Article réservé aux abonnés

CINEMA

Sueurs froides, James Bond, Pierrot le Fou… 6 génériques de films ultra-graphiques

Par

Publié le , mis à jour le
Véritable film dans le film, le générique a ses classiques. Impossible de citer Star Wars, James Bond ou Sueurs froides sans que nous viennent à l’esprit leurs introductions caractéristiques. De Hitchcock à Spielberg en passant par Godard, tour d’horizon de nos classiques, véritables madeleines de Proust cinématographiques !

1. Sueurs froides : une indémodable et envoûtante réussite

En 1958, année de sortie de Sueurs froides (Vertigo), les génériques manquent de style et ne sont, en général, qu’une suite de noms. Le graphiste Saul Bass est en train de changer la donne : trois ans après avoir réalisé celui de L’Homme au bras d’or (1955) d’Otto Preminger, son travail avec Hitchcock, toujours à l’affût de nouveautés, bouleverse l’approche du générique en le faisant indice substantiel du ton du film. Une bouche, puis un œil, qui s’agrandit d’effroi en voyant apparaître le titre, et ce motif devenu célébrissime, sorte de spirale infernale, qui se décline et tourne, tourne, jusqu’au vertige… Et que l’on reconnaîtra, médusé, dans le savant chignon de Kim Novak. Chef-d’œuvre.

Arrow

Sueurs froides, 1958

d’Alfred Hitchcock
Film américain, 2 h 08

2. Charade : les années 60 en technicolor

Avec son duo d’acteurs ultra-glamour Audrey Hepburn et Cary Grant, ses costumes signés Hubert de Givenchy et son scénario ficelé en polar de choc, Charade (Stanley Donen, 1963) a tout pour plaire – y compris son générique, signé Maurice Binder, autre géant du genre puisqu’auteur de ceux des James Bond (on y reviendra). Sur fond noir et avec pour compagne pimpante une bande-son signée Henry Mancini, des lignes colorées glissent, élastiques, tantôt vaguelettes tantôt labyrinthiques, structurant l’écran comme un plateau de jeu. Le générique, qui débute par une flèche tournant à l’infini, conjugue avec malice mystère et séduction.

Arrow

Charade, 1963

de Stanley Donen
Film américain, 1 h 53

3. L’Affaire Thomas Crown : la signature du split-screen

Conçu par le graphiste Pablo Ferro pour le réalisateur Norman Jewison, le générique de L’Affaire Thomas Crown (1968) reprend le principe phare du film : l’écran divisé (split-screen), qui permet d’entrevoir en une seule image structurée différents points de vue, et de multiplier les approches de la compréhension des personnages (incarnés par Steve McQueen et Faye Dunaway) et de l’histoire (une escroquerie, un baiser de 55 secondes et une ahurissante partie d’échecs). Toujours sur fond noir, les bribes d’images sont vues à travers des filtres colorés et changeants, hallucinogènes à souhait – ajoutons que notre cœur chavire dès les premières notes du The Windmills of Your Mind de Michel Legrand.

Arrow

L'Affaire Thomas Crown, 1968

de Norman Jewison
Film américan, 1 h 42

4. Les James Bond : fétichistes, mais pas que

Des mains, des profils, des revolvers, des ventres, des seins : les génériques des James Bond, dont le 25e opus sortira en 2021 (Mourir peut attendre, Cary Joji Fukunaga), ont pour constante cette fétichisation des corps – tronqués, sculpturaux, graphiques. Ils sont d’ailleurs si nombreux que chacun reflète les modes et les (mauvais) goûts de son époque, y compris en matière de musique puisque les plus grandes stars se sont frottées à l’exercice (Tom Jones, Madonna, Adele…). Les plus mémorables restent ceux de Maurice Binder, dont le sublime Goldfinger (1964), qui fait défiler dans l’obscurité des visages et des jambes dorés, dont la surface reflète des projections. Le corps serait-il le plus beau des écrans de cinéma ?

Arrow

Goldfinger, 1964

de Guy Hamilton
Film anglais, 1 h 45

5. Pierrot le Fou : b.a.ba du genre

Dans sa plus pure expression, un générique, ce sont d’abord des lettres. C’est du moins ce que Jean-Luc Godard met en évidence dans l’introduction déconstruite de Pierrot le Fou (1965), qui fait apparaître graduellement, sur fond uni, les lettres des noms de ses acteurs, du titre du film et de son réalisateur. En majuscules rouges et bleues, dans une typographie simplissime. Et c’est tout.

Arrow

Pierrot le Fou, 1965

de Jean-Luc Godard
Film franco-italien, 1 h 55

6. Attrape-moi si tu peux : génie pur et élégance parfaite

Implacable démonstration de style, le générique d’Attrape-moi si tu peux (Steven Spielberg, 2002) nous attrape immédiatement grâce à la musique de John Williams et à l’animation très sixties du duo d’artistes français Kuntzel+Deygas : un aéroport, des silhouettes de pilotes et d’hôtesses de l’air, des indices de signalétique, le tout pris dans un mouvement pressé. Puis une piscine, un hôpital, des bureaux… Les décors et les allures changent vite et résument, en moins de trois minutes, la vie stupéfiante de l’escroc Frank Abagnale. Un préambule qui réussit l’exploit, non seulement d’introduire le film, mais d’en saisir toute la saveur. Difficile de faire mieux !

Arrow

Attrape-moi si tu peux, 2002

de Steven Spielberg
Film américain, 2 h 21

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi