Article réservé aux abonnés
Arrivés à la gare, dirigez-vous d’emblée vers les remparts de la ville. Exposée aux ennemis venus de Lorraine, Langres a bien longtemps déployé mille efforts pour se protéger des envahisseurs. Résultat, elle n’a jamais été attaquée. Aujourd’hui, son enceinte est la plus grande d’Europe ! Notre première balade se déroulera donc tout autour de la ville, sur les 3,5 kilomètres de promenade surplombant la vallée. D’un côté, de petites maisons coquettes se reposent en silence ; de l’autre, un époustouflant paysage, plongé dans la brume aux premières heures de la journée, éclate sous le soleil l’après-midi.
Vue depuis les remparts
© Ph.Lemoine
Au passage, on aperçoit de nombreuses portes anciennes et tours de défense, dont la tour de Navarre, anciennement dédiée à l’artillerie. Celle-ci se visite et amuse particulièrement l’œil attentif – car en montant sa pente lisse et escarpée, on croise sous les voûtes têtes souriantes et hiboux sculptés. En continuant le long des remparts, un vieux wagon coloré attire l’attention : il s’agit d’une crémaillère, qui reliait autrefois (de 1887 à 1935) la gare au centre de la ville en une dizaine de minutes – Langres possédait alors la première ligne de chemin de fer à crémaillère en France. L’occasion de se rappeler qu’après les quelques heures de voyage, il est temps de faire une petite pause.
Anciène crémaillère de Langres le long des remparts
© Ph.Lemoine
Pour entrer en ville, on passera par la porte des Moulins (située à deux pas de l’office du tourisme). Édifiée au XVIIe siècle, celle-ci est ornée d’une décoration sculptée éminemment guerrière : on y aperçoit des trophées d’armes, quelques casques empanachés et les visages grimaçants d’ennemis enchaînés. À quelques mètres de là, petite halte au restaurant Villa Vauban, installé dans l’ancienne cantine des officiers de garnison. La vue est belle, les salles grandes, la cuisine soignée. Puis, en sortant, direction l’axe principal du centre-ville : la rue Diderot. Langres est sa ville natale ; la place où il a vécu étant enfant, au bout de la rue, est aujourd’hui ornée d’une fière sculpture qui lui est dédiée. Car s’il est parti dès ses 15 ans rejoindre son destin dans les cafés et les salons parisiens, Denis Diderot (1713–1784) est régulièrement revenu à Langres – notamment pour se marier.
Porte des Moulins
© Ph.Lemoine
Villa Vauban
1 Place du Colonel de Grouchy • 52200 Langres
La ville étant petite, n’hésitez pas à faire des détours… Comme celui qui part de la rue Derrière la Loge, où se laisse entrevoir l’entrée discrète d’un minuscule passage couvert. Emprunter ce long couloir de pierre, creusé au Moyen Âge, est une drôle d’expérience, qui amusera davantage les amateurs d’Histoire ancienne que les claustrophobes. Puis, retour au soleil avec la Maison des Lumières. Vous voici dans le cadre charmant d’un hôtel particulier construit aux XVIe et XVIIIe siècles. Une spectaculaire porte d’entrée reprend le vocabulaire décoratif de la fin du XVIe : cornes d’abondance et chapiteaux corinthiens (œuvres d’un sculpteur langrois, Antoine Besançon) répondent avec luxuriance au petit jardin à la française qui nous guide vers l’entrée du musée, et nous donne le premier signe de l’intérêt de la ville de Langres pour la Renaissance.
Maison des Lumières Denis Diderot à Hôtel du Breuil de Saint-Germain
© Sylvain Ryandé
Sur trois niveaux, le musée restitue avec un soin littéraire la vie de Denis Diderot, ses amours, ses travaux – notamment la fameuse Encyclopédie –, après avoir éclairé ce que représentait Langres pour lui et pour son époque (son père était coutelier, une spécialité typiquement langroise). La visite est délicieuse, car très richement documentée : le XVIIIe siècle y est exploré dans ses caractéristiques architecturales, culturelles et intellectuelles… La figure de Diderot, éminemment sympathique, vient illuminer le tout.
Intérieur de la Maison des Lumières Denis Diderot
© Ph.Lemoine
Après être passé par bien des époques, il est temps de se concentrer sur le programme « Renaissance » qui agitera Langres jusqu’en octobre. Chaque jour apporte son lot de surprises : conférences, visites guidées, ateliers, spectacles, projections de films…
Pour cette seconde journée à Langres, explorez le XVIe siècle ! Commençons par une visite de la cathédrale Saint-Mammès. Langres a longtemps possédé l’un des diocèses les plus importants de France et une chapelle construite au XVIe siècle (soit quatre siècles après l’édification de la cathédrale) : la chapelle d’Amoncourt. Elle porte le nom de son commanditaire, grand vicaire du cardinal de Givry. Son sol et son plafond sont ornés de motifs qui se répondent comme en miroir. Regardez-les tour à tour : le carrelage en faïence de Rouen est peint des mêmes formes géométriques que la voûte en berceau, un plafond à caissons typique de la Renaissance italienne. Charmant !
Cathédrale Saint-Mammès
© Jean-Francois Feutriez
Cathédrale Saint-Mammès
Parvis de la Cathédrale Place Jeanne Mance • 52200 Langres
Après la visite de la cathédrale, petite pause dans le très joli square Olivier Lahalle, situé juste en face. De grands arbres, un petit étang et un kiosque à musique nous donnent des envies de pause au soleil ; on y lirait bien quelques lettres de Denis Diderot à sa correspondante secrète Sophie Volland, en souvenir de la journée d’hier. Puis, direction la Maison Renaissance : construite entre 1540 et 1550 pour Claude Bégat (un riche Langrois chargé du prélèvement des impôts), elle constitue le plus bel exemple local de l’architecture civile de la Renaissance. Sa façade est fort élégante, en deux niveaux, le premier marqué par des colonnes ioniques, le deuxième par des colonnes corinthiennes, qui s’ouvrent sur une terrasse en pierre. Entrons.
Maison Renaissance
© Jean-Francois Feutriez
À l’intérieur se trouve l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture langroise : le studiolo de la Maison Renaissance. On y pénètre comme dans une cachette, l’endroit faisant moins de 13 mètres carrés. Rappel : le studiolo est une pièce de la maison où l’on peut travailler, étudier, lire. C’est un endroit petit, clos, à l’esthétique particulièrement soignée ; le propriétaire, homme de pouvoir ou notable, fait généralement appel à des amis artistes pour le décorer. Ici, le studiolo est contemporain de la construction de la chapelle d’Amoncourt et d’autres éléments architecturaux d’importance tels que le jubé de la cathédrale ; l’époque apparaît donc particulièrement riche, propice aux commandes d’importance. Son décor est très architectural (pas de boiseries ni de peintures) : le plafond est traité comme une voûte plate avec armoiries, cartouches ovales et rectangulaires, et incrustations de marbres de couleur. Richement ornée, la pièce se révèle enveloppante comme un cocon…
Plafond du studiolo à la Maison Renaissance
© S. Riandet
Ce studiolo donne un avant-goût de l’événement du moment : l’exposition du musée d’Art et d’Histoire de la ville, consacrée à la Renaissance langroise sous toutes ses coutures. 175 œuvres, quatre années de recherche, un parcours très fourni en explications culturelles, politiques et économiques… De quoi faire (vraiment) le tour de la question. Une figure a particulièrement attiré notre attention : Joseph Boillot (1546–1605), architecte langrois, qui a publié en 1592 un recueil d’ornements plutôt amusant. Son idée est de remplacer par des animaux toutes les figures humaines sensées porter l’architecture (cariatides, atlantes et termes)… Afin de ne pas froisser la dignité humaine. Ainsi, éléphants, rhinocéros et cerfs se retrouvent ici à supporter le poids de l’architecture.
Joseph Boillot, Nouveaux pourtraits et figures de termes, 1592
Collection des musées de Langres • © Sylvain Riandet
Langres à la Renaissance
Du 19 mai 2018 au 7 octobre 2018
Musée d’Art et d’Histoire - Langres • Place du Centenaire • 52200 Langres
www.musees-langres.fr
Encore un peu de temps ? En voiture, profitez-en pour filer au château du Pailly, à quelques kilomètres de Langres (en taxi, pas de quoi se ruiner). Édifié en 1563 et 1573 pour Gaspard de Saulx-Tavannes, maréchal de France et compagnon d’arme du roi François Ier, l’édifice est signé par l’architecte langrois Nicolas Ribonnier. Entouré de jardins à l’anglaise et à la française, on y passe une après-midi fort agréable, l’édifice étant remarquable pour ses douves, ses colonnes ioniques et corinthiennes et son énorme cheminée. Une exposition consacrée aux costumes de la Renaissance complète cette contemplation architecturale ; aussi, un concert et un bal costumé Renaissance seront organisés le samedi 28 juillet. De quoi achever notre voyage dans le temps en beauté !
Château du Pailly (vue depuis le jardin)
© Association Renaissance du Château du Pailly
Costumes Renaissance
Du 9 juin 2018 au 16 septembre 2018
Château du Pailly • 1 Rue du Breuil de Saint-Germain • 52600 Le Pailly
www.tourisme-langres.com
La saison Renaissance
En juin, on retiendra pour passer une soirée amusante ces quelques événements : le samedi 9 à 17 heures, spectacle de rue « La Baronnade » au square Olivier Lahalle, le mercredi 13 à 20 heures, atelier d’écriture gratuit au sein de la Maison des Lumières, et le vendredi 22 juin à 21 heures, projection du film La Comtesse au cinéma Le New Wox, dans le cadre de la programmation « L’imaginaire de la Renaissance au cinéma ». Aussi, tous les mercredis en juillet et en août, des « Nocturnes gourmandes » font passer les visiteurs par les lieux emblématiques de la Renaissance langroise, avec en prime un buffet de spécialités !
Toute la programmation de la saison « Renaissance » est à retrouver sur https://www.tourisme-langres.com/fr/langres-renaissance-2018_1327.html
Y aller depuis Paris
Départs de Paris Gare de l’Est, le samedi à 8 h 42 (arrivée à Langres à 11 h 19)
Retour le dimanche à 17 h 04 (arrivée à Paris à 20 h 46)
Où se loger ?
Hôtel du Cheval Blanc
4 Rue de l’Estres, 52200 Langres
23 chambres au confort contemporain, un restaurant gastronomique soigné, le tout au cœur de la ville : l’adresse est parfaite pour découvrir Langres. Au dîner (ou au petit-déjeuner pour les plus audacieux !), on y goûte le Langres, fromage local fort odorant.
Chambres à partir de 80 euros
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique