Article réservé aux abonnés
Hérault Arnod et Krijn de Koning, Le MuMo x Centre Pompidou, 2023
© MuMo x Centre Pompidou / Photo Matthieu Salvaing
Une salle blanche, emblématique du white cube muséal. Sur les murs, un photogramme de Raoul Hausmann, une huile sur toile d’Erró, un dessin à l’encre d’Ossip Zadkine, un écran diffusant un film de Norman McLaren… Sur une table, quelques livres d’art, la plupart pour enfants. Tous les codes sont réunis : on est bel et bien dans un musée d’art moderne et contemporain !
Vue intérieur de l’exposition ambulante « Musique ! Musique ! » du MuMo x Centre Pompidou, 2023
© MuMo x Centre Pompidou / Photo Matthieu Salvaing
Intitulée « Musique ! Musique ! », cette exposition à emporter a été conçue par le Centre Pompidou et s’accompagne d’un petit fascicule gratuit, qui donne des indications sur les œuvres jouant de synesthésie (il n’y a pas de cartel au mur). Dans la salle, deux médiatrices accueillent les visiteurs, venus en nombre ce matin d’avril. Il y a des retraités, une mère avec ses deux fils de dix et treize ans… À chacun, les deux jeunes femmes proposent de visiter l’exposition puis d’échanger. Quelques-uns posent des questions, d’autres partagent leurs points de vue sur les seize œuvres ici réunies. Des visiteurs qui, pour la plupart, ne sont jamais allés au Centre Pompidou, accessible pourtant à seulement une heure de là en voiture.
Le MuMo 2 designé par matali crasset, design 2017
© Photo Klaus Stoeber
« L’idée est de susciter la curiosité, de donner envie de découvrir des institutions muséales… à un public qui en est géographiquement éloigné ou qui est peu habitué », résume Bruno Julliard, directeur de la fondation Art Explora (fondée par Frédéric Jousset, propriétaire de Beaux Arts Magazine), qui offre au projet un soutien financier et logistique. Cette dernière s’est associée au Centre Pompidou l’année dernière, alors que lui-même entrait dans l’aventure lancée il y a douze ans par l’entrepreneuse Ingrid Brochard.
À ce stade, le MuMo est déjà riche d’une longue histoire puisqu’il a connu trois versions différentes : d’abord, un conteneur aménagé par l’architecte Adam Kalkin et empli d’œuvres d’artistes contemporains. Puis, un camion-musée dessiné par la designer matali crasset en 2017, à la programmation imaginée par des Fonds régionaux d’art contemporain et par le Centre national des arts plastiques (celui-ci est toujours sur les routes, et circule actuellement en Angleterre !). Enfin, une version spéciale Centre Pompidou, pensée par l’agence Hérault Arnod Architectures et l’artiste Krijn de Koning.
Côté pratique artistique, l’accent est mis sur l’expérimentation avec, par exemple, du modelage fait les yeux bandés, en écoutant de la musique.
« Nous n’abordons pas toutes les œuvres mais nous rebondissons sur les questions qui nous sont posées. » L’interaction est privilégiée, afin de proposer un contenu adapté aux envies, aux savoirs. Côté pratique artistique, l’accent est mis sur l’expérimentation avec, par exemple, du modelage fait les yeux bandés, en écoutant de la musique : « il s’agit de sortir du modèle de la figuration pour les enfants, qui ne connaissent que ça à l’école ! ». Les groupes peuvent également réaliser des partitions imaginaires, qui sont ensuite passées dans un orgue de Barbarie pour transformer leurs découpages en musique.
Lorsque le MuMo est ouvert au public, celui-ci n’a pas accès à ses ateliers mais en découvre un échantillon, et peut par exemple assister à une « écoute acousmatique » organisée spontanément par les médiatrices. Devant la peinture abstraite Jazz-hot n°II (1935) de František Kupka, Gaëlle donne à entendre quelques morceaux de jazz (Joséphine Baker, Steve Reich…) sur une tablette à un petit groupe de retraitées, enchantées. « Ça me rappelle les films de Charlie Chaplin ! », souffle l’une d’elles en souriant.
Matali Crasset, L’intérieur du MuMo, Design 2017
© Photo Fanny Trichet
Il lui faut très exactement « 34 minutes » pour déployer entièrement la salle d’exposition, qui s’accompagne d’une terrasse.
Le fonctionnement du camion-musée ressemble à celui d’une troupe de théâtre puisqu’il part en « tournée » de plusieurs mois dans toute la France. Il reste entre un et cinq jours dans une ville, où il s’installe sur la place du marché, dans des cours d’école, devant des mairies. Le chauffeur, Jérôme, le conduit « avec une grande souplesse » et y reste toute la journée et toute la nuit, à la fois pour surveiller les œuvres (qui ne restent jamais seules) et pour assurer le suivi technique du camion (température réglée entre 21 et 22 degrés, hydrométrie contrôlée, éclairage…).
Il lui faut très exactement « 34 minutes », nous détaille-t-il, pour déployer entièrement la salle d’exposition, qui s’accompagne d’une terrasse, idéale pour les ateliers en plein air aux beaux jours, et d’un accès pour les personnes à mobilité réduite. Le moindre recoin y est utilisé : dans les socles et les bancs se nichent des pinceaux, des feuilles de papier, des fascicules… Quant aux deux médiatrices, elles suivent le camion et dorment du lundi au vendredi dans les villes parcourues, les municipalités se chargeant de les loger et de les nourrir, dans les cantines des écoles ou dans des restaurants.
Hérault Arnod et Krijn de Koning, Le MuMo x Centre Pompidou, 2023
© MuMo x Centre Pompidou / Photo Philippe Piron
« Le MuMo casse une barrière. On entre dans un camion avant d’entrer dans un musée. »
« Souvent, les enfants qu’on reçoit en atelier reviennent avec leurs parents et leur font la visite, nous raconte Clémence Renaud, l’autre médiatrice présente ce jour-là. Ils sont notre meilleur bouche-à-oreille ! » On la voit au cours de la matinée discuter avec un retraité grimaçant devant une œuvre abstraite de Sonia Delaunay : « et si je vous expliquais ? »
Passionnée par « la variété des publics, des origines sociales et des âges », elle prend l’exercice avec bonne humeur. Souvent, elle suggère la visite d’un musée du coin : « on n’est pas là que pour faire la publicité du Centre Pompidou ! » On observe que l’ambiance est détendue, et que leur médiation prend souvent des tons de conversation plus que de cours magistral. « Le MuMo casse une barrière, résume Clémence Renaud avec philosophie. On entre dans un camion avant d’entrer dans un musée. » Bien dit, bien vu !
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique