qui fut le premier cinéma de la ville au début du XXe siècle.
Cora Sandelsgate 4 • 9008 Tromsø
+47 92 67 48 88 • www.bardus.no
Beaux Arts lance Beaux Arts Voyages : L’Art comme vous ne le verrez nulle part ailleurs
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Les aurores boréales – produit du choc des particules solaires avec le champ magnétique terrestre – représentent une des attractions de la Norvège, mais elles ne sont pas toujours au rendez-vous !